Hommage à un désopilant gugusse : Gotlib
Team Cultura

   Souvent lorsqu’on parle de génie, il est question de Science, de Littérature, de Musique ou d’Arts (notez d’ailleurs au passage l’importance des majuscules). Et lorsque ces êtres hors du commun quittent ce monde peut-être atterrissent-ils dans une espèce de séjour céleste au sein duquel ils rejoignent leurs prédécesseurs. Si tels est le cas, il y a, c’est certain, quelque part entre deux majestueux, dignes et un chouia austères édifices destinés aux plus sérieux d’entre eux, une petite gargote bruyante dont l’enseigne en néon clignotante bien kitshouille annonce : Déconne et Poilade. Depuis dimanche, c’est là que réside Gotlib.

couverture du catalogue de l'exposition «les mondes de Gotlib»couverture du catalogue de l'exposition «les mondes de Gotlib»

 
   Moebius, Hergé, Morris, Peyo, Franquin, Goscinny… La bande dessinée, un art à peine centenaire, a d’ores et déjà ses légendes. Gotlib en fait partie, et ce à plus d’un titre.


Tout d’abord, il y a son œuvre. Démarrée au début des années 60, elle est composée d’une multitude d’histoires courtes lesquelles accueillent des personnages aussi divers et colorés que Gai-Luron, Super Dupont, le Pervers pépère, la coccinelle, Hamster Jovial ou encore Isaac Newton, voire Gotblib lui-même. Point commun à toutes ses réalisations : l’humour. Et ce sous toutes ses formes : de la blague à l’absurde, en passant par la parodie, le burlesque, l’ironie, la caricature, le loufoque ou encore la satire, avec toutefois une prédilection certaine pour l’irrévérence et l’humour noir. Virtuose, Gotlib a su jouer avec les zygomatiques de ses lecteurs comme personne.


Et puis, A l’instar d’un philosophe, Gotlib a fait école. Toutefois en matière de philosophie avec Gotlib on est plus sur un cynique moqueur façon Antisthène qu’un pompeux Emmanuel Kant. Et comme le bonhomme ne faisait pas les choses à moitié, c’est non pas une, mais deux écoles qui suivent les voies tracées par le papa de la Rubrique-à-brac. Deux magazines qu’il contribua à fonder, l’Echos des Savanes et Fluide Glacial, et qui sont devenus de véritables viviers au sein desquels émergent nombre d’artistes, de Binet à Arthur de pins en passant par Édika ou encore Coyote, qui tous poursuivent son œuvre jubilatoire.


   D’un point de vue plastique, l’œuvre de Gotlib se caractérise par un dessin à mi-chemin entre le réalisme et la caricature. Si ses personnages sont extrêmement travaillés, et le cerne expressif au possible c’est avec beaucoup de peine que vous trouverez des décors dans les planches de ses albums. L’explication est simple : à bien des égards, Gotlib était un auteur avant d’être un dessinateur, et ce sans que cela n’enlève rien à sa formidable habileté dans ce second domaine. C’est simplement que ce monstrueux talent il l’a dédié tout entier à la narration de blagues, où le contexte est souvent moins important que les personnages et leurs échanges. C’est tout.


   Et comme si sa seule contribution au 9ème art n’était pas suffisante, Marcel Gottlieb c’est aussi permis d’aller faire un tour du côté de la prose, de la chanson, du cinéma… Le tout sans jamais se prendre au sérieux bien entendu.


   Bref, vous l’aurez compris, c’est un immense Monsieur qui s’est éteint ce dimanche 4 Décembre 2016.