Talents romans jeunesse 2017 : les questions du comité de lecture à Jo Witek
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Pour son dernier roman, Jo Witek, nous livre une pépite pleine de sensibilité, d’intelligence et d’humour ! Les lecteurs du comité de lecture ne s’y sont pas trompés :  Y'a pas de héros dans ma famille, a été élu Talent romans jeunesse pour les 9 ans et plus !

 

Une lecture extraordinaire à découvrir absolument !

 

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 Retrouvez ci-dessous l’intégralité de l’interview ! 

 

Racontez-nous comment est né Mo…

De ces rencontres avec les gamins qui me disent que la lecture ce n’est pas pour eux, que chez eux il n’y a pas de bouquins, qu’on ne va jamais en librairie… J’ai écrit un roman pour tous ceux qui ne lisent jamais en fait ! Gonflé, non ?

Mo, mon héros aime lire, lui, mais il sait qu’entre le monde intellectuel de l‘école et son environnement familial, il y a un fossé. Le plus difficile pour lui est de faire cohabiter les deux. Mon petit Mo est un hommage à tous les gamins de la terre qui mériteraient des médailles pour avoir réussi leurs études au milieu du bruit, des moqueries, du manque, des manques… Oui, les bourses devraient être plus importantes pour les gosses qui réussissent sans l’aide des adultes et au milieu du bruit de la télé.

 

La famille Dambek est une famille haute en couleur ; ces membres vous ont-ils été inspirés par des personnes réelles ou toute ressemblance est-elle purement fortuite ?

J’ai toujours aimé vivre dans les quartiers populaires et bariolés. J’ai croisé pas mal de Titi, qui comme le frère de Mo passent leur journée dans les voitures à écouter de la musique et fumer des cigarettes à la tisane. Je viens d’un milieu ouvrier, le papa de Mo n’est pas du tout mon père , mais il a ses mains de labeur. Pour le reste, comme toujours, c’est un mélange entre souvenirs, observation et imaginaire. J’aime travailler les archétypes sociaux. Ça fait très chic de vouloir les éviter, pourtant on le sait, les archétypes sont intéressants et inévitables, ils dessinent très rapidement une appartenance (religieuse, sociale, culturelle, professionnelle…), ils permettent une identification immédiate. Reste ensuite à détourner les clichés autour des archétypes, c’est ce qui est intéressant, derrière la représentation se cache la vraie personne et c’est pour cela qu’il faut aller au-delà des « costumes », des carcans, des idées toutes faites. J’aime beaucoup faire cela en travaillant mes personnages.

 

 

Les sujets que vous abordez dans ce roman – la famille, qui suis-je au sein de cette famille, quel regard je et les autres portent sur elle, assumer une filiation quelle qu’elle soit… sont des sujets très sérieux, essentiels pour la construction d’un enfant et le traitement que vous lui apportez est à la fois drôle, touchant et finalement assez « cash », sinon sans fioriture, pourquoi ce choix ?

La place dans la fratrie est essentielle. La place que les autres nous laissent, celle que l’on va prendre. Mo est le petit dernier, l’intello d’une famille, le vilain petit canard. C’est ainsi qu’il se sent, c’est ainsi que les autres le voient aussi. Doit-il avoir honte des autres membres de sa famille ? La fuir ? Ou au contraire se faire reconnaître comme tel ? L’amour des siens est au cœur de cette histoire. Ils ne sont pas cultivés les Dambek, cela manque à Mo, fait honte à Mo, oui, mais voilà, eux ils ont le cœur intelligent. C’est de cela aussi que traite l’ouvrage, la sensibilité comme valeur primordiale de l’humanité.

 

Ce qui est frappant à la lecture de votre roman est finalement le sentiment de bienveillance que l’on ressent envers ses proches ; comme les enfants Dambek, nous ne savons pas toujours qui sont nos parents, quel était leur passé, leur jeunesse…

J’avais envie avec cette histoire d’inviter les gamins à se retourner vers l’histoire de leurs familles. C’est essentiel dans notre monde contemporain de connaître l’histoire de ses parents, de ses grands-parents. Nos racines, nos passés nous aident à aller vers l’avenir avec moins de peur et de jalousie. Je crois profondément en la dignité humaine. Qui redresse les épaules a plus d’amour à donner aux autres. Oui, je pense que notre monde manque d’épaules fières et larges. La valeur d’un individu ce n’est pas son compte en banque, ni son métier. On peut admirer une personne pour sa capacité à donner de l’amour, de la chaleur ou des crêpes comme Madame Dambek !

 

… ce roman est aussi un bel hommage à votre oncle. Avez-vous toujours eu connaissance de sa vie ? L’avez-vous rencontré par hasard ?

Mon oncle est mort fusillé en 1944, je l’ai toujours su, mais nous n’en parlions pas à la maison. Ce fait est repris dans le roman, l’oncle Charles des Dambek est vraiment mon oncle, j’ai simplement changé le nom de famille. Et la petite fille de 1945 des albums photo de Mo, c’est ma mère. Oui, cette partie est autobiographique. D’ailleurs, la photo d’oncle Charles était sur mon bureau avec celle de ma grand-mère tout le long du roman. J’ai été touché de revenir sur ce moment de la vie de ma famille maternelle. Ma grand-mère détestait vraiment De Gaulle, elle lui en voulait de lui avoir pris son enfant. J’aime bien cette vision maternelle de la Grande Histoire.

 

Dernière question, plus légère, quelques gros mots sont dispersés çà et là dans votre roman ; autant les adultes n’y ont pas prêté attention, autant quelques jeunes lecteurs s’en « offusquent » et prétendent qu’ils n’en disent pas (faut-il tous les croire ?)… qu’aimeriez-vous leur dire à ce sujet ?

J’aime les mots. Tous. Les beaux, les soutenus, les scandaleux, les gros et les petits. Écrire ce n’est pas écrire bien, c’est écrire vrai et j’aime le plurilinguisme et le dialogue théâtral. Dans certaines familles on parle comme ça, avec un mélange de langage de banlieue, d’argot, de langue régionale même. J’avais envie d’écrire pour ces gamins qui vivent dans ces familles-là, qui évoluent dans cette musique linguistique là. Désolée si je choque certaines oreilles très isolées du monde, car je n’invente rien, le gros mot fait partie de notre langue. Et puis pour moi la vulgarité ce n’est pas les gros mots, plutôt les jolis mots utilisés pour humilier ou blesser. Ce n’est pas pareil. Mais les enfants le comprennent très bien et adorent cela en réalité, c’est jubilatoire les personnages qui s’expriment mal et osent dire ce qu’on ne se permet pas. Les jeunes adorent Titi par exemple, ce personnage leur plaît beaucoup avec ses maladresses, ses excès, ses mots vulgaires, ils l’aiment parce que derrière tout cela, il est touchant, c’est un grand frère aimant. 

 

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Bonne lecture et un grand merci au Comité de lecture TALENTS ROMANS JEUNESSE 2017 et à  Jo Witek.