A vos plumes ! Ecrivez la suite de la nouvelle de Didier Van Cauwelaert
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Vous adorez la lecture mais ce que vous aimez encore plus est l’écriture ? C'est le moment de libérer l'écrivain.e qui sommeille en vous ! Comment ? En écrivant la suite de la nouvelle de l’auteur Didier Van Cauwelaert en commentaire ! Imprégniez-vous de l’histoire de la nouvelle, des personnages et racontez-nous votre version de la fin du confinement... Prêt.e ? 

 

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CONFINEMENT PUBLIC par Didier Van Cauwelaert

 

"A votre gauche, la Dr Monique Lucien, virologue dans un hôpital parisien, directrice de l’étude comparative entre trois médicaments susceptibles de lutter contre le Covid 19. A votre droite, le Pr Thierry Gordes, épidémiologiste ayant mis au point l’un de ces remèdes, lequel a guéri des milliers de personnes dans un institut de province.

 

Cinq minutes plus tôt, ils s’affrontaient en direct sur une chaîne d’info, l’une reprochant à son confrère d’appliquer son traitement sans attendre la conclusion de l’étude en double aveugle, l’autre lui signalant qu’elle est en conflit d’intérêt, vu les honoraires que lui versent chaque année les laboratoires fabriquant les deux autres médicaments testés dans le cadre de son étude. Elle l’a accusé d’amalgame, et il est passé pour un misogyne en la traitant de tirelire. Résultat : chacun est mécontent de sa prestation et les malades s’arrachent les cheveux devant leur télé, consternés qu’une donneuse de leçons aux motivations ambiguës l’emporte à l’applaudimètre sur un faiseur de miracles.

 

Ils   viennent   d’entrer   dans   l’ascenseur,   se plaçant scrupuleusement à deux mètres de distance, tandis que l’hôtesse du couloir appose son badge pour les renvoyer à la surface. Les  portes coulissantes se referment. Chacun se tient de profil, l’épaule écrasée contre la paroi, le nez sur son portable, continuant de faire défiler les tweets de soutien et les menaces de mort déclenchés par leur face-à-face.   Dans   la   pub   diffusée sur  l’écran  de l’ascenseur, des gens d’autrefois partagent un apéro en enfournant des chips, au-dessus de la mention légale « Enregistré avant les mesures sanitaires décidées par le gouvernement ».

 

Soudain, entre le deuxième et le premier sous- sol, la cabine s’arrête dans un blong. Les deux adversaires se regardent malgré eux. La virologue enfile un doigt de gant pour tapoter sur la touche RDC. Rien. Elle insiste, nerveuse. Brisant la distance de sécurité, l’épidémiologiste vient presser le bouton marqué d’une cloche. Aussitôt, Les Quatre saisons de Vivaldi s’échappent de la grille chromée. Entre deux notes, une voix de synthèse les informe toutes les cinq secondes que leur appel va être pris en compte.

 

-Mais on se fout de moi ! écume la directrice d’étude au bout de trois minutes.

-Même les machines, oui, confirme le professeur de médecine.

 

Chacun se rabat sur son portable pour appeler son assistant, mais, dans la gangue de béton et d’acier où ils se trouvent, il n’y a quasiment pas de réseau.

 

-Vous avez une barre ? demande Monique Lucien.

-Je ne me permettrais pas, répond Thierry Gordes.

 

Elle crispe les mâchoires en composant un numéro d’urgence, sans plus de succès.

 

-On est bloqués ! barrit l’épidémiologiste de sa voix d’opéra.

-Vous postillonnez ! s’affole la virologue.

 

Il sort de sa poche une plaquette de son médicament controversé, la lui tend avec une gentillesse narquoise :

-Prenez un comprimé, au cas où.

 

Elle lui tourne le dos et piaille en direction du présentateur qui, après l’interruption publicitaire, occupe à nouveau l’écran:

 

-Hé, on est là !

 

Toujours pas de réponse.

 

-On est coincés dans l’ascenseur ! précise son confrère en tambourinant sur les portes.

 

Aucun écho. Avec les mesures de confinement et la panique ambiante, la chaîne est en sous-effectif, tout le personnel regroupé au deuxième sous-sol dans l’isolement phonique de la régie et des plateaux.

 

-On est prisonniers ! s’époumone-t-elle.

-N’en rajoutez pas, je suis claustro.

-Mettez vot’ masque !

-J’suis pas porteur.

-C’est obligatoire !

-Quand y en aura.

-Libérez-nous !  hurle-t-elle   en   martelant   la grille du haut-parleur. Urgence médicale !

-Oui, bonjour, c’est Jean-Noël Toussard, le chef de plateau.

 

La voix courtoise vient de grésiller à la place de Vivaldi.

 

-Enfin ! s’écrient en chœur les co-détenus.

-On est avec vous, pas de souci, leur répond la voix pleine de douceur rassurante. On a juste un petit problème par rapport à la société de dépannage : l’agent d’intervention est confiné à Trouville-sur- Mer. Le temps qu’il arrive, je vous mets à l’antenne.

 

Atterrés, ils lèvent les yeux vers le moniteur où leurs visages, filmés en plongée, occupent soudain la droite de l’écran.

 

-Rebonjour, docteur Lucien et professeur Gordes ! lance l’animateur dans la partie gauche, avec une gravité enjouée. Tous les téléspectateurs sont là pour vous soutenir dans ce moment difficile.

-Je rappelle que vous êtes bloqués en direct dans l’ascenseur de notre chaîne, intervient la miss Météo qui co-présente, et qu’on attend les secours – enfin, on espère…

-Mais dites-moi, enchaîne son partenaire, maintenant que vous êtes entre vous, dans une situation angoissante de la vraie vie des vrais gens, si on tombait les masques ? Allez, Monique et Thierry, vous avez le droit de craquer ! Lâchez-vous, sortez  ce que vous n’avez pas osé dire en plateau… Fini, la langue de bois, place au coming out ! Qu’est-ce qu’on nous cache sur le virus, hein ? Quels sont les vrais enjeux économiques et politiciens, qui est-ce qui vous manipule ou qui vous bloque ? Balancez- vous à la gueule vos quatre vérités, allez, c’est l’occasion ou jamais !

 

Les  deux  sommités  médicales  se   regardent, tétanisées. Nul doute que leur situation de crise et le suspense afférent  vont créer un pic  d’audience. Plus fort que Koh-Lanta : l’épreuve de survie de deux médecins ennemis dans un confinement de télé- réalité. Alors…

 

Et si l’heure était venue de dire la vérité à la France ?"

 

d-v-cauwelaert.jpg A vous de prendre le relais, avec votre imaginaire, votre sensibilité et votre regard sur les événements que nous traversons. A vous de déconfiner les esprits et d'écrire la suite de cette nouvelle en commentaire ! 

 

Bonne écriture.

 

Didier van Cauwelaert

8 Commentaires
Community Manager

@soff78 @clo73 @montagne85 @JuniorCultura @Cyndie_epagny @coindeslicorne @-Ludivine- @Ludivine-Hénin @lenap @ManeroDuck @deepestblue @CoeurMirabelle @JuniorCultura @anthea-stories 

 

Avec les beaux coups de coeur que vous écrivez sur la communauté, je suis sûre que certain.e.s d'entre vous vont trouver l'inspiration pour écrire la suite de cette belle nouvelle Smiley clignant de l'œil

Passager

 Et Oui si c etait l heure de dire enfin la vérité ! On la sait maintenant cette fameuse vérité. Negligeance sanitaire et humaine dans ce fameux laboratoire Bonzai de cette ville chinoise dont je n arrive pas a prononcé le nom.  Un chien qui errait dans la rue est rentree dans le laboratoire car  un virologue a tout bêtement oublié de fermer la porte trop préoccupé par le divorce avec sa femme. Le chien la surpris en plein travail. Il a pris peur, a lâcher la seringue sur le flanc de l animal. Il lui retire tres vite la seringue , la jette dans la poubelle. Il soigne l animal vite fait et le relâche dans la rue. Pendant ce temps là Tao  un jeune enfant de 10 ans recherche son chien Pan qu il retrouve au détour d une ruelle. Il le caresse tendrement. Tout content il rentre chez lui embrasse fort sa maman qui mourra d une grosse fièvre et toux mystherieusement, son papa quelque temps plus tard. Puis toute cette ville devient malade.  La voilà la vérité le Covid 19 s est propagé de l animal à l humain.  Notre cher président s est tu pour des enjeux économiques avec la Chine. 

Passager

Ils se regardent dans l'ascenseur, pris au piège dans un mètre carré. Les lumière commence à vaciller, l'oxygène manque de plus en plus. Elle se rappelle l'image des arbres qu'elle a planté, les platanes qu'elle a croisé et  l'odeur de la lavande qu'elle sentait avant de porter ce foutu masque, avant ce fameux jour ou tout était plus simple, avant de savoir....et de basculer.

L'écho de la voix de la présentatrice résonne "Alors, on veux vous entendre !!!"

L'ascenseur fait quelques rebond rapide, la tête de Monique heurte lourdement le sol. Thierry la prend dans ses bras mais son cachet ne l'a sauvera pas cette fois. Il sait maintenant que tout est impossible. Il caresse lentement les cheveux de cette femme dans ces bras, l'oxygène commence à manquer et il imagine....

 

 

 

Passager

- La vérité, vous la connaissez, intervint rapidement la virologue. Le gouvernement a été on ne peut plus transparent avec la population depuis le début de cette épidémie. Toutes les mesures ont été mises en œuvre, coûte que coûte, mettant la sécurité de nos concitoyens en priorité avant toutes dimensions politiques, économiques et...

 

Le sifflement du professeur Gordes mit fin à son monologue. Il la coupa en tapant bruyamment dans ses mains.

- Applaudissons notre experte qui a très bien appris sa leçon par cœur ! On croirait entendre Mr le Président Macron, vraiment Madame, l’illusion est parfaite !

- Épargnez-nous vos sarcasmes, ce n’est pas en propageant les théories du complot que l’on dirige un pays.

- Parce que vous, vous savez ce que c’est de diriger un pays…

- Là n’est pas la question, je fais confiance à ceux qui ont le pouvoir. Je me contente d’agir dans mon périmètre.

- Eh bien, si tout le monde raisonnait comme vous, l’humanité n’aurait pas beaucoup avancé depuis l’ère préhistorique !

 

Le Pr Thierry Gordes avait prononcé cette dernière phrase fermement, telle une estocade. Il avait marqué un point, gagné la première bataille. Le visage rouge de colère de la virologue confirmait son sentiment de victoire. Elle se replia sur son téléphone, tenant de contrôler sa main tremblante, le temps de reprendre ses esprits.

 

- Wahou quelle intensité, intervint l’animateur dans l’espoir de relancer le débat. Dr Lucien, que pouvez-vous répondre au professeur Gordes ?

 

Reprendre la parole demanda à la virologue un effort considérable. Le silence ne dura que deux ou trois secondes, le temps de contrôler son rythme cardiaque, ravaler sa colère et s’éclaircir sa voix, mais ce silence s’ajoutait à son trouble.  

- Le professeur Gordes se complait dans son rôle de sauveur incompris, parvint-elle à articuler. Il ne comprend pas que nous sommes dans le même camps. J’analyse les données de manière impartiale, c’est mon rôle de scientifique. Je pense que le professeur s’est trop laissé influencer par la part affective et ne fait plus la distinction entre les faits et les sentiments.

- Bien sûr, parce que vous, vous pouvez regarder les gens mourir en sachant que vous avez peut-être le remède mais qu’il vous est interdit de l’utiliser ? Parce que ce pays de ***** est gouverné par les lobbys pharmaceutiques ?

Le professeur fulminait, elle avait réussi, en une dernière phrase, à le fait sortir de ses gonds. Il ne respectait plus les distances de sécurité, la surplombant de toute sa hauteur. Elle avait tenté de se réfugier dans un coin de l’ascenseur mais il lui rendait le moindre mouvement impossible.

 

L’animateur observait la scène, éberlué. Il se délectait, l’audimat devait être à son maximum. Quelle aubaine, cet incident d'ascenseur !

La virologue avait définitivement perdu toute contenance. Elle était à court d’argument. En réalité, cela faisait bien longtemps qu’elle était à court d’argument. Elle aurait tant voulu partager la fougue du professeur, se battre bec et ongles pour partager ses découvertes, offrir aux gens l’espoir d’un remède. À quel moment était-elle devenue un pantin ? Depuis quand n’avait-elle pas défendu ses propres opinons ? Elle se laissa glisser jusqu’à s’assoir accroupis avant de lâcher dans un murmure : « Vous avez gagné, écartez-vous je vous en prie »… Le professeur recula sous le coup de la surprise, lui rendant son espace vital.

 

L’animateur jubilait, la séquence allait être virale. Il décida de mettre fin au supplice des deux scientifiques. Il en avait assez pour lancer définitivement sa carrière. D’une phrase dans son oreillette, il ordonna discrètement que l’on rallume l’ascenseur.

Passager

- La vérité, vous la connaissez, intervint rapidement la virologue. Le gouvernement a été on ne peut plus transparent avec la population depuis le début de cette épidémie. Toutes les mesures ont été mises en œuvre, coûte que coûte, mettant la sécurité de nos concitoyens en priorité avant toutes dimensions politiques, économiques et...

Le sifflement du professeur Gordes mit fin à son monologue. Il la coupa en tapant bruyamment dans ses mains.

- Applaudissons notre experte qui a très bien appris sa leçon par cœur ! On croirait entendre Mr le Président Macron, vraiment Madame, l’illusion est parfaite !

- Épargnez-nous vos sarcasmes, ce n’est pas en propageant les théories du complot que l’on dirige un pays.

- Parce que vous, vous savez ce que c’est de diriger un pays…

- Là n’est pas la question, je fais confiance à ceux qui ont le pouvoir. Je me contente d’agir dans mon périmètre.

- Eh bien, si tout le monde raisonnait comme vous, l’humanité n’aurait pas beaucoup avancé depuis l’ère préhistorique !

Le Pr Thierry Gordes avait prononcé cette dernière phrase fermement, telle une estocade. Il avait marqué un point, gagné la première bataille. Le visage rouge de colère de la virologue confirmait son sentiment de victoire. Elle se replia sur son téléphone, tenant de contrôler sa main tremblante, le temps de reprendre ses esprits.

- Wahou quelle intensité, intervint l’animateur dans l’espoir de relancer le débat. Dr Lucien, que pouvez-vous répondre au professeur Gordes ?

Reprendre la parole demanda à la virologue un effort considérable. Le silence ne dura que deux ou trois secondes, le temps de contrôler son rythme cardiaque, ravaler sa colère et s’éclaircir sa voix, mais ce silence s’ajoutait à son trouble. 

- Le professeur Gordes se complait dans son rôle de sauveur incompris, parvint-elle à articuler. Il ne comprend pas que nous sommes dans le même camps. J’analyse les données de manière impartiale, c’est mon rôle de scientifique. Je pense que le professeur s’est trop laissé influencer par la part affective et ne fait plus la distinction entre les faits et les sentiments.

- Bien sûr, parce que vous, vous pouvez regarder les gens mourir en sachant que vous avez peut-être le remède mais qu’il vous est interdit de l’utiliser ? Parce que ce pays de ***** est gouverné par les lobbys pharmaceutiques ?

Le professeur fulminait, elle avait réussi, en une dernière phrase, à le fait sortir de ses gonds. Il ne respectait plus les distances de sécurité, la surplombant de toute sa hauteur. Elle avait tenté de se réfugier dans un coin de l’ascenseur mais il lui rendait le moindre mouvement impossible.

L’animateur observait la scène, éberlué. Il se délectait, l’audimat devait être à son maximum. Quelle aubaine que cet ascenseur se soit bloqué de la sorte !

La virologue avait définitivement perdu toute contenance. Elle était à court d’argument. En réalité, cela faisait bien longtemps qu’elle était à court d’argument. Elle aurait tant voulu partager la fougue du professeur, se battre bec et ongles pour partager ses découvertes, offrir aux gens l’espoir d’un remède. À quel moment était-elle devenue un pantin ? Depuis quand n’avait-elle pas défendu ses propres opinons ? Elle se laissa glisser jusqu’à s’assoir accroupis avant de lâcher dans un murmure : « Vous avez gagné, écartez-vous je vous en prie »… Le professeur recula sous le coup de la surprise, lui rendant son espace vital.

 

L’animateur jubilait, la séquence allait être virale. Il décida de mettre fin au supplice des deux scientifiques. Il en avait assez pour lancer définitivement sa carrière. D’une phrase dans son oreillette, il ordonna discrètement qu’on rallume l’ascenseur.

Grand Explorateur

 - Voilà, je crois qu'on est bon, là, non?

 - Ouais, on coupe là. Et après on revient sur la situation de Marilyn et Josette à l'EHPAD. T'as la bobine dans le coin?

 - Oui, j'ai tout mis dans le placard 5. Oh punaise, déjà 21h45. J'ai promis à Camille d'être là pour le coucher des enfants... On peut s'arrêter là, et on reprend demain à 8h, ça te va?

 - Yes, ça marche.

Le téléphone de Marc se met à chanter le dernier tube de Coldplay. Il décroche, c'est Delphine. Il se lève et chuchote des mots rassurants. "J'arrive, j'arrive". En même temps, il enfile son blouson, puis raccroche.

"Ok, je file, à demain", lance-t-il à la cantonnade, passant la porte à grands pas.

"Ciao, à demain", lui répond Etienne. "Je fermerai", précise-t-il. Inutile : Marc est déjà loin et ne l'entend pas.

Etienne se détend un instant dans son fauteuil de la salle de montage. Il sourit doucement, il réfléchit. Il est satisfait du travail déjà effectué. Il croit à fond dans cette histoire de virus qui envahit la planète, ces confinements imposés à des milliards de gens, ces batailles politiques et économiques stériles. Cette scène du débat de chercheurs qui ne mène à rien sinon à déboussoler les populations inquiètes de leur avenir est vraiment excellente dans son côté pathétique. Il a bien fait d'insister pour avoir Isabelle Huppert dans le rôle de la virologue et François Berléand est plus que parfait en professeur indépendant.

Il tapote son accoudoir. Le montage va demander encore quelques semaines, mais il sera à l'heure pour la sortie prévue fin octobre. Un bon film catastrophe pour faire frissonner un public avide de sensations fortes, le succès est presque garanti!

Plein du sentiment d'avoir accompli son devoir, Etienne se lève, récupère sa veste au porte manteau, éteint les lumières, ferme la porte à clé et se dirige vers l'ascenseur menant au parking.

Passager

- Ah ! Cela vous ferait plaisir qu’on s’entretue en public, devant les caméras !
Le professeur Gordes s’exprime toujours avec sa voix de stentor, sonore et mélodieuse, une voix de baryton, chaude et puissante. Il a retrouvé sa combativité, habitué à défendre ses positions parfois atypiques dans un monde plus enclin à aller vers les solutions lisses et consensuelles.
- Professeur, ma démarche n’a d’autre objet que de briser votre isolement, à
Mme Lucien et à vous-même, dans cet ascenseur. J’imagine que le moment est propice aux confessions. Et puis les téléspectateurs qui nous suivent ont droit à la vérité. Tout à l’heure sur le plateau, vous vous êtes affronté tous les 2, mais vous ne nous avez donné aucune réponse.
Alors que le professeur montre sans ambages son agacement en levant les yeux au ciel, le docteur Lucien apparaît tétanisée, abattue dans son coin : visage fermé et regard fixe.
- De quelle vérité parlez-vous ? La mienne, la sienne (montrant madame Lucien d’un coup de bouc rageur), la vôtre, celle que vos téléspectateurs veulent entendre, ou celle qui fera exploser votre audimat ?
- La vérité, reprend la miss météo de sa voix douce mais dépourvue d’émotion.
Et c’est bien de cela qu’il s’agit. Nous vivons dans un monde binaire. Il y a « La Vérité », le bien et le mal, le libéralisme contre le communisme, la démocratie occidentale et tous les autres régimes politiques, etc…
- Jeune demoiselle, en tant que scientifique, je ne crois pas à la vérité, mais à des vérités. De même, il n’y a pas forcément un seul chemin pour atteindre le même but.
Le ton s’est adoucit, le professeur, bienveillant, fait son cours, expose, explique, argumente.
- L’expérience a montré que mon traitement fonctionne. Mais je n’affirme pas que ce soit le seul, ni qu’il guérisse tout le monde.
En disant cela, le professeur Gordes se tourne vers le docteur Lucien, visiblement mal à l’aise dans cet espace confiné, et réalise vite qu’elle est en détresse, qu’il faut absolument lui éviter de glisser vers une crise d’angoisse, l’attente risquant d’être longue encore.
Les téléspectateurs peuvent alors le voir, sur leur écran, sortir son portable, pianoter dessus. De la musique se fait alors entendre. La sonorité douce du clavecin sort délicatement madame Lucien de sa prostration. Elle se tourne vers son « colocataire »de confinement.
- Madame, je vous ai trouvée très stressée par notre situation, certes peu confortable, et j’ai pensé qu’un peu de musique vous détendrait. La musique m’apaise, je vous prescris donc mon traitement. Sonates pour clavecin de Domenico Scarlatti. C’est doux, léger, élégant, et cela occupe l’esprit.
Le ton est à la plaisanterie légère, sans aucune aménité, avec compassion. Reprenant ses esprits, Monique Lucien s’étonne que son compagnon d’infortune qui lui a avoué sa claustrophobie soit si zen.
- Ce cher présentateur rêve de nous voir nous étriper. Allons-nous lui donner ce plaisir, chère collègue ? Nous évoquions la notion de vérité. Pour lui, la vérité ne peut que nous opposer.
- Cher monsieur, le professeur Gordes et moi-même nous opposons sur la méthode, sur nos amitiés professionnelles, nos fréquentations. Je conteste sa rigueur scientifique quand il administre son traitement avant la fin de son étude, mais ce n’est pas pour cela qu’il a tort et que j’ai raison. Quand il vous a dit avoir soigné des milliers de personnes avec son traitement, je ne l’ai pas accusé d’être un menteur.
- Merci de votre mansuétude, madame.
- Ne soyez pas cynique, s’il vous plait.
La miss météo est muette, complètement décontenancée par cet échange qui sort du cadre classique de l’affrontement simpliste. Son collègue masculin, plus expérimenté, est lui aussi perplexe, tant il a été biberonné à la télé réalité, à la glorification des salauds, aux querelles stériles. Cette musique inconnue, incongrue sur une chaîne d’information dite sérieuse, le laisse pantois. Mais, têtu, il relance son logiciel, le seul qu’il connaisse.
- Madame, Monsieur, nous nous égarons. Nos téléspectateurs, malades, familles de malades, confinés anxieux, veulent la vérité. Ils ne souhaitent plus entendre de langue de bois. Où en sommes-nous de la pandémie, des traitements, de la mise en place d’un traitement ? c’est ce qui intéresse le public. Il veut savoir.
Notre Baryton prend la parole, couvrant le clavecin.
- Encore une fois, de quelle vérité parlez-vous ? Mon traitement soigne des malades. Est-il capable de les soigner tous, je n’en sais rien. Vous entendez ! JE N’EN SAIS RIEN.
- Je rejoins le professeur Gordes. Oui ! Je pilote une étude comparative entre 3 traitements contre le COVID 19. C’est une vérité, ou plutôt un fait. Y aura-t-il un vainqueur ? Seront-ils à égalité ? Je n’ai aucune réponse aujourd’hui. Il y a un autre fait avéré : je perçois des émoluments de la part de laboratoires pour des missions de conseils. Oui, ils fabriquent 2 médicaments de l’étude. Mais je garde mon indépendance d’esprit. N’en déplaise à mon collègue.
Revenant à la charge, le présentateur, revient sur l’opposition du direct, en plateau. Il veut absolument rallumé l’incendie. C’est son fonds de commerce. Sa co-présentatrice, elle, est silencieuse, perdue. Elle se donne de la consistance en manipulant ses fiches sur lesquelles elle ne trouve pas la solution pour reprendre la main, ni même pour revenir dans le jeu.
Pendant les silences, le clavecin continue d’égrener de sonates de Scarlatti.
- Monsieur, reprend le professeur, la façon dont vous avez mené le débat en plateau est nulle. Madame Lucien et moi nous sommes affrontés sur des à-côtés, pas forcément sur le fonds du dossier. Cela a mis le feu aux réseaux sociaux, a excité votre ego. En fait, vous n’en avez rien à **bleep** de nous, des progrès des traitements, ni des malades ; seul vous intéresse votre capacité à faire le buzz et à diviser les populations.
Les yeux écarquillés, transpirant, bouche bée, le présentateur prend en plein poire la rébellion du professeur, géant tatoué, à la carrure de rugbyman, sport qu’il a pratiqué. Tel Cyrano rapière au poing, avec panache, de son accent à la fois chantant et rocailleux du Sud-Ouest, il ne lâche rien.
- Profess..
- Taisez-vous !
- Je ne vous permets pas, annone-t-il.
- N’oubliez pas que chez nous, à la fin de l’envoi, nous touchons !
- Pas de menaces !
- Ce n’est pas une menace ! Tonne-t-il !
Ménageant son effet, il fait une pause. Silence sur le plateau. Scarlatti continue. Monique Lucien semble goûter avec plaisir la situation, son regard pétille, un sourire narquois habille sa bouche ; son visage marque en même temps la curiosité. Quelle chute ?
- C’est de la culture.
Un dernier accord de clavecin clos l’une des 500 sonates. Clong, Clong. L’ascenseur s’ébranle. Le chef de plateau coupe l’image et envoie le générique. Voilà de quoi nourrir les réseaux sociaux.

Passager

Le Dr Lucien reste abasourdie… Comment ose-t-il ? Comment ce petit présentateur pédant et avare de gloire peut-il s’adresser à eux ainsi ? Et surtout abaisser la pensée scientifique au rang de vulgaire sujet d’échauffourée à jeter en pâture à un public qu’il méprise forcément !

Le Pr Gordes ne lui laisse pas le temps de se ressaisir, déjà, il lui assène l’une des ses remarques cinglantes : « Soit, puisque nous n’avons pas le choix, poursuivons donc le débat, et expliquez gentiment à nos concitoyens pendant combien de temps encore il leur faudra vivre enfermés, dans la crainte, et en comptant les décès de leurs proches, afin que toutes vos coûteuses et lucratives études déterminent quel traitement est le meilleur ? Si tant est qu’il y en ait un, car d’ici là, vous trouverez bien quelque effet indésirable pour justifier un délai supplémentaire ! »

Il ne lui laissait même pas le temps de répondre, même pas l’opportunité de lui suggérer qu’il s’abaissait à la dictature d’un écervelé bien plus profiteur que ce dont il l’accusait ! Car au fond, même si leurs avis ne se rejoignaient pas, même si cet homme revêtait des traits de caractère exécrables, ils étaient d’un même bord : celui de la science, celui de la recherche, celui de la vie !

Elle se sentait prise au piège : comment le convaincre de ne pas entrer dans le jeu stupide de cet animateur sans que le professeur n’y voit une façon de se défiler ?

«  Ne croyez-vous pas qu’il y a urgence aujourd’hui, et que tous vos protocoles habituels doivent être révisés pour pallier la situation ? 

- Mais c’est justement parce qu’il y a urgence que l’on ne peut pas se précipiter vers des solutions hasardeuses ! Comment expliquerez-vous aux familles de vos patients les morts dues aux accidents cardiaques ? Que direz-vous à ceux qui sont devenus aveugles ? Que vous ne pensiez pas… ? ». La voilà qui était entrée dans le jeu, piquée au vif, alors qu’elle cherchait justement à l’éviter. Elle avait la désagréable sensation d’être dans une cour de récréation. « Récréation » ! Ce mot fit tilt ! Plongée quelques trente ans en arrière, elle se revit ce matin, où deux garçons l’avaient chahutée. Elle avait su se défendre !

«  De mon côté, ce sont plusieurs milliers de personnes qui sont déjà rétablies ! Pour l’instant, c’est bien vous qui avez des comptes à rendre ! Les morts s’amoncellent, les hôpitaux débordent, que leur répondez-vous ?

- (silence)

- Les mots ne viennent plus tout à coup ? Et puisque nous en sommes aux vérités… : que répondez-vous sur l’origine du virus ? Bien étouffée aussi, cette histoire ! Il serait tellement impossible d’assumer la faute de vos chers laboratoires ! Allons, qu’avez-vous à dire ?

- (silence)

- Ah, je vois, vous préférez vous défiler !

L’ascenseur sursauta. Cela interrompit le professeur un instant, pas très rassuré, qui aspira un coup de Ventoline. Son essoufflement cessa et le Dr Lucien profita de la panique sur le plateau pour lui faire un signe de silence, doux, rapide, mais avec une fermeté soudaine dans le regard qui n’autorisait pas de réponse. De nouveau, l’ascenseur tressauta, la lumière et l’écran tressaillirent, tout comme le Pr Gordes. Le docteur n’était pas particulièrement rassurée, mais avait conscience que là se jouait l’opportunité unique de faire remporter la victoire à la science. Rapidement et en chuchotant, elle lui expliqua son point de vue sur la situation, concluant qu’elle ne jouerait pas cette pièce grotesque qui n’avait pas d’autre enjeu que médiatique, voire politique, qu’aujourd’hui plus que jamais, elle était déterminée à faire avancer l’humanité, et que si elle acceptait le dialogue, néanmoins il n’impliquait pas ces querelles d’intérêt stériles.

Elle sentit son coeur battre à tout rompre : la maîtrise de son énergie avait relancé sa tachycardie. Elle devait d’ailleurs retourner voir le cardiologue dès la semaine prochaine, ce qui la rassura.

Le professeur, lui, semblait passablement calmé. Quelques pensées émergeaient et parvenaient même à surmonter sa crainte profonde. Et heureusement, il avait son remède miracle ! Mais… était-il si sûr de ses effets ? Et si la guérison de ses patients n’avait été qu’une coïncidence, énorme certes, mais digne de celles que nous réserve parfois le destin… Et si ses malades avaient été guéris grâce à l’effet placebo ?

L’ascenseur tressauta à nouveau. Son souffle se raccourcit, tandis que le docteur s’était vouée au mutisme le plus complet.

Enfin, la voix horripilante du présentateur résonna à nouveau dans le grésillement du microphone. Ils n’eurent que le temps d’entendre quelques mots entrecoupés « désolé… dépanneurs… bientôt… coupure… téléspectateurs » avant que le son et la lumière ne disparaissent.

Par effet immédiat, l’air de la cabine devint suffocant : le professeur subissait sa claustrophobie de plein fouet et faisait tout pour lutter contre. Le docteur semblait plus passive que sereine, et entendait tambouriner les battements de son coeur qui déchiraient le silence.

Soudain, des bruits de pas, de voix, de métal ; des coups frappés, des machines qui se mettent en route. En quelques minutes à peine, la porte s’ouvrit, laissant pénétrer en haut de la cabine un rai de lumière crue qui aveugla les deux colocataires, bloqués à mi-étage. Aspirant la touffeur de l’ascenseur, le premier dépanneur se mit à tousser violemment avant de tendre une main réconfortante au docteur, qui sortit en premier, puis au professeur. Ils étaient enfin libres !

« Bon sang Martin, c’est irrespirable là-dedans ! Occupe-toi d’eux pendant que je vérifie le système.

- O.K., je les conduis au service médical. T’as encore besoin de moi ? Faut vraiment que je retourne me coucher, suis naze depuis trois jours, saleté de grippe… si au moins on était plus à gérer les gardes !

- La grippe ? T’es sûr ? »