[INTERVIEW] La Venin de Laurent Astier
CharlotteV
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💭 Qui dit janvier dit mois de la bande dessinée ! 💭

 

Chaque année le neuvième art est mis en lumière chez Cultura grâce à Ouf de BD. En 2023, nous célébrons le western avec la bande dessinée La Venin. Vous pouvez d'ailleurs tenter de remporter la série complète en participant à notre jeu concours juste ici

 

À l'occasion de la parution du tome 5 de la série La Venin, je vous propose cette interview de l'auteur Laurent Astier pour en savoir plus sur son univers.

 

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  • Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

 

Je suis auteur de bande dessinée depuis un peu plus de 20 ans maintenant. J'ai réalisé plus d'une vingtaine d'albums depuis, seul ou en collaboration avec des scénaristes. J'ai commencé par une trilogie d'anticipation Cirk, un projet que je traînais depuis l'adolescence et qui avait pris moults formes. Puis j'ai travaillé une bonne partie de ma carrière dans le genre polar, avec Gong en hommage aux films noirs des années 50, Cellule Poison sur le trafic d'êtres humains et la prostitution forcée, L'Affaire des Affaires polar politico-financier avec Denis Robert, avant de remonter à sa source avec Face au Mur que j'ai co-écrit avec un ancien braqueur croisé lors d'un atelier en maison centrale. C'est ce dyptique carcéral et étouffant qui m'a donné envie, par réaction, d'aller vers le Western et les paysages immenses de l'Ouest américain.

 

 

  • Pouvez-vous présenter votre série La Venin pour les lecteurs qui ne connaissent pas ?

 

C'est une série western emmenée par Emily, une héroïne au caractère bien trempé, celle qu'on nommera bientôt La Venin. L'histoire se situe à la toute fin de la période du Old West, entre 1885 et 1901. Le fil rouge est une vengeance contre des hommes de pouvoir, dont la source est une réminiscence de l'enfance d'Emily. L'histoire va emmener Emily de la Nouvelle Orléans aux zones montagneuses et minières du Colorado, au Sud du Texas sur la presqu'île de Galveston, avant de remonter vers les champs de pétrole de l'Ohio et de la mener vers la mégalopole en pleine mutation de New York jusqu'au siège du pouvoir à Washington.

 

 

  • Comment avez-vous eu l’idée de La Venin ? Quelles thématiques aviez-vous envie d’aborder dans ces bandes dessinées ?

 

Mes histoires commencent souvent autour d'un seul personnage croqué sur un coin de table ou sur ma tablette graphique. Au départ, Emily était juste un hommage au personnage de Jil joué par Claudia Cardinale dans Il était une fois dans l'Ouest. Je trouvais ce personnage empli d'histoires, mais dont on n'entrevoyait que des bribes dans le film de Sergio Leone. Et peu à peu, j'ai commencé à imaginer le parcours et l’histoire de ce personnage que je venais de créer et je l'ai laissé grandir, tendu des fils autour d'elle, en imaginant son passé, son caractère. Ensuite, j'ai fait beaucoup de recherches sur cette période charnière entre le monde des pionniers et le début de l'ère industrielle.

 

 

Même si on est dans une série d'aventure grand public, je voulais aborder des thèmes plus profonds que la grande Histoire a souvent évacué, comme la place des femmes dans ces sociétés virilistes, la pédophilie dans l'église, les combats hommes et femmes, celui des esclaves et du monde ouvrier pour leurs droits, etc. Et si ces thèmes restaient sous-jacents au fil de l'histoire, je voulais qu'ils imprègnent et modifient la psyché, la manière de voir le monde de mes personnages.

 

 

  • Pourquoi avoir choisi l’univers Western ? Quelles ont été vos inspirations pour construire le décor, l’ambiance et les personnages ?

 

Depuis l'enfance, j'ai toujours rêvé de faire du western. Mes premiers dessins et mes premières bandes dessinées étaient remplis d'indiens et de cowboys. Mais, après avoir découvert les chefs-d’œuvre de Charlier et Giraud, d'Hermann, Serpieri, Milazzo, j'ai mis du temps à oser me confronter au genre, de peur de ne pas avoir un dessin suffisant pour être à la hauteur de ces grands maîtres. J'ai même demandé à un dessinateur s'il voulait illustrer mon histoire, avant d'être persuadé par un de mes meilleurs amis de faire cavalier seul. Et je l'en remercie aujourd'hui !

 

 

  • À la fin de vos albums nous trouvons des photographies ainsi que des pages des carnets de votre personnage principal, Emily dit La Venin. Pourquoi cette volonté de rendre en quelque sorte ce personnage « réel » ?

 

Le « vrai faux » dossier sur Blueberry dans Ballade pour un Cercueil m'avait impressionné, adolescent, et je trouvais ça intéressant de donner une réalité historique à mon personnage, de l'inclure dans la Grande Histoire américaine.  C'était comme si j'avais découvert par hasard ces carnets intimes et que j'avais dû remplir les vides qui existaient dans la destinée d'Emily, ce qui est assez proche de ce que chaque auteur vit avec ses personnages. Et ces carnets allaient aussi permettre d'éclairer un peu plus la période et les thématiques traitées dans l'album, de prolonger la lecture de mon récit et d'apercevoir le travail de recherches historiques et iconographiques, cette partie invisible de notre travail d'auteur.

 

 

  • La sortie du tome 5 de La Venin marque la fin de cette série. Pouvez-vous nous dire ce qui va le plus vous manquer suite au clap de fin de ce projet ?

 

J'ai passé presque six ans à vivre en permanence avec tous ces personnages qui sont presque devenus vivants dans un coin de ma tête. Il va falloir que j'interrompe la discussion avec eux et les laissent vivre leur vie. Mais j'espère qu'on reprendra un jour cette discussion et qu'ils auront de nouvelles aventures à me conter.

 

 

  • Pouvez-vous nous parler en quelques lignes de vos prochains projets ?

 

En attendant, je vais entamer un projet que je porte depuis plus de 10 ans et que je n'ai réussi à mettre en forme que l'année dernière. C'est un récit très intime, une histoire d'amitié contrariée par la maladie dont je n'ai essayé de garder que la force !

 

 

  • Pour finir, avez-vous un récent coup de cœur à partager aux membres de la communauté CulturaLivres ?

 

Dans les derniers albums de bande dessinée que j'ai lus, il y a deux récits magnifiquement illustrés, Colorado Train d'Alex W. Inker, et Le Poids des Héros de David Sala. Et je viens de terminer La 7e fonction du langage, savamment adapté du roman de Laurent Binet par mes amis Xavier Bétaucourt et Olivier Perret.

 

 

Avez-vous lu La Venin de Laurent Astier ? Qu'en avez-vous pensé ?

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