[INTERVIEW] Les amants du Lutétia, le nouveau roman d'Emilie Frèche
CharlotteV
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À vos agendas ! La rentrée littéraire est imminente. Pour ouvrir le bal, découvrez la toute première interview de cette saison sur le blog. Pendant toute la durée de la rentrée littéraire, nous vous proposons de découvrir chaque semaine une interview exclusive pour CulturaLivres. J'en profite d'ailleurs pour remercier notre ambassadrice @sandryon qui a lu le roman puis nous a proposé des questions afin de réaliser cette interview !

 

Parmi les 466 livres à paraître, je vous incite vivement à découvrir Les amants du Lutétia, le nouveau roman d'Emilie Frèche. Un roman efficace et poignant qui aborde le deuil et la légalisation de l'euthanasie tout en retraçant un fait divers de 2013 : le suicide de deux personnes âgées au sein de l'hôtel du Lutétia.

 

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  • Bonjour Emilie Frèche, nous sommes ravis de vous accueillir sur CulturaLivres. Pour commencer, pouvez-vous présenter votre roman pour les membres de la communauté qui ne l’ont pas (encore) lu ?

Le 1er septembre 2018, jour de rentrée, Eléonore Kerr, architecte, reçoit un coup de fil du commissaire de police du septième arrondissement lui annonçant que ses parents ont été retrouvés main dans la main, endormis pour l’éternité, dans une chambre de l’hôtel Lutetia. Ils avaient quatre-vingt-quatre et quatre-vingt-six ans, et Eléonore ignorait tout de leur pacte. Si le monde entier adhère à la beauté de ce geste perçu comme un acte d’amour absolu, pour leur fille unique, il s’agit avant tout de surmonter un double abandon.

 

Les amants du Lutétia 

 

79_9782226481160_1_75.jpgUn matin, un garçon d'étage de l'hôtel Lutetia, découvre un couple d'octogénaires, main dans la main, endormis pour l'éternité. Ce geste ultime et romantique, cette liberté qu'ils n'ont pas hésité à s'offrir a certes du panache, mais Ezra et Maud ont-ils pensé à leur fille Eléonore qu'ils laissent en proie à l'incompréhension et au chagrin ? Ont-ils seulement pensé à elle en planifiant leur mort spectaculaire, leur funérailles extravagantes, le legs compliqué de leur maison des Bulles ?Ultime coup d'éclat d'un couple de publicitaires, vendeurs de rêves, incarnations vibrantes des dernières décennies euphoriques du XXe siècle ou témoignage d'amour maladroit, absurde, tapageur mais d'amour malgré tout ?

 

 

  • Pourquoi ce fait divers d’un couple d'octogénaires qui décident de partir vous a inspirée ? Le côté sulfureux du couple ? Le romanesque de leur mort ?

C’est le projet fou de tenter d’échapper à cette vérité ontologique selon laquelle on naît et on meurt seul. Et je trouve que c’est un projet magnifique. Parce que c’est la volonté d’être encore dans la fraternité et dans l’amour, au moment où tout s’arrêtera. On peut considérer que la mort est une fin, mais aussi une aventure, une traversée. Et j’ai l’impression que c’est ainsi que les amants du Lutetia ont appréhendé leur mort. C’est cela qui m’a bouleversée dans leur acte.

 

  • Ezra et Maud ont eu une vie assez riche et extravagante de la fin du XXe siècle. Est-ce que vous pensez que leur génération était d'un certain côté plus libre que la nôtre ?

C’est une génération née sur les cendres d’un monde génocidaire, où la mort a été industrialisée et les hommes déshumanisés, réduits à des numéros. Comment s’en sortir avec un tel héritage de folie et de barbarie ? Il me semble qu’il leur a fallu inventer un tout autre monde, semblable à celui des « Bulles », la maison que se font construire Ezra et Maud à Ramatuelle. Un monde fantaisiste, hors-sol, sans arrête, où seuls le plaisir et l’esthétisme comptaient.

 

  • Il y a également la question de cette splendide maison des Bulles. Pourquoi pensez-vous qu'une maison (des pierres) peut être aussi importante pour les survivants ?

C’est le lieu où l’on se construit. Où l’on emmagasine les souvenirs, et donc où l’on continue de vivre après sa mort. Cette maison que j’ai imaginée, « les Bulles », a aussi cette particularité d’avoir été conçue par Jacques Couëlle, l’architecte des maisons-paysages, qui pensait le logement comme une pièce unique à chacun de ses clients. C’était la maison qui devait s’adapter à l’homme et non l’inverse. « Les Bulles » sont donc comme un vêtement à la taille parfaite d’Ezra et Maud. Elle répond à ce qu’était leur vie, leur esprit.

 

  • Votre roman relance le débat sur la question de la fin de vie. Le suicide assisté en France est interdit. Est-ce une thématique qui vous tient à cœur ?

La question de la fin de vie sera la grande question des prochaines années, tout simplement parce que nous allons assister à une révolution démographique sans précédent, avec une augmentation conséquente des personnes âgées. Simone de Beauvoir disait, en substance, qu’on mesurait le degré de civilisation d’une société à la manière dont on traitait les anciens. Comment va-t-on les accompagner, les aider à partir ? Au cœur de cette question, ce qui me passionne, c’est la fraternité. En avoir pour son prochain, jusqu’au bout. 

 

  • Que représente la rentrée littéraire pour vous ?

Une grande excitation. Celle de rentrer dans une librairie comme on rentre dans une boulangerie, avec les yeux plus gros que le ventre, et avoir envie de tout acheter !

 

 

Alors, cette interview vous donne t-elle envie de découvrir le roman ? Avez-vous déjà lu un livre d'Emilie Frèche ?

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