Questions à Olivia Ruiz, l'auteure : quand une chanson ne suffit plus
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On la connaissait plutôt pour ses chansons, on la découvre aujourd'hui pour son premier roman publié le 20 mai prochain, La commode aux tiroirs de couleurs. Cette commode, c'est son histoire, ou plutôt celle des femmes de sa famille franco-espagnole. Quelques semaines avant sa sortie, Olivia Ruiz nous fait l'honneur de répondre à quelques questions autour de ce nouveau projet et son écriture...  "Quand trois couplets et un refrain ne suffisent plus."

 

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Etiez-vous une amatrice de livre quand vous étiez enfant ? Aviez-vous un auteur favori ?

Chaque soir ma mère me lisait un conte, La petite fille aux allumettes, les musiciens de Brême, Grimm Andersen.. Ensuite j’ai lu à peu près tous les livres jeunesse qu’il y avait à la bibliothèque de la mairie et école de Marseillette, mon petit village de l’Aude, plutôt restreinte mais dont Marcel Aymé, Roald Dahl, le petit Nicolas, la Bibliothèque rose de l’intrépide Fantômette... faisaient partie.

 

J’ai le souvenir d’une immense émotion quand je tombe sur La Symphonie Pastorale par exemple. 

 

A quel moment de votre vie avez-vous eu l’envie d’écrire un roman ?

Quand trois couplets et un refrain ne suffisent plus… J’ai eu envie de sortir du cadre de la chanson pour m’épanouir dans une écriture qui n’a pas de limite de durée. J’ai exploré la thématique de l’exil et de la transmission de nombreuses fois dans mes chansons. Mais si je pense chaque personnage dans les détails, peu ont la place d’y figurer, il faut se contenter de l’essentiel. Puis l’actualité, terrible miroir du passé familial, en a imposé la nécessité. 

 

Qu’est-ce qui vous a le plus plu dans cette aventure de l’écriture, et qu’est ce qui a été le plus difficile à gérer ?

Ce qui m’a le plus plu, c’est la liberté, de format, de temps, et d’imagination, puisque malgré le contexte historique, ce n’est pas un livre d’histoire et j’ai dû remplir les blancs de l’histoire de ma famille. J’ai adoré pouvoir inventer des femmes que j’aurais aimé rencontrer, m’offrir des femmes que j’aurais aimé avoir autour de moi si j’avais été Rita. Même si la ribambelle de femmes qui m’entourent, ma mère, mes tantes, ma grand-mère, mes amies, sont déjà hautes en couleur et terriblement inspirantes, j’avais envie de rêver, de m’éloigner de ma réalité pour être au plus près des besoins de Rita. 

Garder confiance, gérer les gros moments de doute, a été le plus difficile à gérer. Et c'est grâce à l’aide précieuse de mon éditrice Olivia de Dieuleveult, qui avait toujours le mot juste pour que je me sente « capable » d’y arriver, que j’ai toujours réussi à reprendre confiance après des périodes d’abandon.


J’ai eu la chance de vous écouter lire un passage de votre livre et vous avez une âme de conteuse : vous maniez les mots avec une telle musicalité ! D’où vous vient cette particularité ?

Avant d’être chanteuse, musicienne, romancière ou comédienne, je me sens conteuse. Je crois que ce qui m’importe, c’est le lien que crée l’échange. Et souvent l’histoire agit comme un psychodrame qui fait comprendre, grandir et se sentir mieux, plus léger. Les œuvres que j’ai aimées au cours de ma vie m’ont réconfortée et permis de me sentir moins seule ou de m’oublier totalement. C’est ce que j’aimerais parvenir à faire avec mes histoires, quelle qu’en soit la forme. 

 

Pourquoi avoir choisi en toile de fond l’histoire liée à la dictature franquiste ?

Parce que trois de mes grands-parents ont fui la guerre civile espagnole et ne m’en ont jamais parlé. Parce que la guerre et la dictature franquiste ne figurent pas ou peu dans les livres d’histoire, et parce que je sentais les bouches de mes grands-parents cousues par la douleur. De leur silence est né ce roman, de la nécessité d’habiller des racines qui s’imposent à moi depuis toujours mais dont on m’a dit si peu. 


Votre roman implique quatre générations de femmes « indomptables » : pouvez-vous nous parler en quelques lignes de chacune d’elle et de leurs traits de caractère qui les définiraient le plus selon vous ?

 

Rita: Sur les quelques quatre-vingts ans où on la suit, elle sera en métamorphose, mais Rita incarne toujours la liberté et le renoncement auquel même les femmes les plus libres ne peuvent souvent échapper. C’est une femme pleine et entière, charnelle, vivante, une écorchée vive, hyper-sensible Rita est une maman, et une  femme qui aime et se bat. La puissance de son engagement pour s’inventer la vie qu’elle rêve est son talon d’Achille, car la perte, le rejet, et les déceptions la rendent insecure et terriblement vulnérable. 

 

 Madrina: Madrina est un personnage qui a dû naître à mes dépens de mon amour pour les films d’Almodovar. Elle est sublime, vulgaire, profiteuse mais généreuse, mystérieuse mais franche, violente mais aimante. Avec elle, tout est toujours cru, sans transition. 

 

 Pepita: C’est la femme engagée de l’histoire, elle est obsédée par son combat. Tout est combat. Protéger sa patrie, son fils, et chaque rouge qu’elle peut croiser. Elle est le miroir de la mère de Rita, une sorte d’objet de réconciliation entre Rita et ses parents, pour opérer un pardon salvateur et comprendre. 

 

Leonor: Elle représente la stabilité et la maturité. Elle est responsable et consciente qu’elle tient l’avenir de ses petites sœurs entre les mains. Elle est dans l’acceptation, mais elle est la plus politique des sœurs. Elle maintient le lien avec son pays et ses parents grâce à un engagement de pensée, plutôt passif, mais c’est ce qui la tient centrée, debout. 


Est-ce que ce livre vous a inspiré une chanson qu’on pourra bientôt écouter, en même temps qu’on lira votre livre ? Vous êtes pleine de surprises : avez-vous d’autres projets en cours que vous pouvez partager avec notre communauté de lecteurs ?

Peut-être… Une chanson sur la relation particulière qui unit Rita et André existe en tout cas. Et à la suite de la tournée de la lecture musicale de La Commode, je démarre un concert spectacle sur les mêmes thématiques : le déracinement, la quête identitaire, le regard sur l’autre, sur l’étranger : Bouches cousues.

 

Rendez-vous le vendredi 24 avril à 17h30 sur la page Facebook de Cultura pour un Live de Chevet avec Olivia Ruiz. 

 

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