Rentrée littéraire : correspondant du cauchemar
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Il suffit d’un mot, d’un regard, pour s’en rendre compte. Sorj Chalandon est, aujourd’hui comme hier, hanté par le Liban. Un pays qu’il a connu et aimé lorsqu’il était reporter de guerre. Ces souvenirs douloureux sont plus que jamais présents dans son nouvel ouvrage, un roman bouleversant.

Pourquoi le Liban ?

Cette guerre, je ne voulais plus la raconter avec mon regard de reporter. Un journaliste peut parler des larmes des autres mais jamais des siennes. Avec ce roman, je pouvais enfin dire ma propre douleur. Et puis, j’avais envie de « retourner » à Sabra et Chatila, relater ce que j’y avais vu. Je n’aurais de toute façon pas pu le faire si je n’avais pas été présent en 1982. Je n’aurais pas trouvé les mots.

Avez-vous mis beaucoup de vous dans Georges, votre héros ?

Si je n’ai plus voulu continuer à être reporter de guerre c’est que j’étais en train de perdre la raison. Comme lui, il m’arrivait de me sentir mieux en guerre qu’en paix. J’ai envoyé Georges là où je me suis arrêté et j’ai pu explorer ce qu’il y avait après, ce que j’avais laissé là-bas.

Pourquoi vouloir lui faire monter Antigone ?

Je voulais que mon protagoniste soit un metteur en scène. Pas un combattant, ni quelqu’un qui soit obligé de partir à la guerre, mais un homme qui veut faire travailler des acteurs appartenant à des camps ennemis. Antigone ne parle pas de paix, mais d’engagement, d’ordre, d’autorité. J’ai pensé que ces hommes et ces femmes auraient alors une bonne raison d’accepter de la jouer, ensemble, sur une même scène.

Était-ce difficile de raconter vos souvenirs ?

Le plus dur, c’est d’écrire sur le renoncement d’un homme à l’amour que sa famille lui porte, à l’amour que la paix lui offre, beaucoup plus que de raconter les bombardements. Le fameux traumatisme postguerre, je l’ai vécu de façon intime. Aujourd’hui encore, je ne peux pas me coucher sans aller vérifier que mes enfants respirent.

Georges supporte mal son retour…

Je me suis aussi beaucoup tu en rentrant. On est choyé, attendu par sa famille et ses amis et on a besoin de raconter, mais on ennuie vite. Ce décalage m’a longtemps hanté. Je voulais que Georges le vive aussi.

Retournerez-vous au Liban ?

Non. Même si j’ai appris à voir les choses par moi-même et que l’information que je reçois par la presse ne me suffit pas. J’ai promis que je n’y retournerai pas et je tiendrai ma promesse…

"Le quatrième mur" : Samuel Akounis, un Grec réfugié à Paris, a une idée folle : monter Antigone d’Anouilh dans un Beyrouth en guerre, et faire jouer la pièce par des comédiens appartenant à des camps ennemis. Mais il tombe malade et demande à son ami Georges de le remplacer pour mener à bien le projet. Georges part alors pour le Liban et y découvre la réalité de la guerre.

L’avis du libraire Cultura :

"Le Quatrième Mur est un roman qui vous prend aux tripes en vous confrontant à l’horreur et au fanatisme. L’histoire est admirablement servie par une plume concise, d’une efficacité redoutable. Après avoir été grand reporter, Sorj Chalandon confirme une nouvelle fois son talent de grand écrivain."




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1 Commentaire
Admin Comité de Lecture
Un livre magnifique et bouleversant. L’auteur semble toujours hanté par ce qu’il a vécu là-bas, qu’il a gardé en lui et qui ressort avec force et émotion avec en toile de fond cette étrange fascination/répulsion pour la guerre et tout ce qu’elle engendre. Sûrement le roman le plus fort de cette rentrée littéraire.