Billes de chewingum

Quand j y repense, une vague de nostalgie me submerge. Il y a tellement longtemps et pourtant, c'est celles dont je me souviens le plus et comme étant les meilleures. Cet été là, j avais 8 ans, et c'était mes premières vacances chez mes grands-parents sans mes parents. Ils habitaient une petite maison dans une rue sans issue d'un quartier calme de Castelsarrasin, petite ville du Tarn et Garonne. J'étais toute excitée, j'adorais papi Roger et mamie Odette. Leur vie n était pas toute rose, mais à cet âge là, les soucis des adultes ne m atteignaient pas encore. Mon grand-père avait été amputé d'une jambe. Ancien militaire, il avait sauté sur une mine durant la guerre d'Indochine. Même si sa prothèse m'effrayait, il était pour moi un héros. Un cadre rempli de médailles d'honneur était accroché au mur de la salle à manger. Il  passait souvent ses après midis au café du coin, avec d'anciens compatriotes, à se raconter leurs souvenirs douloureux ou parfois drôles. Y allant à pied avec sa béquille, il était habituel qu il soit ramené par des amis, voire des gendarmes, trop "joyeux" pour rentrer seul. Mais à chaque fois, il pensait à me ramener des billes de chewingum de toutes les couleurs, qu'il achetait  au distributeur sur le comptoir du bar. J'attendais ce moment avec impatience, je mettais les friandises dans ma poche, sans oublier d'en mettre 2 ou 3 en même temps dans la bouche. Il me disait toujours: "mâche bien de chaque côté, sinon, tu vas abîmer tes belles dents"! Le soir, il attrapait son harmonica et jouait  des airs. Mamie souriait alors. Je la  trouvais belle. Elle était très coquette et toujours habillée avec soin. Nous sommes devenues très proches depuis cet été là. Nous passions des moments extraordinaires toutes les deux dans sa chambre. J' essayais ses belles tenues, mettais ses bijoux et ses chaussures pour ensuite l'imiter. Nous rigolions beaucoup. Je me confiais beaucoup à elle aussi.  Vivait avec eux son frère "Jean", de cinq ans plus jeune qu'elle. Handicapé mental et sourd depuis son plus jeune âge suite à des convulsions, il ne voyait pas non plus très bien. Mamie en avait la garde depuis que mon arrière grand-mère lui avait fait promettre avant sa mort de ne jamais le placer en institut. Tonton Jeannot, de son surnom, avait l'âge mental d'un enfant de mon âge. Il ne pouvait subvenir seul à aux besoins courants de la vie. Cela était dur pour ma grand-mère mais cela m'echappait à cette époque. J'avais un "super tonton" qui me portait  sur son dos en sautant dans la cour, coloriait avec moi, m accompagnait marcher, etc. J'avais beaucoup de chance ! Je me souviens  egalement très bien des petits déjeuners le matin. Mamie Odette achetait un sac d'1kg  de petits gâteaux secs. Ils étaient de toutes les formes, triangulaires, carrés, en losange et ils avaient des petits messages ecrits  sur le dessus. Le jeu était de former des phrases. Je les plongeais ensuite dans le bol et les attrapait avec ma cuillère pour les avaler goulûment. Jeannot, lui, "chourlait" son chocolat chaud. Cela m' amusait autant que ça m'agacait ! Quand chacun vaquait à ses occupations, je prenais le vieux solex, à la condition de porter le casque (deux fois trop grand pour moi) Et partais à l aventure ....en faisant des allers-retours dans la rue ! Cheveux au vent, je me sentais tellement libre, et heureuse. Je n' avais pas d'amies de mon âge ici, mais cela m'etait égal. Je ne m'ennuyais jamais. Je pourrais écrire des pages et des pages de ces journées ! D'autres été ont suivis. Même après le décès de papi Roger, rongé par ses nombreuses beuveries. Mais ces premières vacances furent baignées par mon insouciance mais aussi par la joie  et le bonheur que chacun d'eux trois  m'apportaient. Je souhaite lire ce récit à ma grand-mère, aujourd'hui âgée de 90 ans. Et j'espère alors voir ses yeux pétiller, autant que pétillent les miens à ce souvenir de vacances merveilleuses.