L'Ardèche en PLS

Beau, ce souvenir ne l’est pas vraiment

Drôle, en revanche, il l’est pourtant.

Ma dizaine d’années bien tassée

En vacances en Ardèche nous sommes allés.

 

Ma mère, son compagnon, sa fille et moi

Empruntâmes le trajet vers Aubenas.

Six heures du matin, un peu froid,

Nous posâmes le pied chez les Ardéchois.

 

À une table de pique-nique nous nous sommes installés.

Le silence régnait, les oiseaux gazouillaient.

Un jus d’orange dans les tasses versé

Le petit-déjeuner pouvait commencer.

 

Soudain un cri retentit et vint troubler

Cette plénitude tout juste trouvée.

Une guêpe arrivée, une Sarah effrayée

Et un jus d’orange renversé sur un édredon fraîchement lavé.

 

Les vociférations de son père sur l’enfant

Chassèrent les moineaux gais et pimpants.

Nos regards échangés avec maman

En disaient long sur la suite des évènements.

 

Aussitôt arrivés, aussitôt repartis.

Pas le temps d’engloutir le dernier biscuit

Que déjà nous étions dans la voiture, assis

Sarah courant derrière, sur le dos, l’édredon sali.

 

La semaine passait difficilement

Bercée par l’ennui et les hurlements.

Plus d’une fois je disais à maman

Rentrons chez nous, subrepticement.

 

Puis vint un soir mémorable

Où nous dînions autour de la table.

Sarah, trouvant le repas passable,

Était tout sauf raisonnable.

 

Galopant comme un cheval kabardin

Dans la cuisine, un yaourt à la main

Personne ne disait rien

Prenant sur nous pour rester sereins.

 

Puis soudain, de notre vue

La petite Sarah a disparu

Pour se relever sans un mot de plus

Le yaourt dispersé dans ses cheveux écrus.

 

Un long fou rire ma mère retint

Je le compris à son regard taquin

Alors que Sarah s’essuyait les mains

Et que son père lui ouvrait un yaourt au raisin.

 

Cette semaine n’a pas été de tout repos

Marquée par notre abandon à la ferme à escargots

La destruction de nos pistolets à eau

Et pour moi, la restriction des paquets de gâteaux.

 

Belles, ces vacances ne l’ont pas été

Elles m’ont néanmoins marquée

Car dix-neuf ans après

Je ris encore à les relater.