Le limbo ou le jeu du passe en dessous

La journée avait commencé comme un dimanche ordinaire. Levée avec le soleil, fraîche comme la rosée du matin, le teint clair et reposée comme la belle au bois dormant après son long sommeil. Vous y avez cru ? Bon je dois vous avouer que le dimanche quand je me lève pendant les vacances, j’ai plutôt le cheveu en bataille et l’œil trouble, trouble comme la vinaigrette qui napperait un poireau un peu trop cuit.. Vous voyez bien le tableau ?Mais ce dimanche matin était un peu spécial, j’avais rendez vous sur la plage, au mois de février. C’étaient les vacances d’hiver.

 

D’habitude à cette époque de l’année, quand on va à la plage en février c’est soit parce que l’on habite au milieu des Caraïbes, soit parce que l’on est en vacances aux Caraïbes. Oui parce que franchement la plage c’est quand même sacrément plus fun quand il fait chaud.

 

Mais ce jour-là il fait froid, froid comme dans la grotte de Cro magnon, qui aurait perdu sa boîte d’allumettes en rentrant de sa chasse aux champignons.

Et pourtant malgré ce froid il va falloir se changer, et le club où je viens de m’inscrire pour une séance découverte de marche aquatique bénéficie d’un vrai vestiaire, vue sur mer, tout confort ( barrer les intrus dans la phrase… ).

 

Quand on n’a jamais mis une combinaison comme moi, la tension nerveuse est à son comble. On sent bien que s’introduire dans le néoprène ne va pas être une partie de plaisir. Déjà à la question du moniteur sur la taille, arrive la première épreuve. Il va falloir la jouer fine, car demander sa taille à une femme, c’est pire que lui demander son âge. Sur l’âge on peut toujours tricher, sauf quand on est face à un membre des forces de l’ordre, pendant une garde en vue. Cela ferait vite mauvais genre, et ferait partir la conversation sur de mauvaises bases.

Pour la taille, on peut tricher un peu aussi mais ça se voit vite qu’il y a erreur de casting quand on essaie de faire corps avec la tenue. C’est comme la « tente 2 secondes » du spécialiste du sport : 2 secondes pour la mettre en place, 2 heures pour faire rentrer le truc dans son sac de rangement et 200 insultes diverses et variées condamnant l’inventeur du dit truc à brûler en enfer pour l’éternité.

 

Après des contorsions dignes d’un maître yogi en surpoids, et surtout grâce à l’aide de mes camarades d’aventures nautiques, je suis enfin prête ! Prête à affronter les éléments, parce que ce jour la mer est « un peu » agitée. Et là, je me dis qu’il est temps peut être de dire que j’ai oublié de mettre ma tasse dans le lave vaisselle. Non ? C’est pas une excuse valable ?? Bon j’aurai tenté.

Alors les copains, ben je vous suis alors…Plus on se rapproche de l’eau, plus les vagues me paraissent hautes, et plus le bruit me paraît fort. Sérieusement je repense à ma tasse, seule, dans l’évier, livrée à elle-même.. j’ai peur pour elle.. Non ? Toujours pas ?

Le professeur paraît sûr de son coup, les copains ( en fait il n’y a qu’un seul copain et des copines mais le masculin, tout ça, tout ça.. ) sont tout contents d’aller affronter les vagues, ils s’extasient à chaque fois qu’une nouvelle vient s’écraser sur le sable.

C’est le moment il paraît ! On a une fenêtre. Ils se précipitent tous, moi un peu en retrait.. J’aime bien avoir une vue d’ensemble avant de me lancer, je réfléchis un peu ( pas à ma tasse promis ) quand tout à coup je sens un choc, une chose vient de percuter ma cuisse, et s’enrouler autour de ma jambe droite.

Le souci c’est que je suis aussi à l’aise avec les animaux marins que le commandant Cousteau l’était avec la charcuterie du bas Léon au XVème siècle. Et comme quand on ne connaît pas, on imagine le pire, j’imagine une créature hybride surgie des fonds marins pour m’emporter dans son sillage. Je tente quand même de jeter un œil, parce qu’une fois au fond, pas question d’ouvrir les yeux, ça me pique toujours et après j’ai les yeux rouges. Oufff ça n’était que Christine emportée par une vague traîtresse. Je l’aide à se relever et hop il paraît qu’on y retourne.

Le chef il a dit, alors on obéit. Sans réfléchir je me lance à l’assaut. On est alignés face au large et on se dépêche d’avancer. C’est comme le jour du Débarquement sauf que cette fois on court dans l’autre sens, et d’un coup le chef crie : «  Passe en dessous ! »

- Chef ! Oui Chef ! Mais en dessous de…. Blurp, gloup, arghhhhh

 

En un quart de seconde ( je n’aurais même pas eu le temps d’ouvrir la fameuse tente ) je me retrouve sous l’eau, secouée comme dans un manège à la fête foraine, la tête en haut ou en bas je ne sais pas, et puis je n’ouvre pas les yeux d’abord, parce que ça pique etc. …J’ai l’impression que ça dure un temps fou et d’un coup je me sens projetée en avant, choc, contact avec le sol, tête dans le sable… Une otarie échouée sur le sable un matin de février ! Une photo digne d’un article de presse pour Océanopolis ! Animal marin en détresse !

 

Morale de l’histoire quand le chef dit passe en dessous à la plage : c’est sous la vague… pas la peine de chercher la barre, il n’organise pas de limbo  le dimanche matin au mois de février !

 

Commentaires

En ces temps de canicule, c'est rafraîchissant.

Bravo et merci !

Excellent... je m identifie tout à fait !!!

On s'y voit !

Bravo

J’adore ton style ! Comme ça fait du bien de te lire !

merci pour cette nouvelle bien "dynamique"

Bravo pour votre victoire. Ce récit était de loin mon préféré !