Souvenir souvenir ! Sur les traces de l’enfance.

 

            Il existait un temps avant tous ces dérèglements climatiques, où on disait que le mois des orages était celui d’août ! Avant qu’on ravage tout par notre bêtise et l’irrespect de tout ce qui nous entoure. Et quels orages on avait, ils étaient puissants et majestueux ! La nature sans concessions reprenait soudainement ses droits. C’est en tout cas, c’est ce que j’ai vécu dans mon enfance. J’aime à penser qu’il n´y a pas si longtemps…

 

Ça sent la pluie !...

            Les éléments semblaient émerger tout à coup de leurs profonds sommeils. Mais personnes n’aiment être soustrait brutalement de son lit ! L´orage, plus que personnes, était de très mauvaise humeur. L’atmosphère était complètement saturée d’humidité. Et je ne sais pas comment l’expliquer, mais j’arrivais à sentir arriver cette odeur de pluie. Et je ne parle pas de la petite pluie qui dure 10 minutes. Non celle dont je vous parle dévaste tout sur son passage et dure pendant des heures. Cette odeur là a quelque chose de vraiment très spécifique.

            Quand la pluie tombait en trombe et que les éclairs fondaient violemment sur terre, ma mère et moi n’étions pas de celles à se terrer à l’instar des lapins dans leurs terriers. Bien au contraire ! Nous apprécions la représentation que la nature nous offrait. Et je regardais ce spectacle de sons et d’odeurs par ma fenêtre.

            J’observais la pluie affluer rapidement sur le verre. J’écoutais le bruit de l´eau couler à torrent dans le jardin et tout autour de la maisonnée. C’est comme si tous les bruits s’étaient entendus pour raisonner tous en même temps. Et j’appréciais aussi l’ironie de la situation. Malgré la tempête qui se déchaînait dehors, j’éprouvais pourtant un sentiment de pleine sécurité. Nichée dans le confort à l’intérieur de mon foyer, je me sentais à l’abris.

 

La voiture comme observatoire !...

            Mais si j’avais de la chance ma mère acceptait qu’on prenne place dans notre voiture stationnée dans le jardin pour observer la tempête. L´habitacle faisait fonction de cage à faraday. Et il était primordial d´être protégé des éclairs qui se déchaînaient sur terre tels les pas d’un dieu mythologique. Quant à la pluie lourde et puissante tombait, elle fracassait la taule en faisant un brouhaha de tous les diables ! La voiture était secouée dans tous les sens. Cela donnait l’impression que le véhicule pouvait être englouti à chaque instant. Mais on était au premier plan pour observer les éclairs et entendre leurs échos comme rebondir sur terre.

            J’adorais voir cette nature de la fenêtre violante et triomphante. Le lendemain matin, je me rendais compte que tout était plus beau et plus nette ! C’était comme observer une photo avec un peu trop de saturation. La pluie avait tout nettoyé derrière elle. Tout y était propre et neuf. Les arbres jusqu’au moindre brin d’herbe avaient été dépoussiérés. La réalité avait perdu son filtre terne et fade. C´est ainsi que la nature retrouvait son éclat originel. C’était comme une promesse de renouveau.

 

            Il s´agit bien là d´un de mes meilleurs souvenirs d’enfance. Ces petits moments d’allégresse fondus dans le quotidien de la vie de tous les jours. Comme des instants de grâces où le temps était suspendu.

 

Sandrine REY, juillet 2020