Cartel de Don Winslow
Expert Littérature

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Retour aux sources pour Don Winslow qui, après La Griffe du Chien, signe avec Cartel un nouveau polar de référence sur le narcotrafic. Don Winslow avait mis la barre très haut mais il parvient dans cette suite à maintenir le cap de l'excellence ! Nous retrouvons donc, avec un plaisir non dissimulé, Art Keller et Adan Barrera, les deux principaux protagonistes et meilleurs ennemis de La Griffe du chien.

 

Pour essayer d'être le plus concis possible, nous dirons simplement qu'Art Keller (DEA) va, de nouveau, tout faire pour mettre la main sur Adan Barrea, incarnation romanesque d'El Chapo, mafieux qui dirige le Cartel de Sinaloa. Et comme dans La Griffe du chien, on est captivé de bout en bout par cette lutte entre deux hommes liés par une haine viscérale, sans rémission possible. Le choix d'une narration polyphonique permet d'évoquer différents points de vue, tant au niveau des Cartels qu'au niveau de la population civile (Pablo le journaliste, Marisol la femme médecin en lutte). Cartel est une fresque romanesque dense et maitrisée portée par des personnages inoubliables (y compris les seconds rôles). Nous avons là sans aucun doute un des polars de l'année.

 

Par ailleurs, l'une des grandes qualités de Don Winslow est son impression travail de documentation. Ses romans sont des livres très érudits dans lesquels on apprend beaucoup sur la guerre contre la drogue aux Etats-Unis, au Mexique et plus généralement en amérique latine. Cartel se consacre aux années 2004-2014, une décennie noire particulièrement violente au Mexique, les Cartels se livrant une guerre sans merci et sans limite. Le roman est donc particulièrement âpre et violent. Art Keller n'est pas une oie blanche, a fortiori quand il est plus désespéré que jamais. Certaines lignes jaunes sont allégrement franchies... C'est d'ailleurs une autre qualité du roman que de ne jamais tomber dans le manichéïsme et de proposer une lecture critique des politiques américaines...

 

C'est super bien ficelé, c'est érudit et captivant. Les personnages sont super bien construits et hantent durablement le lecteur. En somme, c'est du polar comme on en croise pas beaucoup. Foncez !!!

 

PS : Les lecteurs qui méconnaissent la réalité mexicaine risquent d'être surpris par la sauvagerie inouie des guerres menées entre et contre les Cartels, le niveau inimaginable de la corruption, la complicité de l'armée et/ou des forces de l'ordre. Pour ceux que ça intéresse, on ne saurait trop conseiller la lecture de L'Homme sans tête du journaliste et écrivain mexicain Sergio Gonzalez Rodriguez, sans doute la non-fiction la plus dense écrite sur cette décennie de violences et notamment sur la décapitation, une forme d'exécution devenue courante lors des règlements de compte entre Cartels de la drogue.

L'autre roman incontournable sur le Mexique c'est naturellement 2666 de Roberto Bolaño notablement consacré au féminicide de Ciudad Juares. A noter pour les Parisiens que le roman (plus de 1300 pages) a été adapté au théâtre par Julien Gosselin et est actuellement joué au théatre de l'Odéon (durée : 11h).