Rentrée littéraire : entretien avec Pierre Lemaitre, un talent à découvrir
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Focus sur le premier roman d’aventure de Pierre Lemaitre, l’un des Talents à découvrir 2013. Il abandonne un temps la veine policière pour nous livrer un roman, captivant et instructif. L’auteur, enthousiaste et passionné, nous en parle…

Pourquoi situer votre roman à la fin de la guerre 14-18 et dans les années qui ont suivi ?
On a beaucoup écrit sur 14-18 et sur le tout début du xxe siècle, moins sur l’après-guerre. Cette époque révèle tout ce qu’on aurait dû voir et qu’on ne voyait pas puisqu’on avait le nez dans l’événement. Cette période est un vrai miroir de ce qui s’est passé pendant ces années sombres.

Comment décrire de manière si réaliste les scènes de guerre du début ?
J’ai cette chance de construire les histoires de manière très visuelle. Je vois le film ! Je ne peux pas écrire une scène si je ne la projette pas sur une espèce d’écran intérieur. Dès lors, ce n’est pas si compliqué que ça.

Ce qu’on découvre c’est que les soldats ont été complètement abandonnés à leur triste sort après l’Armistice ?
On n’imagine pas comme la France, à cette époque-là, voue un culte sans précédent aux morts mais s’occupe peu des vivants. Ce n’est pas de l’ingratitude, c’est simplement que « techniquement » le pays ne sait pas comment faire. On est incapable de s’occuper de ces soldats. Impossible de leur trouver ni logement, ni boulot, impossible de les démobiliser.

Dans le roman, on réalise qu’un des moyens de gagner de l’argent à cette époque, c’est le commerce de la mort…
À la fin de la guerre, il va y avoir une industrie des monuments aux morts. On va en ériger 36 000. Les entreprises font des catalogues et vendent à toutes les mairies ces monuments ou des plaques commémoratives. D’autre part, il a existé un commerce des cadavres. C’est historique : en 1922, des individus ont gagné une fortune en fabriquant des cercueils d’1,30 m pour des cadavres d’1,60 m, leur permettant ainsi de gagner un franc de plus par cercueil. La guerre est toujours pratique pour le capitalisme !

Quel est le secret pour ne pas ennuyer le lecteur en 560 pages, qu’il n’y ait pas de tunnel ?
Je suis un adepte du roman romanesque dans lequel ce n’est pas la psychologie qui mène l’action. Je suis un enfant de Dumas ou de Tolstoï. Je m’amuse beaucoup en écrivant et j’espère faire partager cette jubilation. Mon lecteur a dépensé de l’argent pour me lire, pour passer des heures avec moi. À moi de faire en sorte qu’il ne le regrette pas.

Savez-vous déjà quel sera le thème de votre prochain roman ?
Il y aura une suite à celui-là. On suivra la destinée de l’un des personnages… Mais c’est encore secret !

Pierre Lemaitre : Au revoir là-haut
L’intrigue : Deux jeunes soldats, Albert et Édouard, réchappent in extremis de la terrible guerre de 14-18. Si le premier est légèrement blessé, le second est défiguré. L’un et l’autre, si différents soient-ils, se soutiennent pour survivre au lendemain de l’Armistice dans une France dévastée qui n’a plus de place pour eux. Mais Édouard a l’idée d’une escroquerie qui pourrait bien les sortir de la précarité…

L’avis du libraire Cultura :
"Une écriture à la fois littéraire et grand public, un scénario original, un fond historique méconnu, une intrigue passionnanteet des personnages particulièrement fouillés : ce roman possède tous les ingrédients pour en faire l’un des événementsde cette rentrée littéraire."



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Admin Comité de Lecture