La marche irrémédiable du temps et des vies. Le poids du passé, de ce qui laisse son empreinte sur l’âme et grave des chemins imaginaires dans le cœur, en un pays inaccessible. C’est aussi le poids des actions et des choix d’un individu sur sa propre vie et celle des autres. Ce qui fuit le fait de manière irréparable et rien ne peut entraver cette fuite. Avec la vie qui file, tout ce qui reste au bout du temps, c’est le désert. Ainsi pourrait-on résumer cet élégant roman de Murakami (国境の南、太陽の西, Kokkyō no Minami, Taiyō no Nishi), itinéraire d’une crise existentielle.
Ce récit à la première personne est celui de Hajime, fils unique qui se sent si différent des autres. Il a douze ans quand il rencontre sa petite voisine et camarade de classe Shimamoto-san, fille unique et boiteuse. Il se lie rapidement d’amitié avec elle, découvre grâce à elle le sentiment d’être compris et complet, ainsi que ses premiers émois sensuels. Elle lui fait découvrir la musique et notamment ce disque de Nat King Cole, « South of the Border ». Puis elle déménage et Hajime rencontre d’autres filles, en blessera une en particulier et en épousera une autre avec qui il fondera une famille idéale à l’abri du besoin. À l’approche de la quarantaine, Hajime semble avoir réussi sa vie professionnelle et personnelle. Pourtant, quand Shimamoto-san resurgit dans sa vie vingt-cinq ans après sa disparition, c’est un insoutenable et délicieux chaos qui va engloutir son existence.
Ceux qui apprécient l’onirisme et le réalisme magique des univers de Murakami seront peut-être surpris par ce roman plus ancré dans le réel. Cependant, on retrouve dans cette histoire toute l’attention que l’auteur porte à confectionner des personnages emplis de mystères et de contradictions. Murakami nous livre ici un roman douloureux et sensuel, au rythme paisible, un peu trop en son milieu peut-être, et qui porte toutes les interrogations d’une vie lestée par les erreurs commises et les rêves inassouvis.
Je constate, que vous vous êtes plongé de nouveau dans un roman japonais. Votre avis donne très envie ! Je compte également commencer à lire des romans japonais, j'ai offert à mon père, Tant que le café est encore chaud, pour ensuite lui prendre !
Eh oui, et j'en ai d'autres en réserve, des romans japonais, @maelle-cultura ! Je n'ai pas lu "Tant que le café est encore chaud", mais j'imagine pour ce roman un univers un peu fantastique à la manière de ceux de Murakami. Le titre original de ce roman de Toshikazu Kawaguchi est Kohi ga Samenai Uchi ni (コーヒーが冷めないうちに), littéralement "avant que le café ne devienne froid", et c'est à l'origine une pièce de théâtre. Ayuko Tsukahara en a fait un film en 2018, titré "Cafe Funiculi Funicula", et un projet de série télé a été annoncé en octobre dernier.
Merci @dvall pour toutes ces informations. J'ai intérêt de le lire avant que la série ne sorte alors. Je vous donnerai mon avis dès que je pourrai le lire, je dois juste attendre que mon père le finisse.