Em, de Kim Thúy

‎01-05-2022 20:07

Em, de Kim Thúy

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Em

Kim Thúy

 

« Em » signifie « petite sœur » en vietnamien. C’est aussi l’homophone du mot « aime » en français. Et il y a bien de l’amour qui jaillit de l’horreur dans ce récit composite se déroulant comme une bobine de fils entremêlés. L’image de cette boîte en carton d’où s’échappent ces fils sur la couverture du roman est particulièrement émouvante quand on sait que l’autrice s’est inspirée pour son histoire d’une photographie prise en 1973 au Vietnam. « Baby in a box », un bébé dans une boîte en carton et que son frère à peine plus âgé tient par la main, allongé en chien de fusil à même le sol, mendiant dans les rues de Saigon.

 

Les fragments de vie esquissés par Kim Thúy sont mordants de vérité, vibrants de justesse et d’humanité. On dit de son style qu’il « tient du fusain, de l’aquarelle et de la sanguine » et il est vrai que les scènes relatées par l’autrice font preuve d’une concision et d’un sens de l’épure remarquables. Ces chapitres minimalistes sont autant de clichés photographiques capturés sur une pellicule argentique tantôt délicatement impressionnée, tantôt surexposée sous la violence des conflits. Car il est question ici de cette guerre atroce qui a enflammé cet « inoubliable pays en forme de S », où les Américains ont déversé du napalm et des herbicides arc-en-ciel, où les massacres et les filles de joie offertes aux soldats envahisseurs ont engendré une génération d’orphelins métis et maudits.

 

Plantations d’hévéas saignés par les coolies, forêts défoliées par l’agent orange, rizières ensanglantées par d’insoutenables massacres, clubs à gogo où les soldats oublient l’horreur dans le stupre, quartiers sordides de Saigon où les orphelins cirent les chaussures ou volent pour survivre, salons de manucure occidentaux tenus par d’anciennes « boat people »… Autant de lieux où les destins naissent et se lient, s’emmêlent ou se tranchent. Celui de Tâm l’orpheline survivante d’un carnage, celui de Louis l’enfant noir métis abandonné au pied d’un arbre, celui de em Hông qui recevra le nom d’Emma-Jade une fois adoptée. C’est tout à la fois beau, épouvantable, et bouleversant.

 

Em : Kim Thúy | Cultura

1 Réponse 1
‎05-05-2022 11:53

Re: Em, de Kim Thúy

Merci beaucoup pour la découverte @dvall. Cette couverture est très énigmatique