Gibier d'élevage, de Kenzaburô Ôé

‎08-05-2022 18:11

Gibier d'élevage, de Kenzaburô Ôé

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Gibier d’élevage

Kenzaburô Ôé

 

« La guerre, à présent disgracieuse dans sa majesté de légende trop longtemps entretenue, vomissait un air croupi. » Le ciel d’un village reculé du Japon est depuis récemment traversé par des avions ennemis, et aux yeux du jeune narrateur de cette histoire, ils ne sont que des oiseaux d’une espèce rare. L’école étant fermée, le garçonnet, son frère cadet et leur ami Bec-de-Lièvre s’occupent comme ils peuvent, cherchant des os de bel aspect dans le crématorium de fortune de la vallée, ou chassant le chien sauvage. Lorsqu’un avion américain s’écrase non loin de là dans la montagne et qu’un rescapé est fait prisonnier par les villageois, c’est tout autant une calamité qu’une attraction qui remue la vallée, d’autant plus que cet homme est noir. Incapable de prendre en charge ce prisonnier, l’administration japonaise désorganisée le laisse aux soins des villageois. Pour l’enfant narrateur qui n’a jamais vu un être aussi bien bâti et d’une telle carnation, ce n’est ni un ennemi ni même un homme, mais une bête étrange qu’il faut nourrir et surveiller, peut-être même apprivoiser.

 

Dans ce court roman d’une centaine de pages, c’est au travers du regard d’un jeune garçon que nous voyons ce prisonnier noir, d’abord abattu et apathique, puis étrangement docile et coopératif, devenant même pour les enfants ébahis de naïveté et d’émerveillement « une sorte de magnifique animal domestique, une bête géniale ». Mais au fur et à mesure que l’été de canicule avance, tandis que la préfecture tarde à donner ses instructions, le lecteur sent enfler quelque chose qui relève du drame, un événement qui changera le regard de notre jeune narrateur sur le monde des adultes.

 

Kenzaburô Ôé a été récompensé pour cet ouvrage en 1958 par le prix Akutagawa, l’équivalent de notre Goncourt. Sa concision et le prisme enfantin par lequel cet épisode de la guerre du Pacifique est raconté sont remarquables. Cette histoire illustre tout autant la cruauté que l’absurdité d’un conflit qui verse dans le marasme. Une adaptation cinématographique de ce roman a été réalisée en 1961 par Nagisa Oshima sous le titre « Une bête à nourrir » (飼育, Shiiku).

 

Gibier d'élevage : Kenzaburô Oé - 2070425533 | Cultura

3 Réponses 3
‎09-05-2022 11:40

Re: Gibier d'élevage, de Kenzaburô Ôé

Un très beau coup de cœur. Merci @dvall pour la découverte. 

‎09-05-2022 12:07

Re: Gibier d'élevage, de Kenzaburô Ôé

@dvall Intéressant. Je le note. Merci pour cette belle chronique. 

‎09-05-2022 13:07

Re: Gibier d'élevage, de Kenzaburô Ôé

Merci, @clo73 et @LeaCultura. Ce court roman est très vite lu. Je vous le conseille si vous souhaitez découvrir cet auteur. "Seventeen", que j'ai lu juste avant, fera sans doute moins consensus.