L'insoutenable légèreté de l'être, de Milan Kundera

‎22-12-2021 15:45

L'insoutenable légèreté de l'être, de Milan Kundera

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Pour ma première incursion dans l’univers de Kundera, j’ai choisi ce roman au titre particulièrement évocateur qui permet d’imaginer la profondeur philosophique à laquelle l’auteur aspire, mais surtout le pessimisme de ses propos. Kundera explore dans ce récit les rapports amoureux et adultérins entre quatre personnages qui évoluent dans la Tchécoslovaquie au lendemain du Printemps de Prague prônant un « socialisme à visage humain », puis de l’invasion du pays par l’URSS qui souhaite maintenir son hégémonie politique et idéologique.

 

L’apparente superficialité des rapports humains mêlée à la terreur politique de cette période illustre parfaitement la dichotomie entre légèreté et pesanteur que Kundera n’a de cesse d’explorer dans ce roman, questionnant la philosophie de Parménide, puisant dans les références mythologiques, extrapolant de manière plus étonnante le concept du kitsch. La structure du roman alterne entre les personnages et les différentes périodes de leur vie, changeant à foison de focale et de ton. L’auteur parle à la première personne, prend le lecteur à témoin, évoque ses êtres imaginaires comme les personnages d’une pièce de théâtre ballotés par leurs sentiments et leur destin. Kundera est un habile marionnettiste et fin psychologue. Il aime flirter avec les états d’âmes et la métaphysique, explorer des pistes étonnantes sans jamais se perdre en élucubrations.

 

Plutôt que de l’empathie, c’est de la tristesse que j’ai ressentie à l’égard des personnages de cette tragédie d’une banale mais grandiose humanité. De la tristesse pour Tomas, le médecin volage qui estime que « ne pouvoir vivre qu’une vie, c’est comme ne pas vivre du tout ». Pour Tereza sa maîtresse, qui ancre l’existence de Tomas sur les fonds vaseux du quotidien tout en lui apportant une chose qu’il ne peut trouver ailleurs. Pour Sabina, l’artiste en quête de légèreté et d’élévation. Pour Franz son amant, homme droit, égaré dans son mariage, et dont les aspirations humanistes le mèneront jusqu’au Cambodge…

 

Même si « une fois ne compte pas », lisez ce livre au moins une fois. « Es muss sein ! ». Il le faut.

2 Réponses 2
‎22-12-2021 18:32

Re: L'insoutenable légèreté de l'être, de Milan Kundera

Bonjour @dvall 

 

Vous me replongez dans mes années collège avec ce roman de Milan Kundera!! J'avoue ne pas en avoir gardé un souvenir impérissable, mais peut-être n'ai-je pas su, à l'époque, capter toute la psychologie de cette oeuvre.

2022 pourrait être l'occasion d'une relecture. Merci pour votre post.

‎13-07-2023 08:10

Re: L'insoutenable légèreté de l'être, de Milan Kundera

@dvall Je suis une grande admiratrice de cet auteur.

 

Mon avis sur ce roman passionnant : 

 

Un roman qui parle de la complexité de l’être et de ses rapports avec l’autre. Une histoire d’amour entre une femme submergée de jalousie et de rêves et un homme déchiré entre son amour pour elle et ses fougueuses tentations libertines.

Un mélange de réflexion et de poésie qui aboutit à la conclusion que la pesanteur et la légèreté, pareillement insoutenables, ne procèdent jamais d'une décision véritable.

Un livre superbe, grave et désinvolte à la fois, qui nous fait réfléchir sur la lourdeur des liens affectifs et la légèreté de la solitude.

Lire Kundera c’est découvrir des êtres qui cherchent à comprendre et s'interrogent sans juger, c’est croire encore en l’humanité.

 

Extrait :

« .. .plongé dans une étrange mélancolie, Tomas avait brusquement compris qu’ il existait au royaume du possible un nombre infini d’amours irréalisées…

Nous croyons tous qu’il est impensable que l’amour de notre vie puisse être quelque chose de léger, quelque chose qui ne pèse rien ; nous nous figurons que notre amour est ce qu’il devrait être ; que sans lui notre vie ne serait pas notre vie. »

 

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