La mort à Venise, de Thomas Mann

‎06-10-2023 23:36

La mort à Venise, de Thomas Mann

La Mort à Venise.jpg

 

La Mort à Venise

Thomas Mann

 

L’ambivalente cité des Doges est le théâtre de cette longue nouvelle à l’esthétisme impeccable, récit d’une fascination fatale, d’une impossible conciliation. Il est tentant de déceler dans la trame de cette histoire la thèse que Nietzche développa dans « La Naissance de la tragédie », cherchant à concilier à la manière des tragédies grecques les forces dionysiaques et apolliniennes qui gouvernent l’art. D’un côté Apollon, dieu des arts, de la beauté masculine et de la lumière, mais pouvant aussi apporter la peste. De l’autre Dionysos, dieu du vin, de la danse et des plaisirs, de l’irrationalité et du chaos, représentant aussi passion et instincts. Deux frères entrelacés par nature et dont les attributs plongent le personnage principal de « La Mort à Venise » dans une lutte intérieure consomptive.

 

Gustav Aschenbach est un écrivain veuf, anobli et vieillissant, dont la renommée n’est plus à faire et dont les ouvrages sont inscrits au programme académique. Il vient chercher à Venise un havre où se ressourcer. Dans l’hôtel où il séjourne, il est saisi par la beauté extraordinaire d’un jeune adolescent polonais prénommé Tadzio. Tandis que le sirocco souffle son oppression sur la cité lacustre prisée des touristes, Aschenbach craint pour sa santé mais salue le signe du destin qui l’incite à rester sur place, lui permettant de céder à la fascination et de guetter chaque apparition de l’énigmatique et merveilleux garçon. Si la tentation pédérastique est palpable, instillant un trouble évident, elle n’ira jamais plus loin qu’un regard ou un sourire. Elle mènera pourtant cet écrivain vieillissant vers son naufrage, tandis que d’inquiétants miasmes se propagent à Venise.

 

À travers toute une symbolique empruntant aux mythes de la Grèce antique, à l’Erotikos de Plutarque ou aux dialogues platoniciens, Thomas Mann explore les atermoiements d’un homme aux prises avec le temps qui passe et les exigences de la création artistique. Aschenbach est un peu son alter ego, celui par lequel il interroge la déchéance, physique et morale, tout en recherchant le « triomphe de l’esprit » par le truchement des références et des symboles.

 

La mort a venise - suivi de tristan et de le chemin du cimetiere : Thomas Mann - 2253006459 - Livres...

5 Réponses 5
‎06-10-2023 23:44

Re: La mort à Venise, de Thomas Mann

Pour compléter la lecture de ce texte d’une grande maîtrise stylistique, n’hésitez pas à découvrir l’adaptation cinématographique de Luchino Visconti, « Mort à Venise » (1971). L’esthétique du film est irréprochable et l’ambiance particulièrement troublante. Dirk Bogarde y incarne l’artiste torturé de manière convaincante tandis que Björn Andrésen prête ses traits angéliques à Tadzio. Celui que Visconti présenta comme « le plus beau garçon du monde » lors de la sortie du film souffrira toute sa vie de l’objectification dont il fut victime. Un documentaire suédois de 2021 évoque la vie et le naufrage de cet homme (« The Most Beautiful Boy in the World » ou « L’Ange blond de Visconti » en français).

Mort à Venise de Luchino Visconti (1971) - Unifrance

 

 

‎07-10-2023 09:12

Re: La mort à Venise, de Thomas Mann

@dvall merci pour ce retour sur ce livre que j'ai lu étant adolescente, ça m'a remis dans l'ambiance du livre...

‎07-10-2023 09:13

Re: La mort à Venise, de Thomas Mann

@dvall merci pour ce complément d'information !

‎07-10-2023 09:35

Re: La mort à Venise, de Thomas Mann

Merci @kryan, c’est en lisant sur Instagram un retour de lecture sur ce récit que je me suis souvenu avoir vu le film de Visconti lorsque j’étais adolescent (merci la chaîne Arte), sans savoir à l’époque qu’il s’agissait d’une adaptation d’une nouvelle de Thomas Mann. Je me souvenais d’une ambiance perturbante et d’un rythme lent mais fascinant, alors j’ai revu le film tout récemment et ai enchaîné avec l’écrit. L’un et l’autre s’accordent très bien dans la linéarité de l’intrigue et des scènes, même si Visconti fait peser davantage encore la menace du choléra sur Venise. Il s’agissait aussi de retranscrire à l’image, véritable gageure, les longs monologues intérieurs de l’écrivain (à l’écran, l’artiste est un compositeur célèbre). Bien sûr, toutes les références à l’imaginaire hellénistique ne sont pas retranscrites dans le film, mais la présence magnétique et silencieuse du jeune acteur interprétant Tadzio laisse planer sur le film cette symbolique de la beauté entrelacée avec la mort. J’ai aussi beaucoup aimé ce documentaire sur l’acteur Björn Andrésen qui, cinquante ans après avoir incarné Tadzio, souffre toujours du poids terrible qui a pesé sur ses épaules. Dans le très bon film d’horreur Midsommar de Ari Aster (2019), l’acteur au physique d’ermite illuminé joue le rôle d’un vieil homme se sacrifiant horriblement en se jetant du haut d’une falaise.

‎08-10-2023 09:04

Re: La mort à Venise, de Thomas Mann

@dvall merci pour ce retour et toutes ces précisions, c'est intéressant !

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