Le Fusil de chasse, de Yasushi Inoué

‎07-06-2021 12:10

Le Fusil de chasse, de Yasushi Inoué

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Il s’agit ici de mon premier audiolivre, reçu en Service Presse par NetGalley et Audiolib. Le hasard fait parfois très bien les choses. Je voulais justement découvrir la plume de Yasushi Inoué. J’étais aussi curieux d’essayer un audiolivre, mais pour une première, je ne voulais pas d’un grand format. Alors quand j’ai repéré « Le Fusil de chasse », je n’ai pas hésité (87 pages pour 1h58 de lecture par André Dussollier). C’était d’une pierre faire deux coups.

 

Le narrateur débute cette histoire en évoquant un poème qu’il a publié dans une revue sur la chasse. Il y décrit un homme qu’il a vu partir à la chasse avec son fusil et son chien sur un sentier du mont Amagi. Pour ce poème loin de faire l’éloge de l’art cynégétique, et qui décrit l’isolement d’un homme, l’auteur s’attend à recevoir une cascade de reproches. Mais après deux mois de silence, seule lui parvient la lettre d’un dénommé Josuke Misugi, qui lui révèle être l’homme au fusil et qui admire la perspicacité avec laquelle le poète a su saisir son état d’esprit. Pour accompagner son propos, Josuke Misugi envoie à l’auteur du poème trois lettres qui lui ont été adressées par trois femmes différentes. Trois lettres qui devront être détruites après avoir été lues.

 

Ces trois lettres racontent un secret destructeur et la manière dont ces trois femmes ont découvert ou vécu avec ce secret. Il s’agit d’une banale histoire d’adultère et des mensonges qui l’ont accompagnée. Ces femmes, respectivement épouse, maîtresse, et fille de cette dernière, racontent le poids de la tromperie, du péché, de la trahison. Avec une mélancolie douce et pathétique, ces trois femmes révèlent par écrit à Josuke ce qu’elles n’ont pas pu ou pas voulu lui dire de vive voix. Quelle sensibilité dans ces lettres de femmes, quelle beauté dans ces mots pleins de douleur, de colère et de tendresse pourtant. Ces femmes racontent « le chagrin d’être en vie » mais aussi « le serpent en chacun de nous » : l’égoïsme, la jalousie ou tout simplement le destin. Elles s’interrogent sur ce que l’on connaît vraiment de l’autre, sur la différence qui existe entre le désir d’aimer et celui d’être aimé, ou bien sur le prix qu’il faut payer pour ce désir et cet amour.

 

Un récit polyphonique raconté par la voix sereine et grave d’André Dussollier. Un texte d’une grande élégance, habité par la mélancolie, aux mots judicieusement choisis et à l’acuité psychologique admirable. Il y a un peu de Stefan Zweig dans la plume de Yasushi Inoué. Et c’est décidé, l’inconditionnel du papier que je suis se laissera à nouveau tenter par un livre audio.

 

A découvrir sur Cultura.com (en version poche, et en version audio)

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