Les aiguilles d'or de Michael Mc DOWELL

‎30-08-2023 10:40

Les aiguilles d'or de Michael Mc DOWELL

Avec ce roman sombre, nous plongeons dans le New-York du XIXème siècle où l’opulence et l’extrême misère coexistent à quelques rues l’une de l’autre.

En cette nouvelle année 1882, l’influent et cruel juge Stallworth et son gendre Duncan Phair, jeune avocat promis à un brillant avenir, échangent à voix basse sur leurs projets et stratagèmes pour renverser les Démocrates au pouvoir et promouvoir les Républicains et par là même, leurs propres intérêts. Pour cela ils se rapprochent d’un journaliste et vont ensemble publier des articles sur l’un des quartiers les plus gangréné de la ville, le tristement célèbre «Triangle Noir » afin de mettre en lumière l’incapacité des Démocrates à gérer cette corruption et à assurer la sécurité des bons citoyens. Le juge est aidé en cela de son fils, Edward, pasteur moralisateur qui, chaque dimanche harangue ses paroissiens de sermons incendiaires sur ces quartiers infâmes où les pires vices règnent en toute impunité. L’assassinat dans ce même quartier d’un avocat respectable, Cyrus Butterfield, arrive à point nommé pour servir leur plan. Surtout quand la « coupable » est liée à la famille Shrank qui s’avère, selon le juge Stallworth être une véritable lignée corrompue de criminelles. Le juge compte bien faire un exemple retentissant en annihilant les Shrank. D’autant plus que vingt ans plus tôt, il a condamné à la pendaison Cornélius Shrank et à la prison pour plusieurs années sa femme Léna, puis ensuite leur fils Alik à l’emprisonnement sur l’Ile de Sing-Sing. Une véritable haine habite Léna contre ce juge qui a détruit sa famille vingt ans auparavant et s’acharne à nouveau sur elle. Mais pour les Shrank, l’heure de rendre coup pour coup et d’anéantir les Stallworth a sonné.

Tout comme dans la série « Blackwater » qui est de loin son œuvre la plus étoffée, Michael Mc Dowell, traite ici encore de la famille. Comme il le dit si bien, à l’inverse des relations choisies et horizontales, la famille est pour lui un système social vertical ( âge, ressource, pouvoir) qui implique par essence des situations de domination et des stratégies d’évitement et de renversement. Contrairement aux relations horizontales auxquelles il est toujours possible de mettre un frein ou de les repousser, les relations verticales, quant à elles vous touchent au plus profond et sont comme des poutres plantées en vous. Il y a plus de possibilités de drame dans les relations auxquelles on est attaché comme à un tuteur.

La famille, dans ce roman noir et sombre, occupe donc le rôle principal tandis que la vengeance y occupe la seconde place. Entre les misérables Shrank et les opulents et respectables Stallworth, les plus méprisables ne sont pas ceux qu’on pourrait croire . D’un côté nous avons le pouvoir et le droit de vie et de mort que donne l’argent ,la position sociale et professionnelle, de l’autre nous avons la misère noire faite de multiples petits trafics qui permettent de s’en sortir et de survivre sans se faire remarquer. D’un côté nous avons une famille qui occupe le devant de la scène publique mais qui est un carcan stricte sans amour aucun. De l’autre, une famille soudée par l’amour et le respect qui la renforce face à l’adversité.

Le récit commence par de longues descriptions légèrement déstabilisantes qui, en fait, posent le décor et les personnages. Une fois familiarisés avec chacun, nous sommes véritablement happés par l’histoire et les 517 pages sont littéralement dévorées.

Michael Mc Dowell a l’art de nous ensorceler avec ces histoires de famille et n’hésite pas à nous malmener émotionnellement autant qu’il malmène ses personnages. Personne n’est épargné, autant le savoir avant de se plonger dans la lecture de ce récit totalement addictif.

Merci à Babelio et aux Editions Monsieur Toussaint Louverture qui m'ont permis de lire en avant première cette petite pépite.

 

A paraître sur Cultura.com le 6 octobre 2023 

Les aiguilles d'or.jpg

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Cultura Cormontreuil
9 Réponses 9
‎30-08-2023 10:52

Re: Les aiguilles d'or de Michael Mc DOWELL

Ce roman va faire un carton @Katili !!! Je note la future sortie le 6 octobre dans mes tablettes.

Après le succès de "Blackwater" et le décès de l'auteur, toute nouveauté de Michael McDowell va être prise d'assaut.

‎30-08-2023 16:57

Re: Les aiguilles d'or de Michael Mc DOWELL

Après la saga Blackwater, c'est avec plaisir et grâce à l'éditeur et Babelio (merciiiiii) que j'ai pu retrouver l'univers un peu flippant de feu Michael McDowell avec Les Aiguilles d'Or
Sans l'étrangeté de la première saga, mais toujours avec une certaine forme d'appétence pour la mort…

 

Pitch: (4ème de couv):
"An de grâce 1882. New York fête la nouvelle année entre opulence et misère. Dans les beaux quartiers, le juge Stallworth a pour grand projet d'éradiquer le vice de l'un des coins les plus gangrenés de la ville, le tristement célèbre Triangle Noir. Avec l'aide de son fils, Edward, pasteur moralisateur aux sermons incendiaires, et de son gendre, Duncan, jeune avocat promis à un brillant avenir, le juge compte bien faire un exemple retentissant en annihilant une lignée corrompue de criminelles: les Shanks."
 
David contre Goliath. Le pot de fer contre le pot de terre. Les Stallworth contre les Shanks. Bienvenus dans Gangs of New York! 
Mais qui sont les pires criminels? Les bourgeois qui prennent de haut et jugent arbitrairement les pauvres des bas quartiers, leur vie n'ayant à leur yeux pas plus de prix que celle d'un animal? Ou les délinquants du Triangle Noir qui tentent de se sortir de leur fange en volant, arnaquant… voire tuant?
Michael McDowell nous entraine dans une lutte sans merci entre deux clans qui n'ont qu'un objectif, s'anéantir.
 
Grande fresque (plus de 500 pages tout de même!) au cœur d'un New York de la fin du dix-neuvième siècle, les costumes trois pièces disputent aux haillons les pires manigances. Machiavélisme et cruauté au premier plan, on reconnaît la pâte McDowell qui verse plutôt dans le terrible, voire le violent. Impossible de ne pas penser d'ailleurs au Pinocchio de Disney pour  certaines scènes du roman, un des Disney qui personnellement me fait plus flipper que rêver!
Et puis le style de l'auteur se reconnaît également dans ses personnages de femmes puissantes et déterminées qui mènent leur barque en sororité, à l'instar des Shanks. Le mâle relégué à la place de pantin facilement manipulable, qui se ridiculise par sa naïveté, cupidité, luxure…
 
Les Aiguilles d'Or est un roman qui sort de l'ordinaire par son décor et sa tonalité qui sont loin des "standards" des romans d'aujourd'hui, ce qui lui donne un certain pouvoir immersif. 
Une lecture qui a le mérite de son originalité, même si j'ai attendu jusqu'au bout que se réveille l'étrangeté, à l'instar de son grand frère Blackwater.
 
Laure pour le blog Un Livre dans ma Baignoire (plein d'autres chroniques sont à retrouver via la page Facebook ici !)
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Laure / Un Livre dans ma Baignoire
‎30-08-2023 18:22

Re: Les aiguilles d'or de Michael Mc DOWELL

@soff78 , il est très bien et c'est une histoire complète. Il va effectivement être très attendu.

‎31-08-2023 11:22

Re: Les aiguilles d'or de Michael Mc DOWELL

Merci @Katili  un roman très attirant à la couv sublime, je le note sur la liste de mes prochains  achats 🤩

‎07-11-2023 11:52

Re: Les aiguilles d'or de Michael Mc DOWELL

Voici un beau et bon livre à dévorer à l'automne en écoutant la pluie tomber.

On n'est pas dans le registre de la science fiction comme on pouvait l'être avec la série Blackwater, mais il n'empêche que la fiction se dévore très agréablement.

 

de belles descriptions des personnages, des ruelles, des quartiers, des habitudes de société à l'époque. On plonge très facilement dans cette ambiance.

 

Il ne faut pas oublier le magnifique  travail de 1er et 4ème de couverture dans les dessins et l'impression. Ces livres sont des oeuvres d'art à tout point de vue.

‎07-11-2023 13:47

Re: Les aiguilles d'or de Michael Mc DOWELL

Oui @nassaranala l'objet livre a l'air aussi beau que le roman lui-même.

Je crois que je vais me laisser tenter par ce dernier opus de Michael Mc DOWELL car j'avais adoré Blackwater.

‎09-02-2024 13:50

Re: Les aiguilles d'or de Michael Mc DOWELL

Bonjour @Katili @nassaranala @laureleenette @sandryon

 

Je viens de terminer ce roman reçu à Noël :

 

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Je ne reviens pas sur l'histoire que vous avez amplement relatée.

 

Après "Blackwater", Michael Mc Dowell nous plonge à nouveau dans une histoire de familles.

A New York, en ce début de 1882, la société est déjà partagée entre Républicains avides d'ordre et de purification sociale, et Démocrates au pouvoir peinant à éradiquer la gangrène de certains quartiers de la ville.

Ainsi, les Stallworth, famille riche et influente, cherche à récupérer la mairie de New York lors des prochaines élections. Le chef de clan, l'incorruptible juge James Stallworth, décide de lancer une campagne de destruction du quartier du "Triangle noir" par le biais de son gendre, l'avocat Duncan Phair. Celui-ci devra parrainer des articles de presse relatant la vie des crapules et autres meurtriers vivant dans ce quartier, et ainsi pointer du doigt les autorités actuelles qui se montrent incapables de remédier à cette intolérable situation.

Or, c'est dans ce quartier que vit la famille Shanck, originaire d'Allemagne, spécialiste du recel et du vol en tout genre. La matriarche, Lena, dirige son petit monde d'une main de fer mais avec une intelligence notoire. Et quand elle apprend que c'est le même juge qui cherche à détruire sa famille qui a déjà fait pendre son mari, son sang ne fait qu'un tour, et la guerre est déclarée.

 

Les rivalités familiales ont été le sujet de beaucoup de romans, mais Michael Mc Dowell a le don de nous embarquer dans ces histoires avec des situations simples, ordinaires, d'où le fait qu'elles nous touchent au cœur. Ici, les personnages sont clairement posés. Les Stallworth sont arrogants, sûrs d'eux et de leur pouvoir au sein de leur communauté, convaincus de leur puissance face à ceux qui ne sont pas sur le même échelon social qu'eux. Les Shanck, élevés dans les bas-fonds de la rue et ses pièges, solidaires en toute circonstance mais vivant presque en autarcie, cherchent avant tout à ne pas se faire prendre. Si tout les oppose, la notion de famille les rassemble. Pas de grande surprise dans la forme de ce roman donc, mais le conteur incroyable qu'est Michael Mc Dowell nous fait tourner les pages plus vite que jamais pour connaitre la fin de cette histoire.

 

Et que dire des femmes dont le rôle est primordial dans cet ouvrage? Si chez les Stallworth, elles restent soumises aux diktats de la "bonne société" et ressemblent à des potiches, chez les Shanck, elles dirigent  tout, aussi bien l'argent que les actions à mener, les plans de vengeance et les déplacements opportuns. Tout cela peut paraitre simpliste, mais dans les différents évènements entremêlant la vie de ces deux familles, c'est tout bonnement diabolique !

 

Fans de sagas familiales hautement addictives, n'hésitez pas à faire la connaissance des Stallworth et des Shanck, et passez un incroyable moment de lecture ! 

 

https://www.cultura.com/p-les-aiguilles-d-or-9782381961361.html

‎09-02-2024 14:26

Re: Les aiguilles d'or de Michael Mc DOWELL

@soff78 , merci pour ton avis sur un livre qui, moi aussi m a enchanté. 

‎09-02-2024 14:33

Re: Les aiguilles d'or de Michael Mc DOWELL

@soff78 Je n'ai lu que les deux premiers romans de BlackWater que j'ai beaucoup aimé et je compte bien continuer à lire cette série. Je lirai aussi celui-ci par la suite. 

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