Mishima ou La vision du vide, de Marguerite Yourcenar

‎20-09-2023 23:53

Mishima ou La vision du vide, de Marguerite Yourcenar

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Mishima ou La vision du vide

Marguerite Yourcenar

 

« Même au cours de la vie la plus éclatante et la plus comblée, ce que l’on veut vraiment faire est rarement accompli, et, des profondeurs ou des hauteurs du Vide, ce qui a été, et ce qui n’a pas été, semblent également des mirages ou des songes. »

 

Dans un style un peu suranné, mais avec l’aisance docte et tranquille qui la caractérise, Marguerite Yourcenar nous promène dans le dédale d’une œuvre semée de symboles et de présages, annonçant le point culminant tout autant que l’oblitération d’un esprit torturé. Torturé par ses visions, ses contradictions, ses ambitions ou ses frustrations, Mishima est l’enfant terrible de la littérature de l’ère Shōwa, « le martyr du Japon héroïque qu’il a pour ainsi dire rejoint à contre-courant ». En se faisant seppuku (suicide rituel par auto-éventration puis décapitation) devant les Forces d’autodéfense du pays, jetant ainsi à la face du Monde moderne l’image traumatisante d’un sacrifice d’un autre temps, Mishima parachève l’œuvre de sa vie, y mettant de sa tête un point final nimbé de courage et de folie.

 

Marguerite Yourcenar nous guide à travers les œuvres clefs de l’écrivain dramaturge, depuis les incontournables « Confessions d’un masque », « Le tumulte des flots » ou « Le pavillon d’or », jusqu’à la fameuse tétralogie de « La Mer de la fertilité », en passant par les romans ou pièces de théâtre moins connus mais non moins éclairants dans cette quête ontologique à laquelle cet essai nous invite. La première femme élue à l’Académie française, l’année même où ce texte a été publié, évite avec précaution toute psychologie de comptoir, une dérive pourtant facile avec Mishima. Au contraire, l’autrice garde une distance sereine et sage, même quand elle évoque les postures polémiques de l’auteur.

 

Si le milieu de l’essai se dilue passablement dans un synopsis un peu trop long et factuel de la tétralogie que Mishima livrera à son éditeur le matin même de son suicide, il faut saluer des passages éclatants, comme celui décrivant le film « Patriotisme » où Mishima incarne un lieutenant préparé au seppuku, ou l’image bouleversante que l’autrice nous réserve pour sa dernière page.

 

 

2 Réponses 2
‎21-09-2023 10:35

Re: Mishima ou La vision du vide, de Marguerite Yourcenar

Merci pour cette belle chronique. J'ai vraiment envie d'en savoir plus sur Mishima, je note ce livre pour plus tard. @dvall 

‎21-09-2023 12:41

Re: Mishima ou La vision du vide, de Marguerite Yourcenar

Cet essai se lit très vite, tu verras @CharlotteV !

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