Rapatriement d'Eve Guerra

‎24-02-2024 08:06

Rapatriement d'Eve Guerra

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Vivre sa jeunesse en Afrique, bringuebalée d’un pays à l‘autre en fonction des coups d’états et des faillites d’entreprises et n’avoir pour seul repère que son père, excessif, alcoolique mais aimant, ce n’est pas l’idéal pour construire une personnalité équilibrée.

Du Congo, au Gabon puis au Cameroun, Anna a connu les riches heures des expatriés dans les pays africains où la main d’œuvre spécialisée s’arrachait à prix d’or.

De la vie privilégiée des colons à la vie d’aventurier des techniciens itinérants, où il s’agissait parfois de fuir de nuit pour échapper à une guerre civile ou de quitter d’urgence un pays après la faillite d’une entreprise, elle n’a eu d’yeux que pour ce père qui l’a aimé passionnément et l’a laissée s’épanouir à sa guise.

 

Un amour fusionnel qui s’est concentré après le départ de sa mère africaine et a fait d’elle une jeune fille aux rapports difficiles avec les autres. Une fois installée en France pour ses études de littérature, alors qu’elle pense s’être libérée de cette relation exclusive, Anna voit resurgir violemment ce passé avec la mort accidentelle de son père sur un chantier de Douala. Totalement effondrée, elle rejoint sa famille paternelle à Saint-Palais et, plongée dans ses souvenirs de vacances, elle tente de faire rapatrier le corps depuis le Sénégal.

 

Eve Guerra porte un regard poétique et sensible sur cette vie de brousse où a évolué, en toute liberté, « la fille du Blanc » qui se sentait « Africain dans l’âme ». Avec cette histoire émouvante d’une jeune femme déchirée par un passé bohème et déstructuré, l’autrice nous plonge dans un vécu d’insouciance et d’excès, vibrant des voix omniprésentes des êtres aimés.

 

Un premier roman écrit dans un style assez particulier, fait d’abord de sensations mais qui s’étoffe au fil de l’histoire, comme un reflet de la lente construction d’une maturité, perturbée par une jeunesse marginale.

Je suis un peu restée sur ma faim de ne pas avoir partagé plus longtemps la vie africaine d’Anna, ses souvenirs en France et ses liens familiaux m’ayant peu captivée. Mais j’ai trouvé passionnant le décalage entre les différentes vies de ces expatriés et c’est ce qui me restera de cette lecture révélatrice.

 

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