Solak, de Caroline Hinault

‎26-04-2021 10:25

Solak, de Caroline Hinault

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Presqu’île de Solak, au nord du cercle polaire arctique. Quatre hommes dans une station isolée que l’hiver emprisonnera bientôt pour six mois dans les glaces et la nuit. L’un des gars se fait sauter le caisson. En reste trois. Piotr le narrateur, vieux militaire reclus depuis vingt ans à Solak où il digère sa misanthropie. Son subalterne Roq, brute épaisse et bas de plafond qui prend un plaisir jouissif à dégommer tout ce qui porte une fourrure. Et puis Grizzly, doux poète passionné, un scientifique dont la mission est de sonder le glacier proche. L’histoire débute alors que le corps du quatrième larron est hélitreuillé vers l’ailleurs, et qu’en échange, les trois résidents héritent d’une jeune recrue à l’uniforme. Un bleu maigrichon et muet qui ne semble pas taillé pour l’endroit. Ainsi le décor est planté.

 

Solak, c’est d’abord une ambiance de huis clos au milieu d’une immensité dangereuse balayée par les vents. Solak, c’est aussi et surtout un style qui charge en bourrasques métaphoriques et en blizzard d’images tantôt charnelles tantôt minérales. Ce récit à la première personne jaillit de la cervelle du vieux Piotr avec une brutalité poétique. Il est étonnant de trouver une langue si belle et enluminée dans la voix intérieure de cet homme peu cultivé. Même si le discours est émaillé de vulgarités, de formules populaires et d’une syntaxe volontairement déconstruite, on ne parvient pas à se détacher d’une certaine impression de décalage entre l’homme et ses mots. Mais je n’ai pas pour autant boudé mon plaisir de caracoler au rythme de ces phrases si bien alambiquées. Car l’alchimie du vent, de la glace et de l’isolement opère avec un charme dont on pressent qu’il nous emmène vers le drame. La tension est savamment distillée et la conclusion bouleversante à souhait. Alors même si les ficelles de ce final m’ont paru un peu grosses, je retiens l’éclosion d’une plume de talent dont j’espère qu’elle n’a pas fini de nous montrer de quoi elle est capable.

 

Un grand merci à la Librairie "Un fil à la page" de Mordelles pour m'avoir permis de découvrir en avant-première ce roman d'une compatriote bretonne. Reçu en Service Presse avant sa parution le 5 mai 2021.

 

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