Tous les matins du monde, de Pascal Quignard

‎03-09-2023 15:58

Tous les matins du monde, de Pascal Quignard

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Tous les matins du monde

Pascal Quignard

 

« Tous les matins du monde sont sans retour. » Une phrase qui à elle seule fait le titre et évoque l’essence même de ce court roman empreint d’une poétique mélancolie. Cette biographie imaginaire et romancée de Monsieur de Sainte Colombe, compositeur et maître de viole de gambe de la seconde moitié du dix-septième siècle, est tout entière construite sur le renouvellement permanent de la nature et de la création artistique opposé à la fuite inexorable du temps, à ses dégâts sur le corps et l’âme. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Monsieur de Sainte Colombe affectionne tant les natures mortes de son ami le peintre Lubin Baugin, et que Pascal Quignard lui-même s’inspire d’une de ses toiles intitulée « le plat de gaufrettes » pour l’une des scènes du roman.

 

Monsieur de Sainte Colombe, veuf éploré possédé par le souvenir de sa défunte épouse tout comme par de vifs accès de colère, vit à l’écart des fastes du royaume dans sa propriété avec jardin donnant sur la Bièvre. Il élève ses deux filles Madeleine et Toinette dans le goût de la musique et aime composer dans l’intimité d’une cabane construite entre les branches d’un grand mûrier. Le violiste de grand talent, à qui l’Histoire prête la paternité de l’ajout d’une septième corde à la basse de viole et la capacité admirable à reproduire avec son archet toutes les tessitures d’une voix humaine, se refuse à se produire devant le Roi, préférant son existence sauvage à la déchéance abjecte d’une vie courtisane. « Un jour, un grand enfant de dix-sept ans, rouge comme la crête d’un vieux coq, vint frapper à leur porte et demanda à Madeleine s’il pouvait solliciter de Monsieur de Sainte Colombe qu’il devînt son maître pour la viole et la composition. » Ce garçon s’appelle Marin Marais, celui qui deviendra gambiste renommé et entrera à la cour de Louis XIV.

 

En un peu plus de cent pages, Pascal Quignard parvient à brosser le portrait d’un homme touchant habité par ses souvenirs et la jouissance créative, à peindre la nature et les élans des corps, à évoquer l’amour et la mort, les vexations du temps et de l’attachement trompé, ce qui est périssable et ce qui est éternel.

 

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3 Réponses 3
‎03-09-2023 18:44

Re: Tous les matins du monde, de Pascal Quignard

Très intéressant Merci pour cette chronique @dvall 

‎03-09-2023 18:59

Re: Tous les matins du monde, de Pascal Quignard

@dvall  Je n'ai pas lu le roman mais vu l'adaptation cinématographique, en 1991 avec Depardieu, que j'avais beaucoup aimée.

‎03-09-2023 19:05

Re: Tous les matins du monde, de Pascal Quignard

Oui, @MAPATOU, j’ai moi aussi vu l’adaptation cinématographique d’Alain Corneau qui m’avait beaucoup marqué par son esthétisme, sa bande-son et le jeu irréprochable de Jean-Pierre Marielle. 

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