Un jour ce sera vide, de Hugo Lindenberg

‎16-07-2021 17:11

Un jour ce sera vide, de Hugo Lindenberg

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Une écriture élégante et étrange, pareille à ces méduses qui illustrent la couverture du roman. C’est d’ailleurs devant une méduse échouée sur la plage que le jeune narrateur de l’histoire va faire la rencontre d’un garçon de son âge, Baptiste : dix ans et une innocence lumineuse. Ils vont devenir amis le temps d’un été sur la côte normande. Une amitié singulière, irradiante, de celles qui possèdent tout en faisant grandir, qui rendent heureux et font souffrir. Baptiste a l’assurance et la bonté de ces garçons qui n’ont rien à prouver, il a une famille parfaite, une belle maison. Tout ce que notre jeune narrateur n’a pas. Lui passe l’été chez sa grand-mère, juive polonaise au fort accent, qui habite un étage d’une grande bâtisse proche de la plage. Bientôt arrivera sa tante, une folle obèse fumeuse de cigarillos, créature monstrueuse aux yeux du garçon, concentrant toute sa répugnance et sa honte.

 

Ce roman est une succession de tableaux et d’introspections. C’est un roman d’ambiance où pèsent la solitude d’un enfant, son regard intransigeant sur la beauté et la laideur du monde, les dégâts du temps, le fardeau du passé et des tragédies familiales. Les pensées de cet enfant, ses angoisses, ses sensations et ses émois sont admirablement retranscrits. Dans l’ennui de son quotidien, jaillissent les moments solaires passés en compagnie de Baptiste et de sa famille, l’attente d’un regard ou d’un baiser de la part de la mère de son ami, des instants de bonheur encapsulés parmi la mélasse morose des heures vides. Tout est d’une justesse vibrante, même ces passages difficiles où l’enfant décrit la honte qu’il éprouve pour sa grand-mère et surtout pour sa tante. C’est aussi cela l’univers d’un enfant, un tiraillement perpétuel entre la loyauté familiale et la confrontation avec le monde étranger, la nécessité de jaillir hors de soi sans trahir qui on est.

 

L’écriture recherchée, loin du parler enfantin, et cette fin qui n’en est pas vraiment une, pourraient être les deux faiblesses de ce roman, mais je crois au contraire qu’elles contribuent à la grâce aérienne du récit. J’ai pensé à Hemingway et à sa théorie de l’iceberg en lisant ce roman. Ce qui n’est pas écrit, ce qui se cache sous la surface de l’eau, voilà ce qui importe le plus dans une histoire.

 

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3 Réponses 3
‎11-07-2021 22:37

Re: Un jour ce sera vide, de Hugo Lindenberg

@dvall Je ne l'ai pas encore lu mais je sais qu'il a reçu le Prix du Livre Inter 2021 en un seul tour de scrutin.

‎11-07-2021 23:04

Re: Un jour ce sera vide, de Hugo Lindenberg

Merci pour cette information, @MAPATOU, je l'ignorais. Ce n'est même pas mentionné en quatrième de couverture de l'exemplaire que j'ai acheté. C'est un roman qui ne fait pas consensus parmi les lecteurs, mais je l'ai trouvé moi d'une élégance crue et nostalgique. J'espère que vous aimerez !

‎16-07-2021 17:10

Re: Un jour ce sera vide, de Hugo Lindenberg

@dvall une couverture magnifique ! Merci pour ce partage Smiley heureux

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