Vide et plein, de François Cheng

‎14-05-2021 14:53

Vide et plein, de François Cheng

Vide et plein.jpg

 

Tout jeune, c’est avec cet ouvrage que j’ai découvert François Cheng et la pensée sous-jacente à la peinture chinoise. Cet essai m’avait profondément marqué et c’est avec lui que je m’étais exercé pour la première fois au Shan shui, littéralement « montagne et eau », un style de peinture traditionnelle chinoise alliant expression littéraire et picturale au travers de la représentation d’un paysage naturel.

 

Comme le rappelle l’auteur, « en Chine, de tous les arts, la peinture occupe la place suprême. » C’est sans doute parce que nulle autre expression artistique ne possède une telle dimension syncrétique. Au travers de cet essai, François Cheng nous présente les éléments essentiels de la pensée philosophique et esthétique chinoise, mettant l’emphase sur une notion centrale, celle du Vide, avant de l’illustrer à partir de l’œuvre du célèbre Shih-t'ao, plus connu en France sous le nom de Moine Citrouille Amère, artiste peintre, poète et calligraphe de la dynastie Qing. Cette seconde partie m’avait parue à l’époque un peu plus cryptique, et ce n’est que bien plus tard, grâce à l’influence de Fabienne Verdier, que j’ai redécouvert Citrouille-Amère avec la traduction de ses propos et les commentaires de Pierre Ryckmans.

 

Après des préliminaires brossant rapidement l’évolution de l’art pictural au travers des dynasties chinoises, c’est donc au Vide que François Cheng consacre l’essentiel de son essai. Le Vide est un pivot autour duquel s’articulent toutes les formes artistiques (peinture, poésie, musique, théâtre) et même notre quotidien. Que serait la musique sans les silences entre les notes ? A quoi servirait une cruche sans le vide qui caractérise son usage ? De même, le vide structure la peinture et permet aussi de comprendre la philosophie et la cosmogonie chinoises. Cheng décortique les dualités (Pinceau-Encre, Yin-Yang, Montagne-Eau, Homme-Ciel), cite Lao-Tzu et Confucius, mais aussi Matisse et Ryckmans, nous emmène en voyage guidé dans les paysages peints et les poèmes qui les accompagnent, ne manquant pas d’offrir de nombreuses images pour accompagner ses propos.

 

Un essai érudit et lumineux, relu avec grand plaisir.

 

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3 Réponses 3
‎08-05-2021 19:34

Re: Vide et plein, de François Cheng

@dvall je n'ai pas lu cet ouvrage mais le retour que tu en fais m'a aussitôt fait penser à celui de Fabienne Verdier " Passagère du silence". 

 

La Passagère du silence

‎08-05-2021 19:56

Re: Vide et plein, de François Cheng

Tout à fait, @MAPATOU ! J'ai beaucoup aimé ce roman autobiographique de Fabienne Verdier dont j'admire la peinture et qui m'inspire même dans mon propre travail pictural. Je dois avoir presque tous les livres qui parlent de sa peinture... Quelle artiste et quelle femme ! La lecture de "Passagère du silence" révèle beaucoup sur sa force de caractère, son endurance et le feu de sa passion.

J'ai déjà posté sur Instagram une chronique présentant un ouvrage qui évoque son travail pour le Palazzo Torlonia, à Rome. Je me rends compte que je ne l'ai pas fait ici et vais réparer cet oubli.

"Passagère du silence" fait partie des prochaines chroniques que je posterai. Pour preuve, la photo que j'ai déjà préparée :

 

Passagère du vent.jpg

‎10-05-2021 14:43

Re: Vide et plein, de François Cheng

Oh je me le note pour l'offrir pour la fête des mères ainsi que celui que vous recommandez @MAPATOU et vous, merci pour cette chronique !