Walden ou la vie dans les bois, de Henry David Thoreau

‎21-03-2021 10:59

Walden ou la vie dans les bois, de Henry David Thoreau

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Voici un livre avec lequel il faut prendre son temps. Car on ne peut pas s’intéresser aux choses de la nature ou à l’âme humaine autrement, sans faire un effort d’abstraction. C’est l’expérience dans laquelle s’est immergé Henry David Thoreau en s’isolant sur les rives de l’étang Walden, en marge de la société, recherchant la frugalité et la communion avec la nature. Je ne résiste pas à la tentation de rappeler cette citation de Thoreau, rendue célèbre grâce au professeur Keating dans Le Cercle des poètes disparus : « Je m'en allais dans les bois parce que je voulais vivre sans hâte. Vivre, intensément, et [modéré] toute la moelle de la vie. Mettre en déroute tout ce qui n'était pas la vie pour ne pas découvrir, à l'heure de ma mort que je n'avais pas vécu. »

 

Certes, Thoreau fuit la ville et ses semblables. Pour autant, il n’est pas misanthrope, bien au contraire. Ce qu’il fustige, c’est l’abêtissement et l’asservissement de l’Homme par l’état et la société moderne. Ce qu’il dénonce, c’est la perte de l’essence même de la vie dans nos existences effrénées tout entières happées par la recherche des bénéfices pécuniers et du progrès. Sur les rives de Walden, il faut aimer prendre son temps, s’émerveiller des miracles quotidiens de la vie qui pullule et des cycles naturels qui impriment leur rythme à toute chose, accepter les digressions de l’auteur lorsqu’il détaille les menus frais et profits de son installation et de ses récoltes, lorsqu’il décrit avec maints et fascinants détails les occupations de la faune habitant les bois limitrophes, ou qu’il se fait arpenteur-mesureur de l’étang comme s’il s’agissait du cœur battant de l’univers dont il faut prendre le pouls. La rhétorique de Thoreau est parfois provocatrice, mais le fond de sa pensée finit toujours par devenir limpide comme les eaux cristallines du miroir qu’il ne se fatigue jamais de contempler. Car Thoreau est un contemplatif, adepte du transcendantalisme qui prolonge la pensée de Rousseau (« L’Homme naît bon, c’est la société qui le corrompt »). Il cite les philosophes antiques comme les poètes américains, les sages indiens comme les penseurs chinois. Il démontre l’éveil d’une conscience en avance sur son temps, comme dans le chapitre « Des lois plus hautes », tout en revenant toujours à la beauté parfaite de la nature qui l’entoure.

 

Une lecture enivrante, révélatrice de ce qui sommeille en nous et peut y dormir pour toujours si nous ne faisons pas l’effort de le débusquer.

 

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