[AVIS] Mais que pensent les méduses ? – Pascale Leconte

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[AVIS] Mais que pensent les méduses ? – Pascale Leconte

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Avant tout je voudrais remercier l’autrice pour avoir accepté de me confier son roman. C’était une très jolie découverte et je suis contente de ma lecture Smiley heureux.

 

Dans ce petit roman Pascale nous raconte l’histoire d’un jeune musicien sauvé d’un naufrage par une sirène, et la relation qui va unir ces deux êtres après cela. A priori on pourrait penser que c’est une belle histoire, à la Disney, que nous allons découvrir, mais il n’en est rien. C’est un roman rempli de cruauté, de trahison et d’égoïsme que nous avons entre les mains, et j’ai adoré cette version étonnante et différente. L’autrice a su m’emmener dans des intrigues et des réactions auxquelles je ne m’attendais pas du tout. J’ai été surprise, choquée, mais aussi charmée par cette histoire. La plume de Pascale est très efficace, à peine je posais ma liseuse que j’avais envie de la reprendre pour découvrir ce que la suite me réservait.

 

Le livre n’est pas présenté comme étant une réécriture du conte de la Petite Sirène, mais en cherchant un peu ça pourrait en être une. Nous avons une sirène, qui se sent seule et différente de son peuple, qui va tomber amoureuse d’un humain qu’elle va sauver d’un naufrage. Il va l’aimer lui aussi, à sa manière, et pour le rejoindre sur la terre ferme elle va devoir abandonnée sa liberté. Il y a des points communs avouons-le. Mais il y a aussi des différences, et si vous ne voulez pas de spoilers passez directement au paragraphe suivant. D’abord la vision de la sirène de Pascale est très différente et originale, et j’ai été charmée immédiatement. Cette sirène des abysses a un design et un esthétisme que j’ai beaucoup aimés. On est loin des sirènes glamour aux jolies formes, ou au contraires des sirènes effrayantes aux dents pointues. Ici c’est un être luminescent, phosphorescent, un peu visqueux comme un poisson que nous décrit l’autrice, avec des cheveux tentacules. C’est une sirène que je n’ai vue nulle part, et c’était une excellente surprise, car je ne m’attendais pas à découvrir une vision toute neuve de cette créature plus que connue. Ensuite on peut dire que Toulouse est loin d’être un prince charmant. C’est un personnage horrible ! Je n’ai ressenti aucun attachement et aucune empathie pour lui. Il est égoïste au possible, c’est un tombeur, pour être polie, il est cruel, ose demander à son amie d’avorter contre son gré, et accepte la relation épisodique que lui propose Gliline à la seule condition qu’elle lui apporte des richesse chaque jour. Il est avare, égocentrique, et n’a aucune considération pour son entourage. On est très loin du Prince Eric (qui disons le est l’un des meilleurs princes, avec la bête, mon chouchou, mais je divague u_u. « vague ! »). Une autre différence dans cette version est le sacrifice de Gliline pour être avec Toulouse sur terre. Elle ne sacrifie pas sa voix, elle sacrifie sa liberté entière pour être avec lui, et disons-le, l’histoire d’amour est également moins belle que dans le conte original. Si Gliline est réellement amoureuse de lui, ce n’est pas l’impression que donne Toulouse. Il exploite la sirène, c’est lui qui la prive de sa liberté, il l’enlève, l’enferme, l’exploite, la maltraite, lui crie dessus. S’il dit l’aimer les preuves de son amour se font quand même très discrètes. Dès que Gliline lui annonce qu’elle ne lui apportera plus d’objets précieux, il la kidnappe et l’expose pour amasser encore plus de gains. On est loin de la vision de Disney, mais cette version sombre et cruelle a pourtant su me séduire. C’était intéressant à lire, différent, et addictif. Car je voulais savoir ce qui allait se passer, si Gliline allait se rebeller, si Toulouse serait puni, ou s’il allait mieux se comporter. Le seul bémol cependant pour moi est la fin. J’aurais aimé une fin différente, une conclusion plus dramatique, plus triste. Et cela aurait confirmé ma théorie sur la réécriture de conte Smiley heureux. Gliline dit un jour à Toulouse qu’elle et son peuple luttent tous les jours pour ne pas se transformer en méduses. Je pensais donc que l’histoire se terminerait comme ça. Je pensais qu’à force de souffrir à cause de Toulouse, de ne pas être dans l’océan, avec son peuple, Gliline allait abandonner, lâcher prise, et se transformer. Quand on apprend qu’elle a disparu de l’aquarium je guettais le moment où l’autrice allait nous parler d’une jolie méduse violacée dans le bassin. Mais non. Et j’ai été un peu déçue. Je ne voulais pas une happy end comme ça. Au final Toulouse n’est pas puni pour son comportement, il a une vie heureuse, avec une jolie famille aimante, et de l’argent, et Gliline retourne dans ses abysses. J’ai trouvé ça un peu plat. Je voulais plus de vagues (vagues, sirènes, t’as compris ;p). Ce n’est pas très grave et j’ai quand même apprécié ma lecture, mais une fin tragique aurait apporté une dimension différente au roman, et aurait rendue l’histoire plus… intense, plus profonde. Et cela aurait fait écho au titre du roman. Mais je pense que cette fin ravira d’autres lecteurs plus friands de happy end que moi ^^.

 

Même si ce roman est court, l’autrice arrive à faire passer plusieurs messages importants. Elle nous parle de la société moderne et de l’appât du gain, avec les personnages de Toulouse et de Charles. Car ce dernier n’est pas mieux que le musicien. Il en voulait à mort à Toulouse pour l’accident, mais dès qu’ils s’associent et que Charles gagne beaucoup d’argent grâce à lui, ils deviennent les meilleurs amis du monde. Elle nous parle aussi de confiance en soi, d’art, de matérialisme, d’ambition, et d’amour. Il y a l’amour de France pour Toulouse, qui est beau et inconditionnel. Elle essaie de raisonner son fils, mais accepte finalement de le laisser partir, et de faire ses propres erreurs puisqu’il ne l’écoute pas. L’amour de Toulouse pour Gliline, qui était trop fort, qui s’est manifesté de façon malsaine, et qui a fini par faire souffrir les deux parties. Et enfin l’amour de Gliline, tellement fort. Pour lui elle accepte de briser les règles de son peuple, et de les mettre en danger. Elle couvre son amant de cadeaux, et lui offre même sa liberté, sans jamais se plaindre. Et enfin par amour pour lui, elle accepte de sortir de sa vie, de ne jamais le revoir, pour qu’il puisse se reconstruire. Si Charles et Toulouse sont des personnages exécrables pour lesquels je n’ai eu aucun affection, Gliline au contraire est un super personnage, que j’ai adoré. Elle est douce, aimante, elle est généreuse et ne pense à elle qu’après avoir contenté tout le monde. Elle se sacrifie sans cesse, elle a un cœur énorme et je l’ai vraiment aimée. Dommage vraiment pour la conclusion, je l’aurais encore plus aimée Smiley heureux.

J’y ai aussi vu un message vegan, quand la jeune punk se lève et crie et haut et fort qu’il est inconcevable de garder enfermé une créature vivante et sensible, mais ça, c’est peut-être juste moi Smiley très heureux.

 

EN BREF : Pascale Leconte a su me surprendre avec ce petit roman. Elle a su réinventer avec brio cette créature des profondeurs qu’est la sirène, et m’offrir un récit rempli de surprises. Les personnages sont différents, originaux et loin des caricatures. Sa plume est efficace et addictive. Le récit s’est avéré cruel et sombre, mais j’aurais aimé une fin assortie, plus dramatique. Une autrice à découvrir.

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