Appelle-moi par ton nom, de André Aciman

Appelle-moi par ton nom, de André Aciman

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C’est l’adaptation cinématographique qui m’a mené vers le roman (initialement titré « Plus tard ou jamais »), avec l’envie de sentir à nouveau le soleil d’Italie, l’odeur des pins et des oliviers, d’écouter la minutie des mots et le chant effréné des cigales, d’en apprendre davantage sur Elio et Oliver, sur cette famille de « Juifs discrets » où le père est professeur d’archéologie et la mère polyglotte, où la culture et la musique côtoient le respect de l’intimité et de l’éveil. Certes, le tableau peut paraître artificiellement idyllique, mais la magie opère en images comme en mots.

 

Comme chaque été, les parents d’Elio (le narrateur) accueillent un hôte dans leur demeure du nord de l’Italie, souvent un jeune universitaire qui pourra profiter de l’atmosphère lénifiante et du calme de l’endroit pour y terminer un manuscrit. Cette année-là, il s’agit d’Oliver, un jeune professeur de philosophie, solaire et érudit, un Américain dont la prestance frôle l’arrogance. Elio quant à lui est un garçon solitaire et instruit, aussi intimidé qu’audacieux, en pleine éclosion identitaire dans la fleur de ses dix-sept ans, tout à la fois d’une grande maturité et d’une naïveté touchante face à la découverte de sentiments nouveaux et ravageurs. Car s’il a déjà connu le corps des filles et qu’il flirte volontiers avec la jeune Marzia, il est bientôt éperonné par une attirance irrépressible pour Oliver, dont l’aplomb insolent lui était pourtant d’entrée fort déplaisant. Débute alors une torture insoutenable, entre rapprochements et évitements, joute des mots et des regards, jusqu’à l’abandon des corps. Peu importe qu’il s’agisse ici d’amours homosexuelles, car la profondeur des sentiments et les douleurs qu’ils peuvent engendrer sont universelles. Le roman est certes plus explicite que le film mais jamais vulgaire ni provocateur. C’est l’histoire d’un premier amour, écrite avec grandes justesse et sensibilité, mais c’est aussi plus que cela. C’est la manière dont une telle histoire marque un être dans sa chair et son cœur, violente la mémoire tout en convoquant les souvenirs évanouis.

 

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2 Réponses 2

Re: Appelle-moi par ton nom, de André Aciman

Bonjour @dvall

 

Je me souviens de la sortie du film, avec ses vues ensoleillées et ses couleurs apaisantes. Lors de votre lecture du livre, n'avez-vous pas été influencé par ces images? C'est toujours ma crainte... 

Re: Appelle-moi par ton nom, de André Aciman

Bonjour @soff78, si bien sûr, lorsque la lecture suit le film, les images s'imposent à la vision intérieure plus qu'elles ne naissent spontanément de l'imagination. Les personnages ont déjà un visage, les lieux une configuration, mais c'est quelque chose qui ne me dérange pas, car il y a toujours bien d'autres opportunités de visualisations nouvelles. Parfois je préfère cela à la frustration de découvrir une adaptation dont la vision s'écarte diamétralement de ce que j'avais imaginé en lisant. Dans le livre d'André Aciman, il y a de nombreuses scènes qui ne figurent pas dans l'adaptation cinématographique, notamment un grand repas avec tous les amis intellectuels d'Oliver, alors l'imagination a encore de quoi travailler. Ce qui est étrange avec le pouvoir de l'imagination et des souvenirs, c'est que les scènes imaginées finissent par se mêler à celles visualisées sur écran, si bien que la mémoire finit par confondre les unes et les autres.