[Avis] La vraie vie, d’Adeline Dieudonné

[Avis] La vraie vie, d’Adeline Dieudonné

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La vraie vie est un premier roman, écrit par une jeune auteure belge, Adeline Dieudonné. C’est une sorte de récit initiatique, détonant où le réel vacille à chaque instant, qui nous amène dans l’univers glauque et sordide d’une famille presque ordinaire, dépeint de manière détonante et acide par la narratrice, une adolescente, dont ne saura jamais le prénom. On pourrait qualifier aussi ce récit de guide de survie en milieu hostile d’une enfant devenue guerrière par la force des choses...

Nous entrons dans le livre à pas de velours, mais je vous préviens, cela ne va durer ; notre regard se pose peu à peu autour des personnages, dont celui du père, chasseur de gros gibier et qui, lorsqu’il ne chasse pas ou n’est pas au stand de tir, passe son temps à regarder la télé en buvant du whisky. La mère est absente, transparente, une sorte d’amibe comme le décrit la narratrice, une mère soumise aux humeurs violente de son mari. Et puis il y a cette pièce encombrée des trophées de chasse empaillées du père : des daguets, des sangliers, des cerfs, des têtes d’antilopes, un lion entier, il y a même une défense d’éléphant, fierté du père. Et puis surtout il y a cette hyène, qui semble vivre encore, guetter, se délecter de l’effroi quelle suscite, dont la rage semble même à certains moments s’infiltrer dans la tête des membres de la famille...

Le lotissement où habite cette merveilleuse famille s’appelle le Demo. Le Démo est un lotissement comme les autres. Ou presque. De temps en temps, les chats, les chiens disparaissent, on ne sait pas où, ni comment. C’est un lotissement peuplé de gens solitaires, prostrés devant leur télé, cultivant misanthropie, dépression, aigreur, dépression, diabète. Peut-être parfois tout cela en même temps.

Avec son jeune frère Gilles toujours espiègle, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annonce chaque après-midi l’arrivée du marchand de glaces. C’est la Valse des fleurs, de Tchaïkovski.

Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant.

Dès lors, Gilles l’enfant toujours enjoué, ne rit plus. Elle voudrait tout annuler, revenir en arrière. Retrouver son petit frère, celui qui enchantait le monde. Cette vie lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie.

Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups, se découvre femme et conserve l’espoir fou que tout s’arrangera un jour. Notamment, lorsque sa féminité et sa sensualité se révèlent, lorsqu’elle découvre son corps en plein éveil, ce sont des scènes décrites avec beaucoup de force, d’humour aussi et surtout de rage de vivre et de survivre.

Et tout ceci est ramassé dans un récit qui doit balayer à peine quatre ou cinq ans de sa jeune existence.

Dans cet univers étouffant, la narratrice cherche à protéger son petit frère Gilles qui, il faut l’avouer sous l’influence du père, semble lui échapper de plus en plus, jusqu’au jour où tout basculera...

Alors nous suivons, dans ce dédale à la fois poétique et cauchemardesque, la narratrice dans une forme d’intelligence magnifique pour survivre au sort qui lui est réservé... Et elle ne manque pas d’intelligence et d’ingéniosité. Passionnée par Marie Curie et aussi par la physique quantique, on ne sait pas trop comment cela lui est venue, mais gageons que dans son kit de survie, cela lui aura peut-être servi, elle se lie d’amitié avec son professeur de sciences physiques, Monsieur Young, qui a compris que cette jeune fille pourrait échapper à sa destinée malheureuse et presque fatale, pour peu qu’on l’aide un peu. 

J’ai trouvé l’écriture fulgurante. Les personnages sont sauvages, entiers, attachants aussi. C’est un univers sensuel, tout en ombre et lumière. Il y a une poésie du cauchemar et du sordide qui se dégage de ce roman qui emporte tout sur son passage. C’est à la fois âpre, sombre et sensuel. Je n’ai pas pu lâcher ce livre dès lors que j’ai commencé à le lire !

 

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Balises (3)
Noir
Cultura Brest
6 Réponses 6
luc

Re: [Avis] La vraie vie, d’Hélène Dieudonné

Merci pour ce résumé d'un livre qui je pense sera une des sensations de cette rentrée littéraire. Je partage complètement cet avis. 

Luc

[AVIS] Adeline Dieudonné - La vraie vie

 

C'est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est un chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu'au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent.Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait tout annuler, revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l'autre. La vraie. Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l'existence. Elle fait diversion, passe entre les coups et conserve l'espoir fou que tout s'arrange un jour.
 
 
Je me suis lancée dans cette lecture sans savoir de quoi cela parlait et ce fut une agréable surprise.
Adeline Dieudonné nous dépeint le récit initiatique d'une petite fille qui devient peu à peu femme dans un environnement glauque et malsain. Tous ces animaux empaillés, la fameuse hyène m'ont mise mal à l'aise mais ce n'est rien à côté du comportement du père et celui du petit frère.
J'ai adoré l'héroïne et son traitement. Sa naïveté de vouloir sauver son petit frère était attendrissante. Malgré tous les événements qui se passent, elle reste persuadée que tout finira bien. Elle est également un parfait exemple de féminisme et de libération par la connaissance.

Adeline Dieudonné a une écriture efficace. Elle retranscrit des personnages vrais et entiers. Il y a une certaine poésie dans ce qu'elle nous raconte, dans l'obscurité du quotidien des protagonistes. On ressent une multitude d'émotions : la peur, la rage, le dégoût, la tendresse...

Son style est également très addictif. J'ai été happée dans ce récit et je souhaitais connaître le fin mot de cette histoire.

Ce roman a été pour moi une révélation de cette rentrée littéraire 2018.
 
 

La vraie vie Adeline Dieudonné

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La narratrice âgée de 10 ans vit dans une residence pavillonaire sans splendeur en Belgique avec son petit frère Gilles. Elle est une vraie mère pour lui; leurs parents n' étant pas des exemples. En effet, leur père est une brute épaisse qui aime le whisky et la chasse. Il expose d'ailleurs ses trophées dans une pièce spéciale  que les enfants appellent la "chambre des cadavres". Leur mère, quant à elle, accuse les coups et se tait. Seules ses chèvres semblent lui apporter du réconfort.

Voilà à quoi ressemble le quotidien de Gilles et sa soeur. Mais la situation empire davantage  lorsque survient un tragique accident au marchand de glaces. Celui ci va traumatiser le jeune Gilles pour toujours. Sa soeur n'aura plus qu'un but lui rendre son sourire. Une simple et noble tâche qui s'annonce déjà impossible...

Un premier roman remarquable et remarqué qui mérite une pluie de récompenses!!!

https://www.cultura.com/la-vraie-vie-9782378800239.html

Re: La vraie vie Adeline Dieudonné

Merci d'avoir partagé ce coup de coeur, qui m'a donné très envie de me plonger dans ce roman @Ludivine-Hénin ! Chat très heureux

Re: La vraie vie Adeline Dieudonné

Ma collègue l'a lu en premier. Coup de coeur. Je l'ai lu en ensuite. Coup de coeur. Ma chef l'a lu. Coup de coeur. 

Re: [Avis] La vraie vie, d’Adeline Dieudonné

Un gros coup de cœur pour ma part !