Cet être exceptionnel Coralie Bru

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Cet être exceptionnel Coralie Bru

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Cet être exceptionnel, c’est  l’histoire d’un départ. Science-fiction? Tout au plus légère anticipation, au rythme effréné des progrès techniques de notre époque. Alors un départ pour des volontaires sur Elène, la planète qui fait l’objet de tous les espoirs, pourquoi pas? 

 

Mais le propos ne se dessine pas autour du projet d’une vie future extra-terrestre. Toute la première partie est consacrée à la quête de l’héroïne, Esmée, qui concentre toute son énergie pour faire partie de la dream-team, fut-ce au dépens de son couple. La sélection devient une obsession, chaque étape franchie s’ouvre sur une nouvelle épreuve encore plus risquée. On pourrait transposer cette quête sur n’importe quel démarche sanctionnée par une sélection en entonnoir. 

 

Cette étape franchie, c’est presque un processus de deuil qui se met en place, démasquant le contenu réel de ce qui fut un rêve et que la réalité pare de couleurs plus angoissantes. 

L’entourage souffre à différents degrés , contraint de vivre au rythme des épreuves. Amitiés et amours sont mises à rude épreuve?

Vient l’heure du départ. Et c’est la métaphore de la séparation qui prend place dans le récit. Partir dans espoir de retour, quelle différence avec la mort? 

 

Une curieuse amitié se crée à distance, entre Esmée et la nouvelle compagne de Maxime, qui attend l’enfant qu’Esmée ne lui avait pas donné. 

 

A bord du vaisseau, après l’euphorie, le petit groupe vit des heures vit des heures plus sombres, dans un  huis-clos sans issue. Il n’y a pas pire que de concrétiser ses rêves.

 

Ce roman explore de nombreux thèmes centrés sur la condition féminine, sur l’absence, sur le désir avec une grande originalité, et un savoir-faire indéniable en ce qui concerne l’écriture.

J’avais beaucoup apprécié La Flexibilité de Barnabé et le talent de Coralie Bru se confirme sans aucun doute.

 

Je crois qu'il y a un malentendu sur les parents . Je crois que nous ne sommes pas faits pour avoir leur approbation, nous la cherchons alors qu'elle nous est inutile. Et eux le savent bine, au fond. ils usent leurs dernières armes.
 
*
 
Comment avait-on pu un jour sentir tant de choses ? L'odeur iodé, ample et creuse, d'un vent marin, celle, confinée et minérale, de la pluie sur un sol sec. Celle de la douceur juvénile d'une pêche juteuse, qui remplit les narines avant qu'on la croque, l'herbe fraîchement coupée dans un jardin banal, inondant l'espace d'une onde aiguë, presque métallique, qui pique les narines. Le parfum de miel d'un buisson aux fleurs inconnues qui force à s'arrêter au bord d'un chemin, pour le souvenir qu'il convoque : une autre promenade un autre sentier. Les fumets gras et va-t-en-guerre des troquets en concurrence à la pause déjeuner. La vague enveloppante d'un feu de bois.
 
*
 
Aujourd'hui, je regrette. Je me rends compte que ce serait pire si je n'avais pas pu partir ; on se raconte tous ça je pense, mais j'en suis chaque jour moins convaincue.

 

Cultura Chantepie