D'après une histoire vraie, Delphine de Vigan

D'après une histoire vraie, Delphine de Vigan

 

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 "Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu'un écrivain ne devrait jamais croiser". 

 

Près de 4 ans se sont écoulés entre le nouveau roman de Delphine de Vigan et son titre précédent, Rien ne s'oppose à la nuit, qui avait connu un succès retentissant, très médiatisé. Je l'avais lu à sa sortie, et j'ai été incapable d'écrire une chronique depuis même si j'ai essayé plusieurs fois de le faire. En racontant sa famille, et surtout la bipolarité de sa maman qui s'est suicidée en 2008, Delphine de Vigan m'avait profondément bouleversée, à tel point que je n'ai jamais réussi à trouver les mots pour en parler...
 
Aussi, lorsque d'Après une histoire vraie s'est retrouvé en pile sur les tables de la librairie, j'ai hésité : me plonger dedans, au risque de revivre le blast, ou reculer ? La première option l'a emporté, et tant mieux, car ce roman est une merveille. L'auteure revient sur l'après Rien ne s'oppose à la nuit : le choc de son succès, les remous qu'il a provoqué dans son entourage, et toutes ces signatures, conférences, rencontres, à la fois magiques et épuisantes. En état de choc, Delphine a senti le moment où elle allait définitivement craquer. Alors qu'elle tente vainement de se remettre à l'écriture sur un thème de fiction cette fois-ci, elle rencontre L., une femme magnétique avec qui elle noue une complicité immédiate. Mais la relation d'amitié tourne vite à quelque chose de pernicieux : L. l'aide-t-elle réellement ou l'emprisonne-t-elle ?

 

Delphine de Vigan signe un roman époustouflant, où la tension monte progressivement jusqu'à devenir proprement insoutenable. On ne peut s'empêcher de penser à Misery de Stephen King (d'ailleurs cité dans le roman), et je ne parle pas ici du côté psychopathe sanglant mais des grands thèmes inhérents au métier d'écrivain : comment l'écriture fait appel à l'intime (quelque soit le sujet choisi), comment appréhender (voire anticiper) le succès et les répercussions parfois insensées que suscitent la publication d'un ouvrage, comment trouver encore la force d'écrire lorsque l'on a l'impression d'avoir terminé quelque chose, de quelle manière "l'angoisse de la page blanche" bouleverse le quotidien...
 
La manipulation est au cœur du roman. L. manipule-t-elle Delphine ? Delphine manipule-t-elle ses proches ? Ou plutôt le lecteur ? Le réel le dispute à la fiction de bout en bout. On ne sait jamais où s'arrête la vérité, les faits, et où commence l'histoire. Le doute m'a habitée toute la lecture, et c'est cette impression déstabilisante d'être menée par le bout du nez qui m'a tant plu. Ma première pensée en tournant la dernière page a été : "là, c'est très, TRÈS fort..." Mais après tout, une fiction que l'on raconte avec toute ses tripes n'est-elle pas une certaine forme de réalité ? A vous d'en juger...
 
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