Grossir le ciel, de Franck Bouysse

Grossir le ciel, de Franck Bouysse

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« Grossir le ciel » c’est avant tout un titre qui roule dans l’imaginaire tel un nuage d’orage chargé de menaces et d’eau sombre. Quelque chose qui pèse, prêt à crever au-dessus des têtes et à déverser son humeur, à rincer la terre tout comme les hommes qui la foulent. Mais le sens de ces mots est ailleurs… En trois mots pourtant, Franck Bouysse pose une ambiance. En deux-cent-trente pages, il croque le quotidien d’un homme du terroir confronté à la solitude et au labeur, et puis à l’inhabituel et à l’inquiétant, dans ce lieu-dit appelé Les Doges, au cœur des Cévennes. « Un drôle de pays de brutes et de taiseux ».

Gus a cinquante ans passés, il vit seul avec son chien Mars. L’unique compagnie humaine qui écaille un peu sa solitude est celle du vieil Abel dont la ferme se situe à quelques centaines de mètres de la sienne. Fin janvier 2007. C’est l’hiver, le gel et la neige emprisonnent le paysage, et l’Abbé Pierre vient de rendre l’âme. Sans savoir pourquoi, Gus s’en trouve tout chamboulé. Mais d’autres événements, plus proches et menaçants, vont venir craqueler son quotidien tranquille rythmé par les travaux de la ferme. C’est un coup de feu en provenance de la propriété d’Abel, une tâche dans la neige qui ressemble à du sang, des visites étranges et importunes qui se succèdent.

Il y a un peu d’Hemingway dans le verbe précis et économe de Franck Bouysse, dans l’âme qu’il insuffle à ses personnages. Si avec trois mots, Franck Bouysse compose un titre marquant, avec trois fois rien il fait un monde palpable, respirable, mémorable. Les actions du quotidien s’égrènent, comme tronçonner du bois de chauffage, rafistoler une clôture, débusquer la grive, soigner les vaches à l’étable, boire un petit rouge agressif avec le voisin, l’ami par défaut. Les jours vont passer, les questions vont buller dans la tête de Gus, la suspicion va enfler et avec elle une menace dont même le chien s’effraie. Un roman noir de terroir taillé à la serpe.

 

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5 Réponses 5

Re: Grossir le ciel, de Franck Bouysse

@dvall très belle critique qui donne envie. J'adore les Cévennes : ses forêts de châtaigniers et ses causses désertiques. Cœur

Re: Grossir le ciel, de Franck Bouysse

Merci @MAPATOU, soyez sûre de retrouver ces paysages dans ce roman court mais bien mené !

Re: Grossir le ciel, de Franck Bouysse

@dvall @MAPATOU 

C'est un beau roman mais je lui ai préféré Glaise et surtout Plateau.

Voici ma chronique :

C’est dans un lieu perdu des Cévennes que se déroule cette histoire de paysans à l’ancienne où deux hommes vivent dans des fermes isolées, comme s’ils étaient au siècle dernier. A part la télévision lorsque la réception le permet, pour Gus et le téléphone pour Abel, le monde moderne n’est pas parvenu jusqu’à eux et ils vivent comme le faisaient leurs parents et leurs grands-parents avant eux. Deux destins entremêlés qui n’ont plus d’avenir dans un monde qu’ils ont refusé de voir évoluer alors qu’ils s’acharnent à survivre envers et contre tout. Mais leur paradis ressemble bien à l’enfer.

La fin est un peu extravagante mais on s’y laisse prendre, tant l’écriture de Franck Bouysse est bouleversante et talentueuse.

Un beau roman lourd de traditions, de secrets et de rancunes, dans la beauté et la froideur des paysages de la campagne cévenole. A lire sans aucun doute.

Re: Grossir le ciel, de Franck Bouysse

Merci pour cette chronique, @IsaPouteau. Pour le moment, "Glaise" reste mon préféré de Franck Bouysse, et "Plateau", c'est le prochain que je lirai de lui ! Votre avis me rend donc encore plus optimiste...

Re: Grossir le ciel, de Franck Bouysse

@IsaPouteau merci pour ce partage.

 

Je suis comme @dvall , je le note. Et quand j'aurai lu les 3, je vous ferai part de mon choix quant à mon préféré !Smiley MDR

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