Heimat - Loin de mon pays

Heimat - Loin de mon pays

Découvrez le coup de coeur CultureBD de la semaine : Heimat - Loin de mon pays de Nora Krug. 

 

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Comment définir le pays dont on vient quand son histoire est peuplée de non-dits ? L'Allemande Nora Krug part de cette question pour explorer le passé de sa famille, intimement lié à la seconde guerre mondiale. En 288 pages, elle dévoile un propos extrêmement nuancé qui offre un point de vue essentiel sur la guerre et sa mémoire générationnelle.

 

New-Yorkaise d'adoption, Nora Krug garde un rapport complexe avec sa heimat (son pays, sa maison), l'Allemagne. Elle y a grandi, entre silences familiaux sur la guerre et devoir de mémoire face à l'holocauste. Savoir ce qu'ont fait les membres de son arbre généalogique durant le conflit sera une des clefs que l'autrice tournera dans les serrures de l'Histoire, pour y découvrir le passé d'une nation. Cette enquête tendue, intime et universelle s'entrecoupe de respirations bienvenues, comme les douces « choses allemandes », pages où sont présentées des choses qui rappellent son pays natal à l'autrice.

 

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Le flot de récits concentrés sur les guerres mondiales pourrait laisser croire que le sujet s'épuise et qu'un témoignage même très documenté n'apporte que peu de nouveauté au tableau. La bande dessinée dense que Nora Krug a fait naître de collages, de son écriture serrée et de dessins aux découpages variés dément cette assertion dès le premier chapitre. Sa recherche de vérité permet de découvrir le travail américain d'après-guerre pour saper tout sentiment patriotique allemand mais aussi comment il affecte les générations suivantes.

 

Chapitre après chapitre, l'autrice remonte courageusement les branches de son arbre généalogique inquiétant le lecteur de son inlassable questionnement: et cet homme, a-t-il fait uniquement ce qu'on m'a raconté ? De son trait tremblé, elle télescope documents présents et scènes passées, prenant aux tripes. Alors qu'au fur et à mesure les exactions nazies se détaillent, on se surprend à s'attarder sur les pages de fin de chapitre où elle accole les photos de soldats et autres symboles du fascisme à leur prix de revente actuel, dérisoire, qui les met à distance. Sa mise en scène condensée fait des détours par des périodes historiques variées et des clins d'œil picturaux. Des méandres qui soulignent l'essentiel.

 

De l'intime à l'universel, Nora Krug a su tracer un chemin que le devoir de mémoire a souvent du mal à emprunter : celui du cœur et des tripes.

 

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