L'Homme qui marche de Jean-Paul Delfino

L'Homme qui marche de Jean-Paul Delfino

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Il aura fallu la fermeture prochaine du bistrot parisien le Gay-Lu, dans le quartier latin, pour que l’on en pousse la porte. On y découvre tout un petit monde d‘habitués, « ces bras cassés, ces bois-sans-soif, ces suce-glaçons » qui viennent refaire le monde dans un « troquet parigot ».

Et c’est là que l’on rencontre Théophraste Senterio, un quadragénaire « pêcheur de bicyclettes, de trottinettes et de cadavres » atteint depuis peu d’une drôle de maladie qui agite ses jambes de mouvements incontrôlés.

Marchant dans les rues de Paris pour calmer cette danse de St Guy, Théo croise une palette de personnages tous plus originaux les uns que les autres, un kiosquier ancien boxeur, un chauffeur de VTC toujours armé, un mendiant cul de jatte, une fausse anglaise peintre, une ancienne prostituée au long cours et une belle inconnue sur le Pont Neuf.

Mais celui qui va changer sa vie, est un vieux libraire aveugle, Anselme, bien décidé à lui ouvrir les yeux sur le vrai sens de l’existence. Car Théo fier d’être « gaulois, français et parisien », mène une vie sinistre d’ennui et se voit comme « un lâche du quotidien ».

Grâce aux livres que lui fait découvrir l’irascible libraire, il se met à regarder le monde d’une autre façon et décide de suivre la route que ses jambes en mouvement perpétuel choisissent pour lui.

Une rocambolesque ballade dans les rues de Paris à la rencontre de personnages hauts en couleur, rescapés de vies hors du commun, à qui l’auteur, de sa plume savoureuse, prête des dialogues épicés et cocasses.

Un roman à la Queneau ou à la Blondin que l’on lit comme une réjouissante pérégrination au cœur de la capitale mais qui peut aussi réveiller en chacun de nous des questions essentielles sur les vraies envies de chacun.

Si je me suis amusée tout au long de cette histoire, je l’ai trouvée au final bien plus que distrayante et elle m’a interrogée sur la suffisante satisfaction que l’on peut tirer de sa propre vie.

Car comme le dit le libraire philosophe :

« Quoi qu’on dise, on ne sera jamais que le résultat de toutes les décisions qu’on a prises, qu’on prend. Ou qu’on va prendre. Se plaindre de l’existence qu’on mène, c’est aussi idiot que de râler parce qu’on n’a pas gagné au loto. Si vous voulez gagner, il faut commencer par jouer … ».

Une perle à ne pas manquer.

 

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4 Réponses 4

Re: L'Homme qui marche de Jean-Paul Delfino

Une chronique qui parvient à m'intriguer encore une fois... Merci @IsaPouteau ! Depuis "Le garçon", je suis très attentif à ce que vous postez... Avez-vous lu d'autres romans de Jean-Paul Delfino ? Je n'ai encore rien lu de lui et suis allé voir sa bibliographie. Le thème de son roman "Les voyages de sable" me séduit de par le postulat d'immortalité de son personnage principal... un postulat que j'exploite moi-même dans "L'Enfant-Mandragore" et que d'autres auteurs ont exploré, à l'instar de Timothy Findley dans "Pilgrim" ou de Jean d'Ormesson dans "Histoire du Juif errant".

Re: L'Homme qui marche de Jean-Paul Delfino

Bonjour @dvall et @IsaPouteau 

 

J'ai adoré "Assassins!" du même auteur. Il y raconte les derniers jours d'Emile Zola qui se remémore son  passé par tranches de vie. Je me souviens avoir apprécié le style très gouaille parisienne, ça rendait le récit très vivant et les épisodes politiques très pittoresques. Je vous mets le lien du post que j'avais écrit à l'époque :

 

https://communautes.cultura.com/t5/Vos-coups-de-coeur/Assassins-de-Jean-Paul-Delfino/m-p/238020

 

"L'homme qui marche" me semble de la même veine, voire de la même verve. Je vais approfondir la question.

Re: L'Homme qui marche de Jean-Paul Delfino

Merci @soff78 pour ce complément au message de @IsaPouteau. J'irai lire votre chronique sur "Assassins !"

Re: L'Homme qui marche de Jean-Paul Delfino

@dvall Je ne connais pas Les voyages de sable mais c'est vrai que le sujet a l'air intéressant.

J'ai lu aussi Assassins ! que j'ai trouvé passionnant. Il n'est pas dans la même veine populaire mais on retrouve bien la plume de JP Delfino et son côté historique m'a beaucoup plu.

J'ai rajouté ma chronique à la suite de celle de @soff78 .

Au plaisir.