L'Obscure clarté de l'air, de David Vann

L'Obscure clarté de l'air, de David Vann

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Une adaptation moderne de l’histoire de Médée, puisant ses racines dans la tragédie grecque d’Euripide et l’épopée des Argonautiques d’Apollonios de Rhodes. Médée, prêtresse d’Hécate et magicienne redoutée, permet à Jason et ses Argonautes de dérober la Toison d’or à son père Éétès, roi de Colchide. Le roman débute alors qu’ils fuient à bord de l’Argo et que Médée, pour ralentir son père et son armée, assassine son propre frère pris en otage et jette morceau par morceau son corps démembré à la mer. Puissante entrée en matière qui annonce le ton et la rage meurtrière de ce roman.

 

S’ensuivent comme dans le mythe, une succession de fuites et de morts, à travers les mers et les royaumes. Le récit se focalise sur Médée, sur sa fureur et son ambition dévorante, son amour pour Jason combiné à une rare misandrie. Elle veut défaire les rois, être roi elle-même à la manière d’Hatchepsout, femme pharaon qui porta la barbe. Et cette ambition la conduira à dépasser bien des tabous, à commettre les pires horreurs pour tenter de parvenir à ses fins et rester fidèle à ses choix. Si le personnage de Médée est particulièrement fort et bien travaillé, il écrase aussi tous les autres, à commencer par Jason et les Argonautes vus comme des « esclaves-avortons ». Cette focale extrêmement subjective est évidemment un parti-pris de l’auteur, mais elle dénature un peu le mythe.

 

Le style d’écriture se rapproche énormément du précédent « Goat Mountain », avec ces phrases acérées jetées en pâture sans aucun verbe ni fioriture. Si ce style incisif m’avait séduit initialement, j’ai trouvé ici que l’effet d’accumulation nuisait au récit, confinant par moments à l’exercice de style. Enfin, la construction narrative paraît déséquilibrée, avec une première partie assez lente et presque sans aucun dialogue qui occupe les deux-tiers du roman, suivie d’une seconde partie bien plus dynamique avec des ressorts dramatiques plus nets et davantage d’interactions entre les personnages.

 

« L’Obscure clarté de l’air » reste un roman très original, dans son traitement narratif comme dans sa langue, et qui, malgré quelques défauts formels et des choix discutables, manipule habilement tous les engrenages de la tragédie grecque.

 

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3 Réponses 3

Re: L'Obscure clarté de l'air, de David Vann

@dvall la couverture, comme souvent chez Gallmeister, est magnifique. 

Re: L'Obscure clarté de l'air, de David Vann

Entièrement d'accord, @MAPATOU. L'identité graphique des Editions Gallmeister est une véritable réussite. Cette maison s'est attachée les services d'une talentueuse équipe de graphistes et artistes. La couverture de "L'obscure clarté de l'air" a été réalisée par Sam Ward, qui a signé pas moins de 68 des premières de couverture de la collection Totem. C'est notamment lui qui a dessiné les couvertures de "My Absolute Darling" (Gabriel Tallent), "Dans la forêt" (Jean Hegland), ou encore "Un poisson sur la lune" (David Vann).

 

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Re: L'Obscure clarté de l'air, de David Vann

@MAPATOU vous m'ôtez les mots de la bouche ! Smiley clignant de l'œil 

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