La Malfaçon - Frédéric Lordon

La Malfaçon - Frédéric Lordon

Frédéric Lordon a plusieurs vies de chercheur : d’abord économiste, il appartient désormais au département philosophie du CNRS mais, dans son cas, on aurait tort de cloisonner ces deux disciplines. Chez lui, la frontière a toujours été poreuse et les sciences humaines et sociales ont toujours irrigué ses travaux d’économiste, qu’ils portent sur les crises financières ou, naturellement, sur son programme de recherche spinoziste en économie. Pour celles et ceux qui voudraient en savoir plus, nous recommandons la lecture de son précédent livre "Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza" et/ou l’excellente interview réalisée par Judith Bernard pour "D@ns le texte" (une émission du site Arrêt sur images).

 

Alors que se profilent les élections européennes, "La Malfaçon" de Frédéric Lordon tombe à point nommé. Si vous ne lisez pas son blog, vous serez peut-être surpris par la radicalité des propositions (par exemple, en finir avec l’Euro) comme de la forme. Volontiers pamphlétaire, Frédéric Lordon n’y va pas avec le dos de la cuillère. Et il ne rate pas la cible : les européïstes béats de "la droite complexée" (le PS, en l’occurrence) comme ceux de la gauche alternative (économistes atterrés, Attac, etc). Pour ceux qui se disent de gauche et apportent encore du crédit à l’Europe sociale (qui ne viendra jamais) ou pire au parti socialiste (de droite), il faudra donc accepter de s’en prendre plein la figure…

Mais c’est bien à eux que ce livre s’adresse. Et le projet est bien celui d’un dessillement : faire voir l’impasse dans laquelle l’Europe sociale se trouve aujourd’hui, impasse au demeurant voulue, dûment inscrite dans les traités et surtout incompatible avec l’hégémonie allemande dont les intérêts et les lubies monétaires sont à mille lieux des nôtres. Dans ces conditions, Lordon refuse de s’interdire la sortie de l’Euro ! Car pendant qu’on nous promet l’Europe sociale, les peuples souffrent, et à long terme, on sera tous morts.  L’auteur ne cache pas qu’une sortie de l’Euro créera des remous mais, n’y voit pas pour autant, une catastrophe, ni un repli nationaliste. Sur ce dernier point, il est remarquablement convaincant et mérite assurément d’être lu dans un monde ou l’alternative semble se résumer à la mondialisation ou bien la Corée du Nord.

Au delà des critiques, Lordon évoque la possibilité d’une monnaie commune entre certains pays et réaffirme le concept de "souveraineté populaire", indissociable selon lui de la démocratie et antidote aux récupérations par le FN des thèses de la gauche radicale (critique de la mondialisation, de la financiarisation de l’économie, etc.).

A la manière d’un Jacques Sapir, Lordon propose une sortie par la gauche de la crise européenne et tente de convaincre les électeurs de gauche encore attaché au rêve européen. Un livre aussi percutant que salutaire à l’heure où l’extrême droite progresse partout en Europe…

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