La Tombe des Lucioles, de Akiyuki Nosaka

La Tombe des Lucioles, de Akiyuki Nosaka

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Dans notre langue, il est impossible de retranscrire en un mot toute l’élégance et la richesse sémantique de la graphie que Akiyuki Nosaka a utilisée dans le titre de son récit (Hotaru no haka) pour désigner les « lucioles ». Au lieu du kanji (idéogramme) habituel, qui se prononce « hotaru », Nosaka combine deux kanjis et un hiragana (élément syllabaire) qui se prononcent ensemble de la même façon, mais qui signifient littéralement « le feu qui tombe goutte à goutte ». De cet habile artifice, Nosaka évoque ainsi les bombardements incendiaires qui pilonnent et ravagent le Japon impérial en déroute où se déroule l’histoire qu’il s’apprête à raconter.

 

Ce court récit d’une noirceur abyssale ne dissimule rien de sa teneur dramatique puisque son issue est dévoilée dès les premières pages. Il s’agit de l’histoire d’un frère et de sa petite sœur, tous deux rendus orphelins par la guerre, et qui se retrouvent à errer parmi la terreur et la désolation, en proie aux dangers, à la solitude, et à cette faim qui tue. La prose de Nosaka est ronde et pleine, parcourue de spasmes comme un ventre prêt à accoucher. Ses phrases qui n’en finissent plus réussissent à fondre dans le même creuset des descriptions, des perceptions et des impressions tout à la fois sensibles et violentes où s’insèrent même des dialogues émaillés d’argot et de contractions, comme si tout devait finir dans le même magma, frappé d’une même fatalité. La force de caractère de Seita le grand frère, et la candeur de sa petite sœur Setsuko, ne peuvent inspirer que le plus profond désarroi puisque l’on connaît l’issue tragique de leur périple. Malgré cette immense tristesse, Nosaka parvient à éclairer son récit d’une poésie éclatante, par le truchement de ces lucioles capturées pour illuminer une cave, mais surtout grâce à l’amour indéfectible et admirable qui unit ce frère à sa sœur jusqu’à la mort.

 

Ce chef d’œuvre en inspirera un autre, le film d’animation éponyme d’Isao Takahata (« Le Tombeau des Lucioles » en français).

3 Réponses 3

Re: La Tombe des Lucioles, de Akiyuki Nosaka

j'ai lu ce livre après avoir vu l'animé (qui le fait pleurer à chaque fois).

c'est un livre d'une grande intensité qui m'a aussi fait pleurer !

une pépite à mon sens

Re: La Tombe des Lucioles, de Akiyuki Nosaka

@dvall , je viens de découvrir ce livre grâce à vous, je ferai des recherche sur celui-ci car cela m'intrigue, je connaissais le film d'animation si je ne dit pas de bêtise du studio Ghibli, je l'avais vu à plusieurs reprises et à chaque fois il m'avait ému. Je ne connais pas ce livre ni le lien avec l'animé. Vous nous proposé une pépite.

Re: La Tombe des Lucioles, de Akiyuki Nosaka

Bonsoir @spitfire89, en effet ce film d'animation d'Isao Takahata a bien été produit par les studios Ghibli, qui nous ont donné tant de pépites, il faut le dire. Ce film d'animation est bien adapté du court roman de Nosaka. La noirceur de cette histoire est un peu allégée dans le film d'animation, mais la transposition reste très fidèle. Bonne lecture alors !

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