Le Parfum, histoire d'un meurtrier, de Patrick Süskind

Le Parfum, histoire d'un meurtrier, de Patrick Süskind

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C’est en déambulant parmi les rayons encombrés d’un bouquiniste de Bécherel, « la Cité du livre », que je suis tombé sur lui il y a quelques années : « Le Parfum, Histoire d’un meurtrier ». Un livre auréolé d’une excellente réputation, dont je connaissais l’histoire à travers son adaptation cinématographique, mais que je n’avais encore jamais lu. Et puisqu’il est question d’odeurs, autant dire que ce livre fleurait convenablement le renfermé, la cellulose vieillie, et un soupçon de moisissure malgré son état respectable. Ce roman reste encore aujourd’hui l’une de mes plus fascinantes découvertes littéraires, et son parfum semble toujours flotter sous mes narines. Comme l’écrivait Proust, « l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir ». Et le souvenir que je garde de ce roman, disons même son âme, reste inaltérable dans ma mémoire, notamment parce que ce récit est habité d’un pouvoir évocateur d’une force rare. En orfèvre des mots, Patrick Süskind réussit la prouesse, durant 355 pages, de nous parler des odeurs omniprésentes sans jamais se répéter, sans jamais être à court de vocables pour les décrire, sans jamais tomber dans la plate énumération ou le froid décorticage. Nous découvrons alors ce Paris et cette Provence du XVIIIe siècle non seulement au travers de leur évocation visuelle, qui est le sens le plus facilement mobilisable lors de la lecture, mais aussi et surtout grâce à la profusion d’odeurs que l’auteur nous invite à renifler.

 

Mais au-delà de la magie olfactive qui se dégage de ce roman, il faut évoquer son intrigue, d’une surprenante et audacieuse originalité. Jean-Baptiste Grenouille naît au milieu d’une puanteur immonde où se mêlent des relents de cadavre, de pourriture et de poisson. Il échappe de peu à l’infanticide, passe de nourrice vénale en maître asservisseur, avant d’arriver là où son destin doit le mener : au service des odeurs. Car notre Grenouille est un génie olfactif, un être presque surhumain capable de percevoir, d’analyser, de mémoriser, de combiner les odeurs entre elles avec un talent insurpassable. Dès lors, il se doit de tout apprendre de la science délicate de la parfumerie, et notamment de l’art subtil de capturer les odeurs des choses… ou des êtres. Mais le génie, comme vous le savez, ne tombe jamais bien loin de la folie. Et dans le giron de ce don magnifique voire inestimable va naître une folie abominable, monstrueuse, dont le seul objectif sera de créer le parfum parfait… pour Grenouille, rien de plus qu’un souvenir évanescent lié à un instant dramatique où l’émoi et la mort se sont mêlés.

 

Ecrire me donne envie de relire… sentir encore une fois, avec émerveillement et dégoût, le parfum de ce roman inoubliable.

2 Réponses 2

Re: Le Parfum, histoire d'un meurtrier, de Patrick Süskind

Bonjour @dvall 

 

Je me souviens encore très bien de la lecture de ce roman, lu il y a pourtant pas mal d'années, dans mes années lycée. Ce doit être un des premiers romans que j'ai choisi de lire par moi-même (pas de prof ou de famille pour me guider) et sa lecture m'avait boulversée, voire fascinée. J'étais restée avec un "Oh" sur les lèvres, une fois le livre refermé. Je venais de comprendre que la folie humaine pouvait mener très loin. Mon esprit s'ouvrait et j'étais prête à toutes les autres lectures.

 

Merci de m'avoir remémoré toutes ces sensations de mon adolescence Smiley clignant de l'œil

Re: Le Parfum, histoire d'un meurtrier, de Patrick Süskind

Un choix bien judicieux d'émancipation littéraire !

Merci pour votre retour, @soff78

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