Le bateau-usine, de Kobayashi Takiji

Le bateau-usine, de Kobayashi Takiji

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Germinal en mer d’Okhotsk, au large de la péninsule du Kamtchatka… Titré Kani Kōsen (蟹工船) en japonais, littéralement « navire de la conserverie de crabe », ce court roman à la langue populaire et tranchante est devenu dès 1929 un succès de la littérature prolétarienne japonaise, avant d’être censuré par le gouvernement.

 

Au port de Hakodate, quatre-cents hommes embarquent pour l’enfer à bord du Hakkō-maru, qui fait partie de ces navires mis au rebus après la guerre russo-japonaise avant d’être transformés en bateaux-usines de pêche industrielle et de conserverie de crabe. Du fait de leur statut hybride, ces bâtiments échappent tout autant aux lois sur la navigation qu’à celles sur les établissements industriels. Marins, pêcheurs, ouvriers sont pour la plupart de pauvres hères venus d’Hokkaidō ou des étudiants sans le sou dont certains sont encore tout juste adolescents. Les conditions de vie et de travail à bord du bateau-usine sont effroyables, inhumaines, et d’autant plus révoltantes qu’un homme en particulier, l’intendant Asakawa, profite de sa position pour asseoir une tyrannie violente et parfois meurtrière. Les conditions d’hygiène pitoyables et les restrictions alimentaires favorisent la prolifération de la vermine et l’apparition de maladies comme le béribéri. Mais tout cela doit être supporté au nom de la compagnie qui emploie ces esclaves modernes, au nom même de la Nation impériale, car les enjeux sont tout autant commerciaux que politiques face à la menace communiste russe.

 

Si la langue est assez éloignée de celle des auteurs japonais que j’affectionne, elle a sa propre beauté simple et brutale. Elle porte avec brio le quotidien terrible et la parole de ces hommes meurtris, humiliés, exploités. Ils ne sont presque jamais nommés, ces hommes. Ils sont une masse corvéable, sans réelle identité ni psychologie individuelle. Ils sont un groupe au sein duquel grésille la révolte et l’envie d’en découdre avec ceux qui les érodent jusqu’à l’os comme de vulgaires outils jetables. Un roman puissant qui doit être lu « comme une page de l’histoire de l’invasion coloniale par le capitalisme ».

2 Réponses 2

Re: Le bateau-usine, de Kobayashi Takiji

Bonjour @dvall 

Merci pour toutes ces découvertes de livres japonais. J'apprécie de pouvoir lire vos avis, je découvre une nouvelle culture littéraire dont j'ignore tout. C'est très intéressant, ça me donne envie d'en lire Smiley très heureux

Re: Le bateau-usine, de Kobayashi Takiji

Merci @maelle-cultura, c'est tout l'objectif, vous donner envie de découvrir ces livres qui m'ont marqué ! Smiley clignant de l'œil