Le cas Victor Sommer, de Vincent Delareux

Le cas Victor Sommer, de Vincent Delareux

Le cas Victor Sommer.jpg

 

Un court roman, à l’écriture simple mais précise, agréablement fluide. Le style possède un charme désuet, étonnant pour un auteur si jeune. Le narrateur de ce récit à la première personne est un homme célibataire de trente-trois ans, l’âge du Christ à sa mort dit-on… Victor Sommer habite depuis toujours chez sa mère, une femme vieillissante et possessive, inquisitrice et étouffante. Victor Sommer n’a pas besoin de travailler puisque sa mère l’entretient. Il n’a pas besoin de fréquenter du monde puisqu’il a sa mère pour lui. Il n’a pas besoin de « chez soi » puisque sa place depuis toujours est « chez elle ». Victor Sommer voit un psychiatre à qui il parle beaucoup de sa mère, et puis il y a ce père qu’il n’a jamais connu et dont la seule image qu’il garde en mémoire est une photographie entrevue une unique fois lorsqu’il était petit. Et puis un jour, sa mère se volatilise. Victor Sommer se retrouve seul face au monde et à son moi amputé…

 

Malgré ce tableau ni glorieux ni propice aux échappées aventureuses, l’auteur parvient à nous embarquer dans la psyché de son personnage narrateur, à nous faire ressentir ses angoisses et ses névroses, sa touchante sensibilité, sa vision cynique du monde et ses émois dévorateurs. Bien évidemment, Freud n’est jamais loin et le lecteur pressent que les méandres de l’inconscient et du subconscient viendront bientôt s’entremêler avec la réalité de ce monde dans lequel Victor Sommer ne parvient pas à trouver sa place ni à se révéler tel qu’il devrait être. La mécanique est efficace… du moins jusqu’à la moitié du roman. Car pour moi le charme s’est rompu en devinant bien trop précocement le dénouement de cette histoire. Les indices m’ont sauté aux yeux et cette révélation a gâché la seconde partie de ma lecture. Dommage, car c’est à ce moment que le récit bascule dans une ambiance un peu kafkaïenne qui aurait mérité d’être prolongée voire intensifiée, et surtout mieux voilée.

 

Ce roman reste une découverte intéressante et je lirai certainement le prochain ouvrage de ce jeune auteur prometteur.

 

A découvrir sur Cultura.com

2 Réponses 2

Re: Le cas Victor Sommer, de Vincent Delareux

J'ai adoré ce thriller psychologique. Bien que l’on comprenne rapidement où l’auteur souhaite nous emmener et que l’on sache ce que l’inconscient de Victor cherche à tout prix à lui cacher, j’ai eu du mal à fermer le roman une fois plongée dans la lecture.

Il nous livre un témoignage troublant et criant du pouvoir psychologique dominateur et castrateur d’une mère sur son fils. Cette maman a oublié que nos enfants ne nous appartiennent pas. Notre rôle de parent est de leur donner toutes les clés pour qu’ils puissent, un jour, prendre leur envol en toute sécurité.

L’auteur décrit très bien l’enfermement psychologique dans lequel se situe Victor, face à sa mère culpabilisatrice. Seulement, c’était sans compter sur la volonté intérieure de Victor que sa mère n’a su annihilée malgré tous ses efforts.

Si ce roman était une fable, la morale pourrait être « tel est pris qui croyait prendre ».

Re: Le cas Victor Sommer, de Vincent Delareux

Merci pour votre commentaire tout à fait pertinent, @lecturesdenanou. En échangeant avec l'auteur, il m'a avoué qu'il n'avait pas écrit ce roman dans l'idée de laisser le lecteur longtemps dans l'incertitude... même si finalement beaucoup de lecteurs sont surpris en découvrant le pot-aux-roses. Ce qui importait à l'auteur était de rendre la façon dont Victor Sommer vit, comprend les choses, tout en tentant de se réapproprier son existence. Il y a en ce personnage, véritable anti-héros, quelque chose d'à la fois touchant et désolant, voire repoussant. J'aime ce genre de personnages, à l'instar d'un Meursault, d'un Bardamu, d'un Valmont, d'un Jean-Baptiste Grenouille, ou d'un Abel Tiffauges... (qui réussira à nommer en premier les romans dont sont tirés ces personnages ?). Les anti-héros sont plus à même d'éclairer la nature humaine que tous ces personnages édulcorés et bien-pensants qui fleurissent trop souvent dans la littérature contemporaine...