Le coeur à l'échafaud d'Emmanuel Flesch

Le coeur à l'échafaud d'Emmanuel Flesch

Le coeur à l'échafaud ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 

 Emmanuel Flesch

 

 


 

C’est sur un procès pour viol que s’ouvre l’intrigue et on accompagne Blaise,  juré,  jusqu’au prétoire. Walid est accusé d’avoir violé sa belle-mère. Et il risque… la peine de mort! Première surprise qui incite à relire la phrase pour vérifier que l’on ne s’est pas fourvoyé. L’explication viendra un peu plus tard, et donnera un nouvel éclairage à ce roman qui se déploie en révélant peu à peu de nouvelles facettes.

 

La presque  totalité de l’histoire s’articule autour du déroulement du procès, avec une fine observation des stratégies, des jeux du chat et de la souris de la défense et de l’accusation, de tout ce qui fait l’enjeu de la lutte bien au delà du verdict : luttes de pouvoir, ambitions de carrière, et plus que tout, raisonnement asservi à la couleur politique du plaideur. 

 

Pendant que l’avocat de la défense essaie de sauver la tête de son client, on découvre peu à peu ce qui a pu l’amener sur le banc des accusés pour un motif aussi grave. Et le roman évolue vers la dystopie…

 

 

C’est très adroitement construit, et fort bien écrit. On partage les états d’âme des personnages successifs, y compris ceux de quelques membres du jury. Tout en frémissant à la pensée que la vie d’un homme peut dépendre de varices mal soignées. 

 

 

Très beau roman sur les interactions de la justice et de la politique.

 

 

 

 Citations

 
Blaise frissonne, songeant qu'il n'est peut-être pas trop tard pour courir aux toilettes, s'enfoncer un doigt dans la gorge et se faire porter pâle. La sonnerie retentit. Le président pousse la porte. "La cour !" crie un huissier.
 
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Les premiers métros s'élancent dans ses entrailles, emplis de vide et de lumière. En surface, seuls s'activent les boulangers, les postiers, les bouchers, tout ceux qui se mettent à l'ouvrage pendant que la France ronfle encore. Il aime cette solidarité invisible. Il aime l'idée d'une communion par le travail, avant l'aube, qui transcende les classes sociales.
 
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Robe de cocktail, décolleté un peu osé pour son âge, sourire de jeune première. Derrière elle, quelques inconnus ravis de siroter leurs flûte de champagne. Claire a pointé du doigt le visage d'un garçon, une vingtaine d'années environ, en déclarant qu'il avait violé. Jean-Louis on est resté les bras ballants. Violée ? Vraiment ? À 15 ans ? Mais pourquoi ne lui en avait-elle  rien dit jusqu'à présent ?
 
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Walid pouvait aussi espérer que les surenchères xénophobes du gouvernement épargneraient sa carrière. Tôt ou tard, la tragédie s'épuiserait elle-même. Il fallait faire le dos rond et se montrer patient. La France finira bien par se réveiller, une barre dans le crâne, comme un lendemain de cuite, vaguement honteuse, en se demandant ce qu'il avait pris de se mettre dans un état pareil.
 
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Un procès d'assise, c'est une partie d'échec, dit le bon sens populaire.  Rien n'est plus faux. François est bien placé pour savoir que ça ressemble davantage à une première à l'Opéra. Avant d'entrer en scène, chacun enfile son costume. La partition a été travaillée longtemps à l'avance.
 
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« Au seuil de mes réquisitions, Mesdames et Messieurs les jurés, je voudrais vous livrer une confidence… » François réprime un soupir. C'est affligeant de banalité, tous les parquetées France partagent le même cerveau. L'étendue de leur imagination est comparable aux horaires d'ouverture d'un guichet de poste