Le consentement, de Vanessa Springora

Le consentement, de Vanessa Springora

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Je ne suis pas un habitué des récits autobiographiques, encore moins des récits à scandale. Je redoute toujours une propension à l’exhibitionnisme chez l’auteur.e ou la tentation du voyeurisme chez le lecteur. Mais ce livre me paraissait suffisamment intéressant sociologiquement parlant. Je voulais dépasser mes a priori au sujet de la manière dont s’épanchent parfois certaines victimes, choisissant de régler sur la place publique des questions qui appartiennent au monde judiciaire, jouant sur l’émotion et les opinions plus que sur la raison et les faits. Mais il arrive que justice et famille restent incapables d’aider les victimes, ni même de les écouter, allant même jusqu’à légitimer des actes individuels répréhensibles et à cautionner des dysfonctionnements sociétaux honteux.


En vérité, le récit de Vanessa Springora est un témoignage admirable de recul et d’authenticité. Malgré quelques passages, peut-être dispensables ou du moins discutables, écrits pour expliquer la « précocité sexuelle et l’immense besoin d’être regardée » de l’auteure, vient le moment de la rencontre avec celui dont l’identité n’est plus un secret depuis longtemps, un artiste au talent reconnu, une sorte d’ogre en habit de gentilhomme. Là où l’habileté de l’auteure est admirable, c’est qu’elle ne cède jamais à la facilité de l’émotion ni à la tentation d’une vendetta. Elle dissèque la mécanique perverse d’une relation consomptive, essaie elle-même de comprendre où débute le consentement et s’il peut même exister, analyse la manière dont son entourage perçoit cette relation destructrice, la façon dont se positionne la société de l’époque sur ces questions de mœurs. Son discours est intelligent, révélateur. Il brise une omerta insupportable et dénonce les prises de position d’une frange décadente de l’intelligentsia qui se trouve aujourd’hui toutes les excuses possibles et imaginables pour expliquer l’inexplicable.

 

Le terme « nécessaire » est trop souvent galvaudé au sujet des livres, mais celui-ci ne l’a pas volé.

Grâce à lui la société sait. Grâce à lui la société s’interroge. Grâce à lui la société change.

2 Réponses 2

Re: Le consentement, de Vanessa Springora

@dvall merci pour partage. J'ai ressenti le même sentiment de gêne liés de la sortie de ce livre, à savoir ce coté voyeur et ce, d'autant plus avec le côté médiatique de sa sortie. Je me souviens même du reportage du sujet à la Grande Librairie. 

Puis avec la sortie en poche, j'ai trouvé un témoignage sur les mœurs d'une époque et sur le silence pesant de l'entourage dans cette situation.  

Re: Le consentement, de Vanessa Springora

Merci, @Hellogirl51. La frontière entre "témoignage nécessaire" et "coup médiatique" est souvent ténue. "Le consentement" de Vanessa Springora se classe selon moi dans la première catégorie. Il est cependant regrettable que ce genre d'ouvrages devienne aujourd'hui une "mode" dans laquelle les envies de lumière de certain.e.s viennent parasiter la recherche de la vérité et de la justice. Les dénonciations publiques, qu'elles soient fondées ou calomnieuses, ne cessent de croître, par voie de livres ou d'entretiens à sensation. Chacun se croit légitime dans le fait de se positionner par rapport à ces dénonciations, de les féliciter ou d'en être scandalisé. C'est le domaine de l'opinion subjective qui prend le dessus sur la justice, tout comme la crise COVID-19 conduit la plupart des gens à apporter davantage d'attention aux positions individuelles de gens incompétents abusant de leur tribune plutôt qu'aux faits scientifiques. Nous vivons dans une société de l'émotion et de l'immédiateté, deux principes incompatibles avec l'exercice de la justice et de la science. Mais cela ne veut pas dire que l'une et l'autre ne méritent pas de sérieuses réformes pour répondre plus efficacement aux défis de nos sociétés modernes...