Le radiateur d'appoint

Le radiateur d'appoint

Le radiateur d'appoint ⭐️⭐️⭐️⭐️

 

 Alex Lutz

 

 


 

 

Le narrateur est peu banal.  Il est en effet assez rare en littérature, voire inédit, qu’un radiateur d’appoint prenne la parole. Et pourtant, il a des choses à dire ce radiateur. D’abord sur le thème de l’autocritique. Car son bas prix, en promotion dans une grande surface du bricolage cache à peine une qualité médiocre et un défaut majeur, un autocollant extrêmement difficile à ôter. C’est trivial mais très important pour la suite de l’histoire. 

 

Le narrateur atterrit donc chez Françoise, une retraitée qui vit seule aux abords d’une zone commerciale faite de tôles et de panneaux vifs, jouxtant un magasin de parquet qui prétend encore lui rogner un peu de son jardin en liquidant sans état d’âme le pommier de son jardin. Outre le voisinage plutôt affligeant, Françoise a de plus des soucis avec sa chaudière. Elle a froid et elle tente de remédier à cet inconfort en acquérant le fameux narrateur.

 

 

L’artifice est l’occasion pour l’auteur que l’on connait pour ces talents d’acteur, de jeter un regard critique sur les travers de notre société de consommation qui fait fi des contacts humains pour privilégier l’acquisition de biens, toujours plus, toujours mieux. Et de mettre ainsi sur la touche une génération qui n’a su prendre le train en marche, tout en déshumanisant par la technique et la recherche de rentabilité tout ce qui était l’occasion de créer des liens. On pense à Alya, l’hôtesse de caisse, à Xavier le chef de rayon, à Patricia, la forte en [modéré], tous à la fois responsables mais non coupables du drame qui se trame. 

 

 

Lu avec un grand plaisir, pour la qualité de l’écriture et le talent pour reproduire les tics de langage des personnages, ce qui rend les dialogues très vivants. Et pour le fond moral de l’histoire, qui nous fait espérer qu’il y aura vraiment un monde d’après pour effacer le monde d’avant.  

 

 Citations 

 

Moins 10, ressenti moins 25. Quel drôle de monde où, par-dessus nos peurs palpables, on nous en tapisse de bien pires encore, comme si l’on nous racontait une histoire effrayante le soir près d’un feu.

Moins 10, ressenti moins 25.

Le pays semble en état de siège. Dans le grand magasin de bricolage, travaux et jardinage, c’est la razzia sur tout ce qui isole, chauffe et réchauffe, répare et se rajoute.

 

*

 

Lorsqu’elle pénètre dans notre magasin, quelque chose d’inexplicable ralentit son allant. Une sorte de poids sur tout le corps, la tête et l’âme. Comme si elle se réveillait sans douleur d’un coup de pelle qui l’aurait assommée.

Il y a tous ces sons, ces bips de caisses en continu, la musique qui crachote, Slimane et Vitaa cette fois, ces hautes lumières de hangars diluées à celles mises en scène le long de l’interminable couloir des luminaires. Il y a ces téléviseurs partout qui diffusent en boucle de petits documentaires de propagande pour une colle qui fixe également des étagères, un aspirateur combiné « vapeur », des dalles autocollantes souples qui reproduisent à la perfection des carreaux de ciment solognots.

Dans ces petits films, il y a un conteur émerveillé et des comédiens qui jouent avec un enthousiasme codéiné les apprentis bricoleurs.

 

*

 

Colette a essayé quatre fois d’obtenir un cappuccino à la machine à café du grand couloir.

La machine s’adressait à elle avec une aimable voix de femme d’une trentaine d’années environ.

« Faites votre choix parmi les produits proposés. »

Colette a cherché longtemps un choix possible sur un papier punaisé au mur à côté d’un poster contre les risques de l’alcool et qui n’avait évidemment rien à voir avec sa tentative de commande. Elle a également cherché un bouton, une poignée, une manette… Quelque chose de mécanique, qui se tire, s’introduit ou s’enclenche pour parvenir à obtenir sa boisson.

La voix a repris sa phrase une dizaine de fois d’un ton identique, comme un mantra. Colette a enfin fini par s’apercevoir que la façade de la machine était tout entière un écran sur lequel il fallait agir directement. Ça aura été son maximum.

 

2 Réponses 2

Re: Le radiateur d'appoint

Bonjour, @Kittiwake , mon avis sur le livre est à l'opposé du vôtre. Un livre qui nous fait passé du chaud au froid ou l'inverse au fil de la lecture, entre poésie et grossièreté parfois l'humour d'Alex Lutz va un peu loin malgré qui manie assez bien la langue de Molière. On sent un manque d'assurance dans l'écriture qui aurait pu faire un premier roman abouti et réussi.

 

Beaucoup de sujet au cœur du livre, des thèmes pas tendres mais au final l'histoire est fade.

 

Re: Le radiateur d'appoint

Bonjour @Spitfire

c’est ce qui fait tout le charme de ces échanges, ne pas être d’accord et pouvoir le dire.

 Belle journée à vous