Nature humaine, de Serge Joncour

Nature humaine, de Serge Joncour

Nature-humaine.jpg

 

Une fin de millénaire en forme de naufrage… L’auteur nous emporte dans la campagne entre le Lot et la Corrèze, sur près d’un quart de siècle d’histoire française. C’est un monde en pleine mutation qu’il nous décrit au rythme des événements et des crises qui secouent le pays et même le monde, une humanité au tournant de son histoire, en pleine transition agricole et alimentaire. Cette transition, c’est l’industrialisation et la capitalisation du travail de la terre et du nourrissage des hommes. C’est cette folie qui est décortiquée à la manière d’un documentaire économique et sociopolitique, rappelant parfois ces immersions rurales du Journal de 13h. Certes, la forme reste celle du roman avec des personnages que l’on suit comme dans une fresque familiale, mais l’Histoire est tellement présente qu’elle écrase ces petites gens au rouleau compresseur, amoindrissant la dimension romanesque et par conséquent l’empathie du lecteur pour les protagonistes. On retrouve une sorte de nostalgie amère comme avec « Leurs enfants après eux » de Nicolas Mathieu, mais c’est un autre type de monde qui s’écroule ici et une autre frange de la population qui souffre d’une malédiction inéluctable.

 

Dans la ferme des Bertranges, alors que la grande tempête de 1999 se lève, Alexandre est seul avec le crépuscule. Il imagine les gendarmes en embuscade, se remémore cette fille du nom de Constanze, la vie qu’il aurait pu avoir s’il ne l’avait pas rencontrée, ou celle qu’il aurait vécue s’il l’avait suivie… C’est ainsi que débute ce roman et que vont s’enchaîner la canicule de 76 et le mirage climatisé des supermarchés, l’arrivée du téléphone dans les campagnes, les veaux élevés aux hormones et les vaches gavées de farines animales, les révoltés du Larzac, la victoire de Mitterrand et sa trahison face au nucléaire, l’illusion socialiste et les tentations terroristes, le nuage de Tchernobyl et la marée noire de l’Erika… La mécanique reste efficace et on sourit presque à la morale de cette histoire : que la nature parfois sait aussi se mêler du sort des hommes, contrecarrer leurs plans de grandeur ou leurs élans destructeurs…

 

Un grand merci à @laurene-cultura pour l’envoi de cet ouvrage !