Oreiller d'herbes, de Natsumé Sôseki

Oreiller d'herbes, de Natsumé Sôseki

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Sérénité. C’est le mot qui me semble définir le mieux ce récit empreint d’une douce poésie contemplative. Car entre ses lignes, c’est toute la sensibilité et l’art de la contemplation à la japonaise qui transparaissent comme un rayon de lune à travers le feuillage d’un arbre. Arpenter ces pages, c’est accompagner le narrateur de cette histoire dans son lent cheminement en quête de la tranquillité et de l’inspiration. Toute l’intrigue de cette œuvre repose justement sur la manière dont naît l’inspiration du peintre ou du poète, sur la mécanique délectable de l’image poétique se formant dans l’esprit de celui qui compose en syllabes ou en couleurs sur le papier.

 

Un peintre trentenaire quitte le fracas urbain de Tokyo pour s’abstraire dans une station thermale de montagne, désertée depuis le début de la guerre russo-japonaise. C’est dans une auberge traditionnelle, un ryokan, qu’il va trouver refuge afin d’y nourrir son inspiration. Seul client de l’établissement, il va y faire la rencontre d’une belle et mystérieuse jeune femme ayant quitté son époux pour retourner vivre auprès de son vieux père, le propriétaire des lieux. Sur cette femme qui porte le nom de Nami, le peintre narrateur va apprendre diverses choses par le biais de légendes ou de ragots. Et cette femme, que l’on dit folle ou même dangereuse, va exercer sur lui la fascination du modèle idéal pour un tableau, d’autant plus qu’elle ne manque pas d’espièglerie ni d’élégance d’esprit.

 

Le terme Kusamakura (草枕), littéralement « oreiller d’herbes », porte en japonais une signification symbolique, suggérant un voyage sans destination particulière. Derrière une réflexion sur la créativité, et notamment sur ce qui distingue la peinture orientale de la peinture occidentale, Sôseki fait l’éloge de la sensibilité. Il décrivait lui-même son récit de roman-haïku, le haïku étant un poème japonais très bref (dix-sept syllabes) célébrant l’évanescence des choses. Cette expression illustre à merveille l’impermanence du monde et la manière dont les instants peuvent être saisis à travers l’art.

 

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2 Réponses 2

Re: Oreiller d'herbes, de Natsumé Sôseki

Bonjour @dvall, cette oeuvre porte aussi le titre  Oreiller d'herbes ou le voyage poétique :

Oreiller d'herbes ou le voyage poétique par Soseki

 

En ce qui concerne mon avis je préfère ne rien dire de plus qu'a votre formulation suffit à cette ouvrage plein de charme. 

Re: Oreiller d'herbes, de Natsumé Sôseki

Merci @spitfire89 pour cette remarque pertinente. Le titre que vous évoquez correspond en effet à une nouvelle traduction d'Elisabeth Suetsugu du roman de Natsume Sôseki intitulé "Kusamakura" en japonais. Cette nouvelle version illustrée est disponible aux Éditions Philippe Picquier. Je ne sais pas expliquer pourquoi le "s" a disparu à la fin du mot "herbe". Le sous-titre "Le Voyage Poétique" fait référence au sens symbolique des idéogrammes 草枕, ou de l'interprétation qui en est faite dans la littérature classique japonaise. Ma propre traduction, aux Éditions Rivages, est de René de Ceccaty et Ryôji Nakamura.

 

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