"Effacer les hommes" de Jean-Christophe Tixier (Editions Albin Michel): magnétique

"Effacer les hommes" de Jean-Christophe Tixier (Editions Albin Michel): magnétique

Premier lu des cinq romans en lice pour le Prix France Bleu/Page des Lecteurs, Effacer les hommes m'a fait forte impression dès les premières pages. Le magnétisme se dégageant du lieu dans lequel Jean-Christophe Tixier décide de poser sa plume dépasse les personnages pour emprisonner le lecteur lui-même dans ce quasi huis-clos. 
Un roman inspiré dans lequel je me suis sentie aspirée.
 
Pitch (4ème de couv):
"Eté 65, quelque part dans l'Aveyron.
Trois femmes se déchirent autour de l'héritage d'une auberge. A proximité, un barrage qu'on vidange. Et l'eau du lac qui baisse inexorablement, dévoilant progressivement les secrets du passé..."
 

 

C'est l'histoire de trois femmes.
Victoire, sur le point de mourir, ne veut pas laisser sa belle-fille hériter de son auberge. Car cette maison est le symbole de sa liberté et de l'affranchissement du carcan dans lequel sont contraintes les femmes de l'entre-deux guerres. De l'affranchissement du pouvoir des hommes en général, qu'ils soient maris ou patrons. Depuis son lit, alors que sa lucidité la quitte peu à peu, elle mobilise ses dernières forces pour tirer les fils du destin. 
Marie, elle, a vouée sa vie à Dieu, si tant est que ce soit une réelle vocation alors qu'elle est partie au couvent sur un coup de tête. Marie vide sa rancoeur. Puis se remplit de nourriture au gré de ses crises de boulimie. Elle oscille d'un extrême à l'autre. C'est sa façon d'exprimer sa colère et de tenter de se reconnecter avec sa famille disparue. Victoire lui a pris son père. Elle a fait fuir son frère. Marie veut comprendre et lui faire payer. 
Eve se sent piégée. Elle rêve grand. Elle rêve tout court. Sa mère est morte. Et Victoire, sa tante est en train de mourir. Alors son modèle sera Barbarella. Une icone de la pop culture qui n'a peur de rien, qui ose tout. Eve ne veut pas hériter du fardeau de l'auberge. Elle veut fuir au-delà de la ligne d'horizon. Barbarella va l'aider dans cette quête de liberté. 
L'une s'est construite en s'opposant aux hommes. L'autre en idéalisant ceux de sa famille. La dernière veut tracer son chemin seule.  
Et au milieu de ce combat de femmes, silencieux et emplit de non-dits, il y a Ange. Ange n'a pas de filtre. C'est un homme-enfant avec un intellect cabossé. Il crie, il rit, il cogne. Il ne fait pas semblant. Et agit malgré lui comme un catalyseur pour donner à ces trois femmes la force d'aller jusqu'au bout de leur vengeance, de leur rêve, de leur vie.
 
Ce roman m'a renvoyé l'image d'un jeu complexe d'aimants. Un personnage entre dans une pièce, un autre en sort. L'un s'approche pour quémander la vérité, l'autre tourne le dos pour ne pas avoir à y répondre. C'est un ballet millimétré qui se joue entre les murs.
L'effet miroir entre l'environnement sonore et sensoriel qui entoure la bâtisse et ce qui s'y passe à l'intérieur est lui aussi finement travaillé. La musique, les couleurs, la météo, les alentours de ce lieu se mettent au diapason de l'atmosphère qu'il renferme. Le lac se vide, les secrets se révèlent.
 
Effacer les hommes possède un pouvoir hypnotique qui emprisonne le lecteur aux côtés des personnages. Je comprends donc l'enthousiasme des libraires qui ont voté pour qu'il fasse parti de la sélection pour le Prix. Mais sera-t-il le grand gagnant? 
To be continued...
 
 
Laure pour le blog Un Livre dans Ma Baignoire
Jurée pour le Prix du Livre France Bleu/Page des libraires
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Laure / Un Livre dans ma Baignoire
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