Les belles endormies de Yasunari Kawabata

‎07-07-2021 21:23

Les belles endormies de Yasunari Kawabata

 

Sur Cultura.com.

 

Bonjour la communauté, suite à une discusion avec @dvall sur Éloge de l’ombre, de Junichirô Tanizaki. Nous en sommes venu à évoqué ce livre. 

 

Il s'agit d'un roman publié dans les années 70's. 

De quoi il parle : Il est le reflet de l'obsession de l'écrivain japonais  qui était de « saisir l’impression à l’état pur« . Ce prix Nobel de littérature en 1968 (il se suicide en 1972), contemporain de Borges et de Joyce, est sans doute l’écrivain japonais le plus lu et connu en Occident. Il vouait l'écrit à l'éphémère qui se caractérisait à une expression, une personne, un paysage ou encore un lieu. 

 

Dans le roman  le vieil Eguchi lorsqu'il franchissait le seuil des Belles Endormies ? Il y décrit la quête des vieillards "hommes de tout repos" en mal de plaisirs. Dans une mystérieuse demeure au bord de mer, ils viennent passer une nuit aux côtés d'adolescentes endormies sous l'effet de puissants narcotiques pour que rien ne puisse les réveiller.

Les vieillards éprouverons d’ultimes plaisirs sensuels et spirituels aux côtés de jeunes-filles plongées chimiquement dans un sommeil de mort, « un abyme sans fond ».
Délivrés de toute honte, ils pourront jouir de leur beauté et de leur chaude présence avant de s’endormir à leur tour à coup de somnifères.

Au cours de cinq nuits ainsi passées ces nuits dans la chambre des voluptés, Eguchi aura le temps de réfléchir à sa vie, à ses amours, à la mort qui le guette et à la décrépitude et au déshonneur que constitue la vieillesse pour un homme lorsqu'il se plonge dans de longues méditations. 

Pour atteindre, qui sait ? au seuil de la mort, à la douceur de l'enfance et au pardon de ses fautes.

 

Ce dernier roman est comme le chant du cygne de cette auteur. Avec une réflexion sur le sordide, pathétique, dérangeant, immoral mais aussi l'évocation sensorielle et de réminiscences amoureuses ou familiales. Sur ce que représente la vie qui est aussi dans un sens éphémère. Une sorte de méditation en le voyant comme le dernier voyage d'une vie avec le désir et la féminité. Une opposition la vie contre la mort, la vieillesse contre la jeunesse. 

 

Extrait :

Eguchi desserra son bras qui la tenait fortement, et quand il eut disposé le bras nu de la fille de telle sorte qu'elle parût l'enlacer, elle lui rendit en effet docilement son étreinte. Le vieillard ne bougea plus. Il ferma les yeux. Une chaude extase l'envahit. C'était un ravissement presque inconscient. Il lui sembla comprendre le plaisir et le sentiment de bonheur qu'éprouvaient les vieillards à fréquenter cette maison. Et ces vieillards eux-mêmes, ne trouvaient-ils pas en ces lieux, outre la détresse, l'horreur ou la misère de la vieillesse, ce don aussi d'une jeune vie qui les comblait ? Sans doute ne pouvait-il exister pour un homme parvenu au terme extrême de la vieillesse un seul instant où il pût s'oublier au point de se laisser envelopper à pleine peau par une jeune fille. Les vieillards cependant considéraient-ils une victime endormie à cet effet comme une chose achetée en toute innocence, ou bien trouvaient-ils, dans le sentiment d'une secrète culpabilité, un surcroît de plaisir ? Le vieil Eguchi, lui, s'était oublié, et comme s'il avait oublié de même qu'elle était une victime, de son pied il cherchait à tâtons la pointe du pied de la fille. Car c'était le seul endroit de son corps qu'il ne touchait pas. Les orteils étaient longs et se mouvaient gracieusement. Leurs phalanges se pliaient et se dépliaient du même mouvement que les doigts de la main, et cela seul exerçait sur Eguchi la puissante séduction qui émane d'une femme fatale. Jusque dans le sommeil, cette fille était capable d'échanger des devis amoureux rien qu'au moyen de ses orteils.

 

Adaptation :

au cinéma

1968 :  Les Belles Endormies, film de Kōzaburō Yoshimura.

1992 : The Bedroom de Hisayasu Satō

2001 : Bellas durmientes deEloy Lozano.

2006 : Das Haus der schlafenden Schönen  de Vadim Glowna .

2010 : Joseph et la Fille , de Xavier de Choudens, s'inspire de l'ouvrage.

2011 : L'ouvrage est une des sources d'inspiration du film australien Sleeping Beauty 

 

Théâtre 

 

1997 : Les Belles Endormies, mise en scène de Hans-Peter Cloos

 

en littérature

Dans L'Avion de la belle endormie  en 1982 du recueil Douze contes vagabonds , Gabriel García Márquez  s'inspire et cite l'ouvrage. Il en fera une reprise avec Mémoire de mes [modéré] tristes .

 

5 Réponses 5
‎14-07-2021 18:18

Les Belles Endormies, de Yasunari Kawabata

Les Belles Endormies.jpg

 

Dans un mystérieux établissement en bord de mer, des vieillards anonymes au crépuscule de leur vie viennent goûter des plaisirs interdits, passer une nuit au côté de jeunes filles nues et endormies. Ces beautés offertes et pourtant inaccessibles sont plongées dans un profond sommeil narcotique. Elles ne garderont aucun souvenir de ces moments où leur jeunesse et leur virginité insolentes sont exposées au regard et aux mains de ces « clients de tout repos ». Bien que le vieil Eguchi, du haut de ses soixante-sept ans, estime ne pas être du même acabit que ces vieillards impuissants qui viennent chercher ici quelque réconfort à la vieillesse ou à la solitude, il n’en respecte pas moins les règles de la maison. Il faut rester convenable, ne point se livrer à quelque taquinerie de mauvais goût, et ne surtout pas essayer de réveiller ces belles endormies. Deux comprimés somnifères sont d’ailleurs laissés à la disposition des clients afin qu’ils trouvent eux aussi sans mal le sommeil.

 

Cinq nuits étalées dans le temps vont se succéder dans cette maison pour le vieil Eguchi. Cinq nuits qui seront autant de plongées délectables ou amères dans les souvenirs d’une vie qui approche de sa fin. La prose est élégante, elle file comme les heures nocturnes, roule comme les vagues sur le rivage proche, dévide la mémoire avec des effluves proustiens. Eguchi se souvient des femmes qui l’ont accompagné dans sa vie, épouse, maîtresses ou prostituées, il pense à ses propres filles devenues mères à leur tour. Des souvenirs éclatent chargés de réminiscences olfactives ou visuelles, comme cette odeur de nourrisson allaité ou la vision d’un camélia pluricentenaire à la masse florale prodigieuse. Nulle apologie des perversions dans ce récit. Il s’agit surtout de la triste condition d’un homme sur le déclin. À quelle illusion, à quel répit ou pardon aspirent ces vieillards en venant s’oublier le temps d’une nuit dans la chambre secrète des « Belles Endormies » ?

‎14-07-2021 21:50

Re: Les Belles Endormies, de Yasunari Kawabata

@dvall  merci pour vos post vous avez su exprimé avec poésie les idées du vieil Eguchi. Même si l'environnement laisse pensé au sordide il n'en est nul question dans cette oeuvre.

‎14-07-2021 22:24

Re: Les Belles Endormies, de Yasunari Kawabata

Vous avez raison, @spitfire89, même si le sujet peut effrayer, il n'est pas traité de manière sordide ou obscène. Ce qui est décrit dans les "Belles Endormies" correspond évidemment à une forme de prostitution, mais en faire le sujet d'un roman ne signifie pas pour autant que l'auteur défend l'idée d'un tel commerce. En cela je m'oppose à certaines critiques offusquées lues sur Babelio, où certain.e.s lecteurs.rices crient à l'apologie de la prostitution (ou bien pire) alors que ce n'est nullement le cas. 

‎15-07-2021 09:38

Re: Les Belles Endormies, de Yasunari Kawabata

@dvall , je voulais le précisé car j'en ai parlé dans ma critique :

https://communautes.cultura.com/t5/Vos-coups-de-coeur/Les-belles-endormies-de-Yasunari-Kawabata/m-p/...

 

" une réflexion sur le sordide, pathétique, dérangeant, immoral mais aussi l'évocation sensorielle et de réminiscences amoureuses ou familiales"

 

voici mes propos mais je ne souhaite pas qu'on croit que le roman fasse effectivement l'apologie de la prostitution.

‎26-07-2021 15:16

Re: Les belles endormies de Yasunari Kawabata

Bonjour à tous, 

Je fais le rapprochement entre le roman japonais "Les belles endormies" et "Lolita".

Je ne sais pas si ce roman peut être considéré comme immoral, mais il me fait penser à un autre opus, à savoir "Lolita" de Nabokov, roman qui a défrayé la chronique du fait de son sujet. 

A mon avis, il faut d'entrée l'aborder au 2ème degré pour apprécier ce qui est le plus important dans le roman : la prose de Nabokov qui écrit merveilleusement :

"Je marchais toujours derrière Mrs Haze lorsque soudain, il y eut une explosion de verdure, et alors une vague bleue s'enfla sous mon cœur et je vis, allongée dans une flaque de soleil, à demi nue, (...), ma petite amis de la Riviéra qui me dévisageait par-dessus ses lunettes sombres".

Le narrateur a un souvenir palpitant de son enfance qui remonte soudain à la surface de sa mémoire vive et aiguisée, et cette apparition constitue un des fils narratifs du roman.

Inutile d'en dévoiler plus, tout est là. 

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