Interview : Jean-Baptiste Andréa répond à vos questions
julie_cultura
Community Manager

Photo : RelaxNewsPhoto : RelaxNewsVous l'avez peut-être découvert à nos côtés en tant que Talent Cultura 2017 avec son roman Ma reine, Jean-Baptiste Andréa revient avec son nouveau livre "Des diables et des saints" sorti le mois dernier. Pour l'occasion, l'auteur a accepté de répondre à vos questions. Découvrez vite ses réponses... 

 

@Germania380 : J'aimerais savoir ce qui vous intéresse dans le monde de l'enfance. Utilisez-vous des éléments de votre propre enfance dans vos histoires ?

 

L’enthousiasme de l’enfant pour la vie – peut-être même, plus profondément, son instinct de survie – est ce qui m’intéresse le plus dans cette période. C’est l’époque de notre existence où d’une certaine façon, nous sommes le plus fort. Rien n’abat ou ne décourage un enfant très longtemps. A l’inverse, un enfant ne s’accroche pas désespérément à une joie éprouvée, il part déjà à la conquête de la suivante. Il y a dans l’enfance quelque chose de très bouddhiste, une vie dans l’instant et une empathie naturelle, qui sont extrêmement précieuses. Ces qualités peuvent et doivent être préservées chez l’adulte. Nous pouvons donc être enfant et adulte à la fois, sans que le mot « enfance » prenne une connotation de naïveté excessive ou d’irresponsabilité.

Bien sûr, je puise dans ma propre enfance pour mes histoires. D’abord parce qu’elle est là, juste sous la surface, et j’accède très facilement à mes ressentis et à ma perception d’autrefois – je n’ai en fait pas beaucoup changé. Certaines anecdotes réelles finissent également dans mes romans, mais je garde le mystère sur leur nature exacte...

 

@dubonheurdelire : Votre troisième roman fait sa rentrée littéraire de janvier. Avez-vous déjà en tête des idées pour votre 4ème roman ? Si oui pouvez vous nous donner quelques indices ? 

 

Quand je termine un livre, je me sens en général complètement vidé, il faut que je recharge les batteries, ça prend du temps. Par ailleurs, je ne sais jamais s’il y aura un livre suivant. Je n’écris que parce qu’à un moment, une histoire s’impose à moi, me demande d’être racontée, et que je n’ai pas le choix. Je ne peux pas forcer ce phénomène. Je ne sais jamais s’il se reproduira. Il a donné naissance aux trois précédents, c’est tout ce que je sais à l’heure actuelle !

 

@clo73 : Vous écrivez autour des thèmes de l'enfance et des souffrances et j'aimerais savoir comment cette idée vous est venue de faire un roman sur ce sujet ? Quel a été l'élément déclencheur… Est-ce dû à votre parcours personnel ou aux actualités ? 

L'écriture de ce troisième roman a t-il été plus facile ou au contraire plus difficile à écrire ? 

 

Je n’écris pas tant sur les souffrances que sur ce qu’elles peuvent nous enseigner. Par nature, la souffrance exacerbe notre sensibilité. On peut soit sombrer, soit s’en servir comme d’un tremplin pour atteindre à quelque chose d’infiniment plus grand que nous. Toucher au divin, d’une certaine façon, ou à une forme de sur-humanité, comme le héros de Des diables et des saints. Je crois que j’essaie de dire que malgré leur part de noirceur, je ne veux surtout pas écrire des livres tristes. Emouvants, ça oui. Mais pas tristes. J’y mets aussi beaucoup de joie et d’humour.

 

Dans le cas précis de mon dernier roman, j’ai rencontré un lecteur qui m’a brièvement parlé de son enfance en orphelinat. Il m’a manifesté une grande confiance en me parlant à coeur ouvert, et cette rencontre m’a ému. Pour autant, je ne sais rien de lui, car nous nous sommes peu parlés, mais c’est l’émotion de cette rencontre que j’ai voulu capturer. Il m’a tout de même fallu un an et demi pour trouver comment entrer dans cette histoire, c’est à dire l’angle de la musique. C’était un autre thème qui me travaillait, et tout d’un coup une fusion s’est opérée. C’est arrivé dans une gare, devant un piano public. J’ai vu toute l’histoire (enfin, ses grands axes) et j’ai commencé à prendre des notes sur un papier qui traînait dans ma poche.

 

Pour répondre à la dernière question, c’est le roman qui a été le plus difficile à écrire. Pas parce que l’inspiration manquait, au contraire : parce qu’il y avait pas mal de personnages importants, et que je tenais à cette construction fragmentée où l’histoire est racontée depuis plusieurs époques ou situations, même si l’essentiel se déroule en 1969. Il a fallu énormément de travail pour que cette complexité… ne se voie pas, et que tout paraisse simple. Et puis il y avait l’investissement émotionnel dans tous ces personnages. Je les adore tous, et j’ai un peu vécu leur vie pendant un long moment… J’ai passé plusieurs mois scotché devant mon carnet et mon ordinateur pour ce roman, parfois douze heures par jour. Ca a vraiment été dur, et gratifiant aussi. Mais j’ai fini à genoux.

 

@Lex_libris : Comment choisissez-vous les prénoms de vos personnages ?  Est-ce vous-même qui choisissez la couverture de vos romans ou celles-ci vous sont imposées ? 

 

Mes romans se déroulent tous quelques décennies en arrière, chacun pour des raisons différentes. Quand je cherche un prénom, je regarde la liste des prénoms donnés à l’époque, je la parcours jusqu’à en trouver un qui résonne, qui me paraisse convenir à la personne et qui me plaise aussi à moi. C’est très subjectif.

 

Pour les couvertures je n’ai officiellement pas de droit de regard, mais je suis très proche de mon éditrice et je donne mon avis si besoin est. Ceci dit, je les laisse essentiellement faire, ils se débrouillent très bien sans moi et il faut savoir lâcher prise. Mon travail, c’est l’écriture. Je n’interviens que si je n’aime vraiment pas quelque chose, ce qui est rare.

 

@mannon114 : Quel est le premier livre que vous avez lu ? le dernier? La crise sanitaire et le changement de vie que l'on subit peut-il être une source d'inspiration pour un prochain ouvrage?

 

Le premier, je vais avoir du mal à vous répondre, mais il devait y avoir un ours qui parlait, ou des tortues dansantes, ce genre de choses. Mon premier souvenir de lecture conscient est d’avoir lu tous les Fantômette dans la Bibliothèque Rose. Le dernier c’est beaucoup plus facile, c’est Requiem pour une Apache de Gilles Marchand, et je lis en ce moment A l’est d’Eden de Steinbeck.

 

Quant à la crise sanitaire, je n’y ai pas trouvé matière à créativité personnellement. D’autant que je n’aime pas écrire sur le présent, le maintenant, l’actualité, laquelle nous est déjà assénée à longueur de journée. Peut-être que dans vingt ans j’écrirais sur maintenant.

 

@soff78 :  Si vous n'aviez pas été écrivain, quelle profession auriez-vous exercé?

 

J’aurais adoré être musicien, plus particulièrement chef d’orchestre. C’est vraiment la seule vie qui m’aurait plu autant que l’écriture.

 

@deepestblue : Croyez-vous, comme moi, qu'il faille être un être torturé par la vie pour avoir envie d'écrire ? 

 

Je me suis longtemps posé la question. J’ai longtemps cru que si je ne cultivais pas ma noirceur, ça nuirait à ma créativité. J’ai fini par comprendre que la créativité n’était pas liée au fait d’être torturé.  Mais hyper-sensible, oui. Et le problème, c’est que la frontière entre le fait d’être hyper-sensible et d’être torturé est mince. Je pense que le torturé est quelqu’un qui n’a pas encore appris à gérer son hyper-sensibilité. Et je ne donne pas de leçon, parce qu’il m’arrive de rebasculer...

7 Commentaires
clo73
Team Lecture

@julie_cultura  Un grand merci pour cet article passionnant. J'ai tellement hâte de lire son nouveau roman ! 

deepestblue
Team Lecture

@julie_cultura Je suis hyper heureuse qu'il ait répondu à ma question. En tant qu'autiste (et de ce fait hyper-sensible), je suis extrêmement rassurée de voir que gérer cette particularité est très dur, mais que malgré ses mauvais côtés, elle nous permet de voir le monde d'une autre façon, et d'être plus créatif. Merci à Jean-Baptiste Andréa d'avoir répondu à ma question. 

soff78
Team Lecture

Bonjour @julie_cultura 

 

Merci pour cette interview très instructive. L'auteur semble avoir répondu avec beaucoup de sincérité et sa simplicité de ton me donne envie de découvrir ses œuvres.

mannon114
Team Lecture

@julie_cultura Un grand merci, c'est génial d'avoir des réponses à nos questions. Bravo pour ces échanges. j'adore le "dans 20 ans, j'écrirai sur maintenant"!

Sophie-Cultura
Community Manager

Bonjour @mannon114 @soff78 @deepestblue @clo73 oui effectivement c'est top que @julie_cultura ait pu recevoir les réponses de l'auteur, avec vos questions ! L'interview est très riche et  touchante je trouve, c'est toujours agréable d'en connaître plus sur un auteur, et il a eu la gentillesse de répondre à chaque question avec beaucoup de transparence et d'humilité. 

mannon114
Team Lecture

@Sophie-Cultura En tout cas, c'est super de pouvoir échanger comme cela. Merci beaucoup à toute l'équipe pour le travail que vous faites

deepestblue
Team Lecture

@Sophie-Cultura Votre équipe fait un travail formidable. Et cette question est celle que j'aimerais poser à tous les auteurs. J'écris moi aussi et j'aime avoir d'autres avis sur la raison qui pousse quelqu'un à écrire. Comme a dit Ben "écrire c'est hurler en silence".