Au sens littéral

Je suis rentrée du lycée il y a tout juste une heure. J’entends quelqu’un frapper à la porte et me demande qui ça peut bien être. 

- Christine, est-ce qu’on attend quelqu’un ? 

- Oui ! Me répond-t-elle avec un demi-sourire. Je crois que tu vas être étonnée. 

Soudain je sens quelqu’un me toucher l’épaule. Je me retourne surprise mais ce n’est que Benoit qui vient d’arriver derrière moi. Apparemment ils sont tous les deux au courant de qui se trouve derrière cette porte. 

- Vas y ouvre ma puce, m’invite Christine. 

 

J’ouvre la porte peu confiante. Soudain, une dame apparaît sur le seuil. Elle doit avoir la quarantaine. C’est une belle brune aux cheveux longs et aux yeux d’un gris magique, les mêmes que les miens. Cette femme je ne l’ai jamais vu, pourtant je la reconnaitrai entre mille. Soudain les larmes me montent aux yeux, je suis prise de vertiges et je vois flou tout autour de moi. Toute une nuée de souvenirs me transpercent et ont l’effet de lames tranchantes. Non pas ça ! je veux oublier, pas m'engouffrer dans mon passé ! 

Mais je n’ai pas le temps de me rattraper que je vois déjà noir et que je sens mon corps s’effondrer sous mon poids. 

Des images me reviennent comme un film que l’on aurait passé sans mon accord dans mon cerveau. 

 

26 décembre 2006. 

 

C’est là que commence ma vie au sens littéral. 

Ma vie… si on peut appeler ça comme ça. 

 

Une soirée. Une pauvre petite soirée. Un peu trop d’alcool. Et sûrement un peu de drogue. Des garçons. Des filles. Une chambre. 

 

Vous l’aurez deviné, mes parents ne m’ont jamais voulu. Un accident. Un accident ! Vous imaginez ce que ça peut faire à un enfant de savoir ça ? Le briser.  Quelque chose de brisé peut certes, être recoller mais on ne peut jamais enlever les cicatrices. 

 

Moi, j’y ai été confronté toute ma vie. Ma mère a accouché sous X, elle n’est bien sûr jamais venue me chercher et j’ai directement été placée en orphelinat. Je crois que c’est à ce moment-là que tout a dérapé. Je suis resté à l'orphelinat pendant quatorze ans. Quatorze ans sans parents, ni affection. Quatorze ans sans rapport sociaux, sans amis, sans famille. La directrice de ce lieu froid et sans vie me faisait terriblement peur. Elle avait un de ces regards qui vous transperce jusqu’au cœur et qui vous fait vous sentir comme une moins que rien. 

Quand j’étais là-bas, ma seule famille était aussi ma seule amie. Elle s'appelait Anna. Anna était une personne extraordinaire. Elle était courageuse, vive et surtout tellement belle. Une beauté qui en était à la fois troublante et hypnotisante. Elle était devenue à la fois ma sœur mais aussi ma confidente et mon garde du corps. Elle était très habile de ses mains et avait une logique impressionnante. Nous arrivions toujours à nous échapper du “camp de la mort” comme nous aimions l'appeler. 

Quand nous sortions en douce nous allions toujours au même endroit : une très belle bibliothèque. Cette bibliothèque était dirigée par une vieille dame du nom d’Elizabeth. Elle avait un merveilleux accent anglais et nous faisait toujours rire avec ses histoires. Elle était comme la grand-mère que je n’ai jamais eu : elle nous gavait de gâteaux et nous faisait plein de câlins et de bisous baveux. C’est aussi elle qui nous a appris à lire et qui nous a transmis sa passion pour la lecture. Ce passe temps était pour moi la seule source de bonheur après Anna et Elizabeth car ça me permettait de vivre d’autres vies, celles que j’aurais aimé avoir. 

 

Une nuit, alors que j’essayais de m’endormir malgré le froid qui me transperçait les os, j'entendis un bruit. J’ouvris discrètement les yeux et vis la porte du dortoir s'ouvrir. C’est là que je vis la directrice, son visage caché dans l’ombre du à la lumière qui était dans son dos, se diriger vers Anna. Elle l’empoigna par le bras et l’obligea à se lever. Elles sortirent toutes les deux du dortoir et c’est la dernière fois que je vis Anna. Tout c’est passé très vite sans que je puisse réagir. La seule chose dont je me souvienne c’était une phrase que la vieille sorcière avait dite en sortant : “tu vas me rapporter beaucoup toi”. 

 

Le lendemain matin, je me suis précipitée en bas pour voir si mon amie était là mais aucune trace d’elle. Je suis alors remontée en haut, apeurée de ne pas la voir. C’est alors que j’ai vu quelque chose sur son lit, c’était un bout de papier. Il était écrit les mots suivants :

 

Lucie, 

Ma sœur, ma meilleure amie, ma confidente, ma princesse.

Je veux que tu saches que je serai toujours là pour toi, dans ton cœur, et que je t’aimerai toujours ! Je veux te promettre qu’un … 

 

Cette lettre s'arrêta là. Elle n’avait pas eu le temps de finir. C’est alors que je fondis en larmes sur son lit en serrant la lettre le plus fort possible. Je senti son odeur imprégnée sur les draps. Pourquoi ? Pourquoi m'avait-on enlevé ce que j’avais de plus cher ? Pourquoi j'étais restée tétanisée et je ne suis pas venue en aide à Anna quand on l’a prise cette nuit. 

 

C’est à partir de ce moment-là que je me suis complètement fermée. Je n’avais plus aucune raison de vivre. On m’avait tout pris, tout. J’avais quatorze ans à ce moment-là et elle en avait quinze. Mais elle n’était plus là pour m’éclairer dans la noirceur de ce lieu et de cette vie. Cette vie que je n’ai jamais voulu. 

 

Je ne me suis jamais vraiment remise de ce deuil car Anna était beaucoup trop importante à mes yeux pour que je l’oublie. Je n’ai jamais cessé de penser à elle et je me demande toujours ce qu’elle est devenue.

 

Après cet événement bouleversant, tout s'est enchaîné très vite. 

Deux mois plus tard, deux parents avaient fait une demande d’adoption pour moi et seulement un mois après j’avais emménagé dans leur maison. 

C’était Christine et Benoit.

 

Le souvenir de la première fois où je suis arrivée me revient tout d’un coup. 

 

Le trajet en voiture c’était passé en silence. Je n'osais pas parler mais je n’en avais pas non plus envie. Je n’étais pas effrayée à l’idée de partir de l’orphelinat puisque rien ne pouvait être pire. Je restais donc stoïque. 

Quand nous fûmes arrivés, je descendis de la voiture d’un pas lourd. C’était une grande maison et il semblait y avoir un étage.

Ils me firent visiter et je fus émerveillée par la beauté des lieux. J’avais tout de suite repéré un piano qui trônait dans une pièce qui semblait être réservée à la musique. Cela pourrait paraître fou mais je n’avais jusqu’alors jamais écouté de musique. Anna me parlait souvent de cette discipline et me disait qu’elle jouait du piano avant d’avoir atterri dans l’orphelinat. Elle m’avait décrit l’instrument donc je ne savais que trop bien que c'était ce qui se trouvait en face de moi. Benoit, mon père adoptif, avait vu que je le fixais et m’avait autorisé à le toucher. Quand je m’étais avancé et que j’avais appuyé sur une touche pour produire un son, des larmes me sont tout de suite montées aux yeux. Tous ces souvenirs remontés à la surface, c’était trop dur pour moi. Christine m'avait immédiatement prise dans ses bras. Habituellement je l’aurai repoussée car je déteste les contacts physiques mais j’avais senti qu’on en avait, toutes les deux, besoin. 

 

Après ce moment fort en émotion nous nous sommes dirigés vers ma nouvelle chambre. Quand je suis rentrée, il y avait un lit double à ma droite qui prenait au moins un tiers de la pièce, une magnifique fenêtre avec en dessous un petit bureau en bois et sur ma gauche trônait la plus belle bibliothèque du monde. Elle prenait tout le mur et il y avait une banquette en dessous d’une deuxième fenêtre. 

 

Après quelques minutes de silence ils m’ont laissé seule dans ma chambre et m’ont dit qu’il allaient faire des courses. En leur présence j’étais assez mal à l’aise mais quand ils sont partis j’ai reconnu le calme de l’orphelinat et je me suis quelques peu détendue. Puis je me suis assise sur la banquette et j’ai attrapé un livre : nos étoiles contraires. 

Au bout d’un moment j’entendis la porte d’entrée s’ouvrir, déboussolée et paniquée, je sortis avec peine de mon livre. J’étais tellement prise dans mon livre que je n’avais même pas remarqué que j’étais entrain de pleurer. J’essuyai mes larmes du revers de ma manche et descendit pour voir qui était arrivé. Christine et Benoit étaient revenus et tenaient un paquet chacun dans leurs mains. Il me les donnèrent et je découvris avec surprise un téléphone portable et un casque. 

- On a vu que tu as été très ému quand tu as vu le piano donc nous nous sommes dit qu’un casque pour écouter de la musique te plairais, avait aussitôt dit Christine.

- Et puis le téléphone portable c’est pour nous contacter, mais tu peux aussi mettre de la musique dessus, avait renchérit Benoit.

 

Je n’ai pas su quoi répondre et resta muette pendant une bonne dizaine de secondes puis fini par lâcher un fébrile “merci” avant de demander si je pouvais retourner en haut. 

J’étais vraiment étonnée qu’ils aient visés aussi juste dans ces cadeaux mais surtout très gênée car c’était la première fois que l’on m’en faisait. 



Je reprends tout d’un coup mes esprits et me rappelle, après un petit effort, tout ce qui c’est passé : quelqu’un toque à la porte, cette femme, je tombe par terre, les flashs. 

Je regarde autour de moi et remarque que mon environnement n’a pas changé, je suis toujours devant la porte mais cette fois allongée par terre. Je vois tout le monde paniqué s'exciter autour de moi alors je décide de me lever malgré ma tête qui tourne pour montrer que je vais bien. C’est alors que je la vois, elle. Celle qui a gâché ma vie. Je ne lui pardonnerai jamais. Pas sans explications. 

 

- Maman… murmurais-je dans un souffle. 

 

Je sais que tout le monde me regarde mais je m’en fiche et suis aveuglée par la colère. Une rancœur que je garde depuis trop longtemps pour moi. 

 

Voilà pourquoi il faut bien réfléchir avant de faire certaines choses. Ne pas faire de choses sans réfléchir aux conséquences ou seulement en pensant qu’il n’y en aura pas. Il y en a toujours. 

 

Rédactrice : Léa 14 ans 

Aide pour la correction : Maman

 

Commentaires

Très bonne histoire je recommande de la lire !!!!!!

Wow ! Cette nouvelle est triste, mais franchement magnifique !

Elle est très bien écrite et ça m'a vraiment touché, c'est le genre d'histoire qui ne peut pas laisser indifférent !

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